Odeur d'un corps mort : pour ce médecin légiste, elle est caractéristique et ressemble à...

Au décès, le corps entame une métamorphose chimique radicale. Une odeur typique s'en dégage. Explications du médecin légiste Michel Sapanet.

Odeur d'un corps mort : pour ce médecin légiste, elle est caractéristique et ressemble à...
© Photo d'illustration /123RF- sinenkiy

La mort est souvent perçue comme un instant T, un basculement immédiat. Pourtant, pour la science et la médecine légale, elle ressemble davantage à une lente extinction des feux. Ce processus biologique complexe s'accompagne d'une signature olfactive très particulière qui évolue au fil des étapes de la décomposition. Le Dr Michel Sapanet, directeur de l'Institut de médecine légale Poitou-Charentes, nous aide à décrypter ce phénomène méconnu.

La mort entraîne un arrêt des fonctions vitales (respiration, circulation, communication neuronale). Cela marque le début de la dégradation physique. Le Dr Sapanet précise que la vitesse de ce processus est variable : "Ce qu'il se passe après la mort dépend énormément des causes du décès et des conditions de conservation du corps". Privé d'oxygène et de système immunitaire actif, le corps devient le terrain de jeu des bactéries, notamment celles qui résident naturellement dans notre système digestif. C'est le début du cycle de putréfaction.

Les tissus se transforment et l'apparence visuelle du corps change radicalement. "Le corps commence à suinter des liquides noirs et rouges, la peau devient progressivement verdâtre puis noire et le corps dégage des odeurs très désagréables. Chez une personne ayant une importante surcharge graisseuse, la graisse va se liquéfier et des grosses bulles vont apparaître sur la surface de la peau avec à l'intérieur des liquides de putréfaction ou de la graisse liquéfiée".

Cycle de décomposition chimique et olfactive. © Droits réservés - Journal des Femmes Santé

Les premières heures suivant le décès, l'odeur est relativement discrète. Le Dr Sapanet la compare à celle de la "viande froide". C'est une odeur de tissu animal qui ne bénéficie plus de la chaleur métabolique ni de la circulation. Plus la décomposition progresse, plus les protéines se cassent. "Cette odeur va évoluer et tendre vers une odeur caractéristique de certains fromages forts comme l'Époisses ou le Maroilles. Lors de la décomposition, les protéines du corps subissent le même type de transformation que les protéines de certains fromages". En se décomposant, les graisses libèrent des acides gras volatils. "Elles émettent une odeur de beurre rance. Les os, même lorsqu'ils sont nettoyés, conservent également cette odeur de beurre rance.", décrit le médecin légiste. 

Si cette odeur nous provoque une répulsion si viscérale, c'est qu'elle active instantanément l'amygdale, le centre de la peur dans notre cerveau. Il s'agit d'un mécanisme de survie ancestral : notre instinct nous alerte d'un danger biologique (bactéries, toxines) et nous dicte de nous éloigner de la source de contamination.

L'odeur de la mort est le résultat d'un recyclage biologique. Si elle nous rebute instinctivement, elle témoigne de la transformation implacable de la matière organique. Entre la dégradation des protéines et l'acidité des graisses rances, le corps humain finit par retourner à ses composants chimiques élémentaires.

Merci au Dr Michel Sapanet. Propos recueillis en 2022.