Toujours une remarque à faire ? Ce que cache la critique permanente selon la psychologie

Et si la critique en disait plus long sur celui qui la formule que sur celui qui la reçoit ? La psychologue Delphine Py décrypte les mécanismes derrière ce comportement qui peut devenir insupportable et livre ses conseils pour y répondre.

Toujours une remarque à faire ? Ce que cache la critique permanente selon la psychologie
© Dragana Gordic - stock.adobe.com

Ce collègue qui trouve toujours quelque chose à redire, cette tante qui commente chaque choix de vie ou encore cette remarque amicale glissée sous couvert d'humour... "Tout le monde peut critiquer et tout le monde peut être victime d'une personne qui critique", nous explique d'emblée Delphine Py, psychologue. "Et puis d'ailleurs, c'est très français : on a la critique facile", affirme-t-elle. Dans un pays où la culture du débat et de l'exigence est profondément enracinée, difficile de mettre des limites, et ce comportement finit par peser sur les victimes. Alors, que se cache-t-il réellement derrière cette tendance à tout commenter, tout juger, tout évaluer ?

Critiquer n'est pas uniquement négatif, nuance Delphine Py : "Cela améliore le lien social et crée une complicité entre les gens". Critiquer est tout à fait normal, "mais cela dépend de la fréquence et de la quantité". Quand la critique devient un réflexe permanent, les conséquences sont réelles : relations abîmées, conflits à répétition, isolement. D'autant que notre environnement nourrit cette tendance : culture de la performance en entreprise, pression sociale à s'améliorer constamment... "Il y a une pression sociale à être le mieux possible. C'est une positivité toxique", poursuit la psychologue.

"On est tous câblés pour remarquer le négatif avant le positif"

Toutes les critiques ne révèlent pas la même chose. Selon Delphine Py, ceux qui se critiquent eux-mêmes mais épargnent les autres souffrent souvent d'un manque de confiance en eux : ils se trouvent nuls, ont peur de décevoir et idéalisent leur entourage. À l'inverse, ceux qui critiquent uniquement les autres sans jamais se remettre en question présentent un fonctionnement plus égocentrique. Notre cerveau joue aussi un rôle : "Il y a le biais de négativité, que l'on a tous. On est tous câblés pour remarquer le négatif avant le positif." L'anxiété est une autre cause fréquente. Les personnes qui tolèrent mal l'incertitude utilisent la critique pour garder le contrôle : "Quand elles font face à quelque chose qu'elles n'avaient pas anticipé, cette anxiété peut prendre le masque de l'agressivité ou de la critique, pour reprendre le contrôle." Alors qu'en réalité, "relever ce qui ne convient pas, c'est une illusion de maîtrise".

Mais la racine la plus profonde se trouve souvent dans l'enfance. "Ce qui se passe dans notre enfance va avoir une répercussion sur la façon dont on voit le monde", explique Delphine Py. Un enfant élevé par des parents très critiques, ceux pour qui un 18/20 n'est jamais suffisant, peut grandir dans le schéma de la perfection, sans aucune tolérance à l'erreur. "On a pu apprendre que l'amour est conditionnel : si je ne suis pas parfait, alors je n'ai pas de valeur et je ne mérite pas d'être aimé." Ces personnes deviennent souvent critiques envers elles-mêmes comme envers les autres : "C'est une façon de reproduire le climat qui a été connu de manière inconsciente." Derrière la personne qui critique sans cesse peut donc se cacher un enfant à qui l'on n'a jamais dit que l'imperfection était acceptable.

Comment réagir face à une critique ? Pour Delphine Py, "l'idée n'est pas de se justifier, mais d'entendre, de dire si on est d'accord ou non et de demander des clarifications si la critique est trop floue." Face à un reproche vague comme "on ne peut pas compter sur toi", elle conseille de valider l'émotion tout en demandant des précisions : "Je comprends que tu sois en colère, mais qu'est-ce qui te fait dire qu'on ne peut pas compter sur moi ?" Le but est de clarifier. Et si les critiques deviennent systématiques et semblent injustifiées, il est légitime d'ouvrir la discussion en exprimant à son tour ce que l'on ressent.

Merci à Delphine Py, psychologue et autrice de "C'est injuste !" (éd. Marabout).