Maltraitance et enfermement : l'État suspend en urgence 4 unités pour enfants et adolescents en Ile-de-France
L'Agence Régionale de Santé d'Île-de-France vient d'ordonner la fermeture de quatre unités d'hospitalisation pour enfants et adolescents dans le Val-de-Marne. En cause : des pratiques d'enfermement indignes et contraires aux droits de l'enfant.
C'est une décision radicale et extrêmement rare dans le monde de la santé. L'Agence Régionale de Santé (ARS) d'Île-de-France vient d'ordonner la fermeture en urgence de quatre unités d'hospitalisation pour enfants et adolescents dans le Val-de-Marne (94). À partir du 27 février 2026, plus aucun enfant ne sera hospitalisé sur ces sites. Cette fermeture brutale n'est pas liée à un manque de budget ou de personnel, mais à des mauvais traitements subis par les enfants.
Après plusieurs signalements et une inspection en novembre 2025, l'ARS a découvert des pratiques graves : des enfants étaient enfermés seuls dans des chambres ou attachés ("contention") de manière injustifiée. Des jeunes restaient enfermés alors que leur état de santé ne le nécessitait plus. Enfin, les bonnes pratiques n'étaient pas respectées. L'établissement utilisait des méthodes d'un autre âge, loin des recommandations actuelles de la Haute Autorité de Santé qui privilégient aujourd'hui l'apaisement et le dialogue. Sur internet, plusieurs avis témoignent de ces pratiques : "J'ai quand même été face à une infirmière qui m'a dit que si je continuais à pleurer, j'irai dans une salle toute blanche h24 sans rien et sans fenêtre [...] Ils vous hurlent dessus et puis à part vous droguer de médicaments ils ne font rien", "J'y ai été à 14 ans pendant 1 semaine traumatisé à vie. Il faut que cet endroit soit fermé pour éviter que d'autres enfants souffrent", "On shoote les patients (mineurs et sans accord parental) avec du Tercian (antipsychotique), Risperdal ou autres à forte doses".
La suspension concerne les services où les enfants dorment sur place (on parle d'hospitalisation complète) des 4 unités de la Fondation Vallée à Gentilly : Bourneville pour les adolescents 12-17 ans, Dolto, d’hospitalisation séquentielle pour les 4-12 ans, Winnicott, d’évaluation en hospitalisation programmée pour les 6-12 ans et l'UETA, unité d’évaluation et de traitement des adolescents (sans activité de fait car en cours de reconversion). La Fondation Vallée est un établissement spécialisé en psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent.
Les consultations en journée (hôpital de jour) et les rendez-vous classiques continuent de fonctionner car le problème se situait spécifiquement dans la gestion des enfants gardés la nuit et sur de longues périodes. Il reste actuellement moins de 20 jeunes hospitalisés. Pour éviter de les perturber davantage, ils profitent des vacances scolaires pour rentrer chez eux. Pendant ce temps, les médecins réévaluent chaque cas un par un. À la fin des vacances, ils seront redirigés vers d'autres centres de soins adaptés à leurs besoins, mais où leur sécurité et leurs droits seront respectés.
L'ARS avait déjà prévenu la direction dès le 7 octobre 2025 en demandant d'arrêter ces pratiques. Pour autant, la Fondation Vallée n'ayant pas été capable de garantir que ces méthodes d'enfermement avaient cessé, l'autorité de santé a décidé de "couper le contact" pour protéger les mineurs, précise le communiqué. L'établissement est donc "mis en demeure". Cela signifie qu'il a l'obligation de revoir totalement son organisation. Pour rouvrir un jour, il devra prouver qu'il a formé son personnel aux méthodes de crise modernes et qu'il est capable de suivre précisément chaque mesure d'isolement.