"Une vraie cochonnerie" : que contient le Sniffy, cette poudre blanche vendue en France qui ressemble à la cocaïne ?

Ce n'est pas du tabac mais le Sniffy fait polémique. Le ministre de la Santé veut l'interdire.

"Une vraie cochonnerie" : que contient le Sniffy, cette poudre blanche vendue en France qui ressemble à la cocaïne ?
© Sniffy France

Totalement inconnue il y a encore quelques jours, une substance énergisante qui se présente sous la forme d'une poudre à inhaler par les narines est aujourd'hui au cœur d'une controverse. La raison ? Bien que légale, cette poudre rappelle les codes de consommation de la cocaïne. Elle est fabriquée par l'entreprise française Sniffy France, basée à Marseille. Le ministre de la Santé Frédéric Valletoux a d'ailleurs qualifié cette substance de "cochonnerie" le 25 mai sur franceinfo, avant d'annoncer vouloir interdire sa vente : "Je vais voir effectivement dans les prochains jours comment on peut interdire ce type de chose. Il faut l'interdire dès qu'on peut." La confédération des buralistes s'est également positionnée "contre ce produit".

"Une cocaïne décocaïnée"

La poudre est disponible à la vente chez certains buralistes et surtout très facilement sur Internet (au prix de 14,90 euros la boîte). Elle s'inhale avec une paille (comme un rail de cocaïne) et se décline en plusieurs saveurs : fruit de la passion, citron vert, menthe ou encore fraise bonbon. Différents goûts "qui n'en doutons pas, attireront les plus jeunes", s'inquiète Bernard Basset, Président d'Addictions France. "Le problème de la commercialisation de ce produit n'est évidemment pas sa composition, mais sa promotion publicitaire qui repose en quelque sorte sur une cocaïne décocaïnée", alerte-t-il. "La banalisation du geste (sniff), de l'apparence (poudre blanche), des motivations pour le consommer (booster son énergie, faire la fête). Sniffy n'est pas de la cocaïne, mais il y ressemble tellement qu'il banalise indirectement son usage."

Plusieurs effets indésirables...

D'après le site de la marque, la poudre blanche est composée de L-Arginine, Caféine, Créatine, L-citrulline, Taurine, Beta Alanine ou encore de Maltodextrine. Des ingrédients dont la commercialisation est légale et censés aider "lors de vos exercices physiques, de vos études, examens, mais encore la nuit." Une consommation excessive de ces ingrédients peut cependant provoquer des "effets indésirables" selon le fabricant, notamment : 

► Des effets sur la santé des muqueuses nasales : "Les ingrédients tels que la caféine, la créatine, la taurine et la beta-alanine peuvent potentiellement irriter les muqueuses sensibles, provoquant une sécheresse ou une inflammation."

► Des troubles du sommeil "si la poudre est inhalée en fin de journée", en raison de la présence de caféine.

►Des interactions avec l'alcool

►Des interactions avec des médicaments qui peuvent affecter "leur efficacité" ou entraîner des "effets secondaires inattendus."

Les personnes sensibles à la caféine doivent éviter ce produit. Par précautions, le fabricant recommande de ne pas dépasser la dose maximale quotidienne de 2 grammes, soit deux fioles de poudre et seulement "lorsqu'on en a besoin". Il conseille aussi de consulter un professionnel de santé avant d'inhaler le produit pour évaluer les risques individuels.

"Je ne vois pas comment cela pourrait être interdit"

Malgré les annonces du ministre de la Santé Frédéric Valletoux, il parait "compliqué" pour l'avocate en droit pénal Raphaëlle Tort-Bourgeois "d'interdire la vente de ce produit". "Le geste et la forme [liés à] cette substance s'apparentent à la prise de stupéfiant, mais je ne vois pas comment cela pourrait être interdit, vu que les composants ne sont pas prohibés" a-t-elle expliqué au Monde. En revanche, les effets indésirables de ses composants peuvent remettre en cause le futur de sa commercialisation. "C'est le volet médical qui pourrait faire interdire ce produit, pas le côté pénal lié aux stupéfiants" conclut-elle.