Sommeil : se réveiller à 5h du matin à cet âge-là n'est pas normal, il faut consulter
Vous vous réveillez à l'aube sans raison, vous avez l'impression de moins bien dormir qu'avant ? Le Pr Pierre-Alexis Geoffroy nous dit ce qui est normal, ce qui ne l'est pas, et comment agir.
Avec l'âge, beaucoup commencent à le remarquer : les nuits raccourcissent, les réveils s'avancent, le sommeil semble moins profond qu'avant. C'est encore pire quand on ne dort pas chez nous. Mais ce n'est pas une impression : le sommeil se transforme bel et bien au fil des années, et la biologie en est la principale explication. Le Pr Pierre-Alexis Geoffroy, professeur de psychiatrie et médecin du sommeil, nous explique comment et à quel âge ces changements surviennent.
Tout commence par les modifications de l'horloge biologique. "En vieillissant, elle se modifie un petit peu, on vit plus le matin", explique le médecin. Ce phénomène, que les spécialistes appellent "avance de phase", déplace progressivement les horaires de sommeil vers des heures plus matinales : on se couche plus tôt et on se lève aussi plus tôt. Une personne âgée qui se levait à 7h quand elle était active va être réveillée naturellement à 6h. De plus "la profondeur du sommeil est moins importante". La nuit se fragmente, ponctuée de micro-réveils. La pression de sommeil, cette force physiologique qui s'accumule pendant l'éveil pour favoriser l'endormissement, s'affaiblit aussi progressivement.
Un âge en particulier voit le sommeil se transformer : "C'est à partir de 40 ans que ça commence à se dégrader" rapporte le Pr Geoffroy. Mais "ce ne sont encore que des modifications légères du sommeil". Vient ensuite le cap de la cinquantaine, surtout pour les femmes : "Chez elles, la période de la ménopause entraine un sur-risque de sommeil [perturbé] à ce moment-là." Puis les effets se renforcent nettement à partir de 60 ans. À ces facteurs biologiques s'ajoutent les maladies chroniques, les traitements médicamenteux, l'anxiété et les écrans : "Plus on vit, plus ce genre de facteurs perturbateurs viennent s'ajouter."
On se réveille donc naturellement plus tôt à partir de 40 ans. Avant cet âge, il n'est pas normal d'avoir des réveils précoces et s'ils perdurent, mieux vaut consulter. De manière générale, le Pr Geoffroy explique qu'avoir du mal à s'endormir, ne pas se sentir reposé au réveil malgré une nuit complète, avoir une somnolence en journée qui perturbe les activités quotidiennes, des difficultés de concentration ou encore des changements d'humeur inexpliqués doit pousser "à consulter un médecin généraliste ou un médecin spécialisé du sommeil". Si près d'un Français sur deux se plaint de son sommeil, notre interlocuteur insiste sur le fait que "ce n'est pas normal de mal dormir, ce peut être le signe d'une maladie". De même, "on doit globalement dormir 7h par nuit" donc une personne âgée qui ne dort que 3 ou 4 heures "a une maladie du sommeil" et doit là aussi consulter.
Pour passer le cap des 40, 50 et 60 ans, le spécialiste recommande de "renforcer ses rythmes biologiques" : se lever à heures fixes est "hyper important", tout comme s'exposer chaque matin à la lumière naturelle, car elle "donne un signal d'éveil fort". Il est aussi conseillé de se coucher avant les heures où le sommeil est le plus réparateur. La journée, une activité physique régulière aide à stabiliser ces rythmes tandis que les siestes prolongées "participent à effondrer la pression de sommeil". Pour favoriser l'endormissement, la lecture "aide à couper avec la régulation de la journée" et permet ainsi de mettre à distance les tensions accumulées. Ces petits ajustements cumulés peuvent transformer le sommeil et, comme le rappelle notre interlocuteur, "ne subissons pas le sommeil".
Merci au Pr Geoffroy, Professeur de psychiatrie, médecin du sommeil et auteur de "La nuit vous appartient" (éd. Robert Laffont).