Pourquoi on gère moins bien le stress en vieillissant ?

Pour beaucoup, le moindre imprévu semble plus lourd à gérer avec les années. Contrairement aux idées reçues, ce n'est pas une fatalité biologique. Le Pr Bertrand Fougère, auteur de "L'âge c'est dans la tête", décrypte ce sentiment de "trop-plein" et donne les clés pour retrouver la sérénité d'avant.

Pourquoi on gère moins bien le stress en vieillissant ?
©  antoniodiaz - 123RF

C'est un sentiment partagé par beaucoup de personnes : avec les années, le moindre grain de sable semble devenir une montagne. On se croit plus fragile, plus anxieux, moins "solide" qu'à 40 ans. L'exemple le plus flagrant de ce décalage est sans doute celui des repas de famille ou entre amis. Là où, à 40 ans, vous organisiez des tablées de douze personnes entre deux dossiers urgents et les activités des enfants sans même y penser, recevoir quatre invités aujourd'hui peut vous sembler être une logistique insurmontable. Est-ce un déclin de vos capacités ? Absolument pas.

"On n'est pas plus stressé parce qu'on vieillit. C'est un faux préjugé. Si c'était le cas, toutes les personnes de 80 ou 90 ans seraient déprimées et anxieuses, ce qui n'est pas le cas", confie d'emblée le Pr Bertrand Fougère, spécialiste du vieillissement et auteur du livre "L'âge, c'est dans la tête !" (Éd. Vuibert), au Journal des Femmes. En vieillissant, la machine n'est pas cassée, elle réagit simplement à un contexte de vie qui change. Mais alors d'où vient cette impression ?

Ce sentiment d'être dépassé par les événements a souvent une origine plus organisationnelle que biologique. C'est une question de charge cognitive habituelle. "Quand votre vie est une succession ininterrompue de défis logistiques, votre cerveau est en mode "pilotage automatique" face à l'imprévu. Avec un rythme de vie plus calme, ce même événement occupe désormais toute la place. Ce n'est plus "une tâche parmi cent", c'est "l'événement de la journée". Le stress ne vient pas d'une fragilité nouvelle, mais du fait que ce "grain de sable" vient bousculer une organisation devenue plus fixe, plus précieuse, et donc plus sensible aux perturbations", explique le Pr Fougère.

Couverture du livre L'Âge c'est dans la Tête © Editions Vuibert

Bien vieillir, c'est avant tout apprendre à transformer les pertes en nouvelles opportunités. Le départ des enfants ou la fin de la carrière ne sont pas que des "fins", ce sont des espaces qui se libèrent. "Vieillir, c'est réussir. Celui qui arrive à bien vieillir, c'est celui qui arrive à s'adapter à ces différentes situations de perte en créant d'autres choses. On s'enrichit d'une autre activité, d'un autre investissement", résume le spécialiste. Pour garder cette "malléabilité" : il faut rester en mouvement, tant physiquement que socialement. Préparer ses transitions (comme la retraite) et continuer à apprendre permet de garder ce fameux pic de bonheur qui, selon certaines études, atteindrait son apogée à 65 ans. Un âge d'or où, libéré des pressions parentales et professionnelles, on peut enfin dire : "L'âge, c'est vraiment dans la tête".

L'essentiel est de ne pas laisser votre routine se figer : changez vos itinéraires et testez de nouvelles activités pour garder votre cerveau "malléable" et réactif au changement. Il est tout aussi important d'anticiper les transitions de vie, comme le départ à la retraite ou celui des enfants, en vous projetant dans de nouveaux projets (bénévolat, sport, écriture...) avant que le vide ne s'installe, afin de ne pas subir ces étapes mais de les investir. Enfin, apprenez à écouter votre nouveau rythme sans culpabiliser : si la récupération est plus longue, qu'il s'agisse de sommeil ou de fatigue physique, adaptez simplement votre mode de vie car, comme le rappelle si bien le Pr Fougère, "on adapte notre vie à nos capacités, et cela se fait tout au long de la vie".