Vous dormez mal quand vous n'êtes pas chez vous ? Voilà ce qui se passe dans votre cerveau et comment le duper

Nuit agitée, réveils à répétition, impression de ne jamais vraiment sombrer… Dormir ailleurs que chez soi peut virer au cauchemar. La psychiatre Isabelle Poirot, présidente de l'Institut du Sommeil et de la Vigilance, nous explique pourquoi notre cerveau nous joue des tours et comment y remédier.

Vous dormez mal quand vous n'êtes pas chez vous ? Voilà ce qui se passe dans votre cerveau et comment le duper
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Dans une chambre d'hôtel, le canapé-lit des amis ou le matelas gonflable du camping... Qui n'a jamais passé une nuit à se retourner sans cesse dans un lit qui n'est pas le sien, en attendant désespérément de trouver le sommeil ? "Le souci majeur d'une très mauvaise nuit, c'est d'être moins performant la journée, d'avoir plus de problèmes d'attention et plus de problèmes de concentration", nous explique Isabelle Poirot, psychiatre spécialisée dans les troubles du sommeil et présidente de l'Institut National du Sommeil et de la Vigilance (INSV). Mais que se passe-t-il dans notre cerveau qui nous empêche de bien dormir ailleurs ?

"On n'est pas tous égaux devant le sommeil", rappelle la spécialiste. Certaines personnes ont des capacités d'adaptation particulièrement performantes, alors que d'autres ne vont pas ou peu réussir à s'adapter à un nouvel environnement. "C'est une question de flexibilité du cerveau et du corps dans leur capacité à tolérer le fait de dormir ailleurs que chez soi." Les personnes souffrant déjà d'insomnie sont particulièrement vulnérables, souvent inquiètes "de ne pas avoir ces petits rituels qui permettent de bien dormir". Elles vont ainsi avoir plus de difficultés à s'adapter à l'extérieur de chez elles.

Or "pour bien dormir, il faut être dans un environnement sécure où on se sent bien" poursuit l'experte du sommeil. Le fait de changer de lieu nous met en situation d'hyper-éveil "parce que cet environnement est inconnu". Concrètement, ce changement active le système du stress : le cerveau reste en alerte, prêt à réagir au moindre stimulus. Résultat : "On va être plus sensible au bruit, à la lumière, on peut même être plus sensible à la qualité du lit. Tout est fait pour qu'on s'endorme moins facilement ou qu'on se réveille plus souvent pendant la nuit."

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Pour limiter les dégâts, quelques réflexes simples existent. La spécialiste recommande avant tout de "bien garder son rythme de sommeil comme à la maison" et, pour les personnes concernées, de "traiter une insomnie chronique avant les départs et les déplacements". Côté confort, emporter son oreiller peut aider, notamment pour le maintien de la nuque. Et pour maîtriser l'environnement inconnu, des boules Quies et un bandeau sur les yeux suffisent parfois à recréer les conditions du chez-soi. Dernière astuce : "Prendre un bon bouquin pour pouvoir lire et se décontracter le plus possible."

Enfin, inutile de dramatiser : "Une nuit d'insomnie avec un sommeil plus court n'a pas forcément de grandes conséquences." Lors d'un week-end festif par exemple, "il faut tolérer qu'on a complètement modifié ses rituels, parce qu'on a peut-être plus mangé ou bu un peu d'alcool le soir. On peut l'assumer, ce n'est pas très grave", rassure la psychiatre. C'est bien la répétition qui pose problème. Et si les difficultés à dormir persistent et altèrent durablement la qualité de vie, mieux vaut consulter un professionnel de santé.