Cette faille se réveille après 300 ans de silence : les géologues craignent le séisme du siècle

Après plus de trois siècles d'un calme trompeur, cette zone de rupture colossale accumule une tension telle que les sismologues redoutent "le séisme du siècle".

Cette faille se réveille après 300 ans de silence : les géologues craignent le séisme du siècle
© albyfarzhan - 123RF

Sous nos pieds, la Terre n'est jamais vraiment immobile : la croûte terrestre est un ensemble de plaques tectoniques qui ne cessent de bouger, de se frôler ou de se percuter dans un mouvement invisible à l'échelle humaine. À première vue, le littoral du Nord-Ouest américain est un havre de paix. Depuis plus de 300 ans, cette région du globe n'a connu aucune secousse majeure. Cette apparente stabilité est en réalité un paradoxe géologique. Pour les scientifiques, ce calme plat est le signe d'un "verrouillage" total : deux morceaux de la croûte terrestre sont soudés l'un à l'autre et accumulent chaque année une pression colossale. Si la surface reste immobile, les profondeurs, elles, saturent.

Sous le sol, une faille sous-marine longue de 1 000 kilomètres est le lieu d'un affrontement titanesque. La petite plaque océanique, appelée Juan de Fuca, tente de s'enfoncer sous l'immense plaque Nord-Américaine. Mais au lieu de glisser avec fluidité, les deux masses rocheuses sont grippées. Autrement dit, la plaque continentale se comprime et s'élève de quelques millimètres par an, attendant le moment où la roche cédera sous son propre poids.

Contrairement à la célèbre faille de San Andreas en Californie, qui produit des séismes horizontaux souvent limités à une magnitude 8, cette faille nommée Cascadia appartient à la catégorie des "mégathrusts". C'est l'une des seules failles capables de générer des séismes de magnitude 9 ou plus, comme celui qui a frappé le Japon en 2011. Contrairement aux séismes classiques qui durent 30 secondes, un séisme de magnitude 9 peut faire trembler le sol pendant 3 à 5 minutes.

La menace invisible de Cascadia © Droits réservés - Journal des Femmes

Lorsque la rupture se produira, le sol ne se contentera pas de vibrer, il s'affaissera brusquement. En quelques secondes, la plaque nord-américaine reprendra sa forme initiale dans un sursaut violent, libérant une énergie équivalente à des milliers de bombes atomiques. Les bâtiments qui résistent aux premières secousses pourraient s'effondrer par fatigue structurelle. Un tsunami serait le danger n°1 pour les populations des côtes. Les estimations les plus pessimistes parlent de milliers de victimes et d'un million de déplacés.

Comment les géologues ont-ils découvert cette menace alors qu'aucun sismographe n'existait il y a 300 ans ? Grâce à une enquête digne de la police scientifique. En étudiant les cernes des arbres de "forêts fantômes" sur la côte et en recoupant des manuscrits japonais du XVIIIe siècle, ils ont identifié la date exacte de la dernière rupture : le 26 janvier 1700. Ce jour-là, un tsunami massif a traversé tout le Pacifique sans prévenir, frappant le Japon sans qu'un séisme n'ait été ressenti sur place. C'était l'onde de choc de Cascadia. 

En étudiant les couches de sédiments marins, les chercheurs ont découvert que Cascadia se rompt en moyenne tous les 250 à 500 ans. Avec 326 ans au compteur, le réveil de la faille est désormais considéré comme "mûr". Selon l'Institut d'études géologiques des États-Unis, il y a environ 10 % à 15 % de chances qu'un séisme de magnitude 9 se produise dans les 50 prochaines années. 

Heureusement, la science nous donne aujourd'hui une longueur d'avance que nos ancêtres n'avaient pas. Face à cette "bombe à retardement", les autorités renforcent les codes de construction et déploient des systèmes d'alerte précoce. En connaissant l'ennemi, les villes de la côte Ouest se transforment : des tours de refuge contre les tsunamis s'élèvent, les ponts sont renforcés et le système de détection ShakeAlert peut désormais envoyer une alerte sur chaque smartphone avant même que les ondes les plus destructrices n'arrivent.