Brocéliande : des archéologues percent le mystère du sol de cette forêt bretonne vieille de 2000 ans
On imaginait une forêt magique peuplée de fées et de druides ; les archéologues y ont découvert un secret archéologique. Grâce à une technologie laser et au déploiement récent de l'intelligence artificielle, la science vient de percer le secret le mieux gardé de Bretagne.
Les trouvailles archéologiques n'en finissent pas. Après la découverte de centaines d'oeufs de dinosaures ou encore des dessins géants dans le désert de Nazca au Pérou, c'est à la forêt de Brocéliande de révéler bien des secrets. Pour le grand public, la forêt de Paimpont en Bretagne est le décor fascinant des légendes de Brocéliande et des chevaliers de la Table Ronde. Pour les scientifiques, ce massif de 10 000 hectares est surtout un incroyable "congélateur temporel". Parce que les arbres y poussent depuis des siècles, le sol n'a jamais été retourné par les tracteurs ou détruit par les constructions modernes. Tout semble resté intact, figé sous les feuilles. Mais qu'y a-t-il en dessous ?
Pour percer les secrets de la forêt de Brocéliande, les chercheurs de l'Université Rennes 2 et de l'Inrap ont utilisé le LiDAR. C'est un scanner géant installé sous un avion qui bombarde le sol de millions de flashs laser. En calculant le temps que met la lumière à rebondir, les ordinateurs "effacent" la végétation, ce qui permet d'obtenir une carte en 3D ultra-précise du sol nu. Et là, surprise : la forêt "sauvage" renfermait de nombreux secrets.
Le premier choc des archéologues a été de découvrir des frontières d'anciens champs et des chemins de l'époque gauloise et romaine. Concrètement, à la fin de l'âge du Fer (il y a plus de 2 000 ans), cette forêt n'existait presque pas. Le paysage était totalement dégagé, défriché et cultivé. Les scientifiques ont repéré les traces de grands enclos quadrangulaires : c'étaient les fossés qui protégeaient les fermes de l'époque, avec leurs habitations en bois, leurs potagers et leurs bêtes. La forêt actuelle a simplement repris ses droits bien plus tard, poussant par-dessus les ruines de ces campagnes oubliées.
L'autre grande découverte concerne la richesse du sous-sol de Brocéliande : le minerai de fer. Bien avant la création des célèbres Forges de Paimpont au XVIIIe siècle, les Gaulois, puis les hommes du Moyen Âge, ont exploité cette ressource à une échelle industrielle. En survolant la zone, le laser a repéré des centaines de collines miniatures formées par l'accumulation de déchets de roche noire rejetés après la fonte du fer dans de grands fours en argile.
Brocéliande était finalement l'un des plus grands poumons économiques de la région. On y produisait du métal en quantité industrielle, bien au-delà des besoins des habitants locaux. Ce fer voyageait ensuite sur des dizaines de kilomètres pour alimenter toute la Bretagne et le reste de la Gaule.
