Le Groenland est en train de "bouillir" : ces 2 villes françaises pourraient disparaître
On imagine le Groenland comme un bloc de glace rigide et immobile. Pourtant, une étude récente a révélé une réalité bien plus étrange et mouvante. À des kilomètres sous la surface, la glace se comporte d'une manière qu'aucun glaciologue n'avait prédite.
On imagine le Groenland comme une immense étendue blanche, silencieuse et gelée. En dessous, à des profondeurs abyssales, on s'attend à trouver une roche solide et une glace compacte. Mais les dernières images radars relayées dans une étude récente racontent une tout autre histoire : la glace profonde semble en réalité s'enrouler en tourbillons géants et complexes et cela aurait des conséquences directes sur nos villes. Le professeur Andreas Born, glaciologue à l'Université de Bergen, utilise une image frappante pour décrire le phénomène : "c'est presque comme une casserole de pâtes en train de bouillir", décrit-il dans son étude publiée dans la revue The Cryosphère. Mais comment de la glace, par définition solide et froide, peut-elle "bouillir" ?
Dans les entrailles de la Terre, la chaleur remonte de la croûte terrestre et chauffe la base de la calotte glaciaire. Ce processus, qu'on appelle "convection thermique" est le même que celui qui anime le magma dans le manteau terrestre : la glace au contact de la roche chaude se réchauffe légèrement. Devenue moins dense, elle commence à remonter très lentement vers la surface. La glace plus froide, située au-dessus, redescend pour prendre sa place. Ce cycle crée des structures en forme de spirales (des panaches) qui ont mis des milliers d'années à se former. C'est un spectacle fascinant, mais qui révèle une vraie fragilité.
Si ces tourbillons ne sont pas nouveaux (ils datent de la dernière ère glaciaire, soit il y a plus de 10 000 ans), ce qu'ils nous apprennent sur la nature de la glace est alarmant. Jusqu'à présent, les modèles climatiques considéraient la glace du Groenland comme une structure assez résistante. Or, ces mouvements prouvent que la glace est beaucoup plus "molle" et sensible au stress qu'on ne le pensait.
Les conséquences sont colossales. Si la glace est plus molle et plus fluide, elle peut s'écouler vers l'océan plus rapidement que prévu sous l'effet du réchauffement climatique. Le Groenland contient assez d'eau gelée pour faire monter le niveau mondial des mers de 7,4 mètres sur le long terme. Ce ne sont pas que des chiffres : une montée des eaux de cette ampleur redessinerait la carte du monde, menaçant d'engloutir des villes côtières entières comme New York, Tokyo, Bombay ou nos villes françaises comme le Havre ou Bordeaux et forçant 40% de la population mondiale à quitter leur foyer pour se réfugier à l'intérieur des terres. On parlerait de centaines de millions de "réfugiés climatiques". Evidemment, cette montée des eaux ne se ferait pas du jour au lendemain : elle prendrait des siècles voire des millénaires.
Pour le Dr Robert Law, glaciologue et co-auteur de l'étude, ces panaches de glace sont comme des "artéfacts anciens" qui aident à mieux comprendre la physique de l'eau solide. Ces mouvements ne signifient pas une catastrophe immédiate, mais ils rappellent que notre compréhension de la calotte glaciaire est encore incomplète. À l'heure où le Groenland perd déjà sa glace à un rythme sans précédent (six fois plus vite qu'en 1990), chaque nouvelle découverte sous la surface nous rapproche d'une vérité cruciale : la "géante blanche" est bien plus fragile et instable qu'il n'y paraît.
