Les personnes qui dorment avec cette montre ruinent leur sommeil, selon ce neurologue

"Elles deviennent obsédées par les chiffres plutôt que par la façon dont elles se sentent réellement", alerte le Dr Guy Leschziner, neurologue.

Les personnes qui dorment avec cette montre ruinent leur sommeil, selon ce neurologue
© 123rf-khaligo

Chaque matin, à peine les yeux ouverts, des millions de personnes consultent leur poignet pour savoir s'ils ont "bien" dormi. Cette quête de la nuit parfaite cache un revers de médaille méconnu et s'avère finalement délétère pour notre repos. En transformant le sommeil en une performance à accomplir, nous créons une barrière psychologique à l'endormissement. Le mécanisme est simple mais redoutable : plus on veut "réussir" sa nuit, moins on y parvient. En se fixant des objectifs de chiffres et de graphiques, le cerveau se met inconsciemment en état d'alerte. Au lieu de se laisser aller au lâcher-prise nécessaire au sommeil, l'esprit surveille activement si le corps s'endort bien, ce qui maintient un niveau de vigilance incompatible avec une nuit sereine.

Les conséquences de cette hypervigilance sur le long terme sont préoccupantes. À force de scruter ses statistiques, l'utilisateur peut basculer dans une anxiété chronique qui finit par dérégler durablement son horloge biologique. "Nous voyons beaucoup de gens qui ont développé une insomnie sévère à la suite d'un suivi constant de leur sommeil. Ils deviennent obsédés par les chiffres plutôt que par la façon dont ils se sentent réellement", alerte le Dr Guy Leschziner, neurologue à Londres dans son livre "The Nocturnal Brain". Cette déconnexion entre la donnée chiffrée et le ressenti physique plonge les dormeurs dans un cercle vicieux où la technologie dicte leur état de fatigue.

Et c'est tout le problème des montres connectées. Aujourd'hui, on estime qu'environ 30 % des adultes dans les pays développés utilisent un appareil, le plus souvent une montre, pour traquer leur sommeil. Ce phénomène porte un nom médical : l'orthosomnie. Ce concept a été mis en avant dès 2017 par Kelly Glazer Baron et Sabra Abbott, chercheuses à l'Université Rush à Chicago, et désigne cette quête obsessionnelle, et paradoxalement pathologique, d'un sommeil optimisé par la technologie.

Femme qui dort avec une montre connectée © Andrey Popov - stock.adobe.com

Cette pression psychologique s'accompagne d'un effet "nocebo" (l'inverse de l'effet placebo) particulièrement pernicieux. Si votre montre vous annonce au réveil que vous avez un nombre d'heures de sommeil faible (trop peu de sommeil profond, ou au contraire trop de sommeil léger) ou que votre score de récupération est bas, votre cerveau peut commencer à produire des symptômes de fatigue par pure autosuggestion, et ce, même si vous vous sentiez initialement bien et reposé.

Face à cette tendance, les médecins français commencent également à mettre en garde contre cet "auto-diagnostic" permanent. Le Dr Marc Rey, Président de l'Institut national du sommeil et de la vigilance (INSV), rappelle souvent que le meilleur indicateur reste le ressenti au réveil et non les données chiffrées de l'application. "La montre peut dire que vous avez eu 1h de sommeil profond alors que vous vous sentez en forme. C'est le ressenti qui prime, car les algorithmes des montres sont souvent opaques et non certifiés médicalement".