Les personnes âgées sont souvent moins tolérantes mais ce n'est pas de leur faute, selon une étude

Avec l'âge, certaines se sentent moins patientes, plus facilement irritées ou débordées par le quotidien. Une étude apporte un nouveau regard, moins psychologique et plus physiologique, pour expliquer ce changement d'attitude chez les personnes âgées.

Les personnes âgées sont souvent moins tolérantes mais ce n'est pas de leur faute, selon une étude
© 123rf- balinska

Moins patientes, moins tolérantes, plus irritables... Avec l'âge, les réactions deviennent parfois plus vives. Une remarque anodine agace davantage. Un imprévu fatigue plus vite. Une contrariété qui passait autrefois ne passe plus. Beaucoup de personnes âgées en ont conscience et s'en veulent : "Je suis devenu moins tolérant", "Je supporte moins les autres", "Je n'ai pas envie d'attendre"... Cette évolution est souvent vécue comme un défaut, voire comme un changement de caractère difficile à expliquer. Mais selon une nouvelle étude publiée dans la revue scientifique Nature Aging, il ne faut pas culpabiliser.

Les chercheurs expliquent que ce ressenti en vieillissant n'a rien d'isolé. Ils observent depuis plusieurs années que le vieillissement s'accompagne, chez une partie de la population, d'une plus grande sensibilité émotionnelle. "Le vieillissement n'altère pas seulement notre mémoire ; il déstabilise nos émotions" affirment-ils. Les émotions négatives sont plus difficiles à contenir, le stress semble plus envahissant, et le seuil de tolérance baisse dans les situations du quotidien. Jusqu'ici, cette évolution était souvent attribuée à des facteurs psychologiques ou sociaux, sans explication biologique claire.

L'étude apporte un éclairage nouveau, plus médical. Menée sur 61 personnes âgées de plus de 65 ans, elle suggère que la baisse de tolérance en vieillissant n'est pas liée au caractère, mais à une modification physiologique du sommeil : la diminution du sommeil profond. "Le sommeil à ondes lentes, ou sommeil profond, joue un rôle essentiel dans la régulation émotionnelle et la restauration neuronale. Avec le vieillissement, cette phase devient plus courte et moins intense, entraînant une altération des circuits fronto-limbiques. Ces changements expliquent l'augmentation de l'anxiété observée chez les sujets âgés" peut-on lire dans les conclusions. Cette phase du sommeil est la plus réparatrice. Comme elle est de moins bonne qualité avec l'âge, cela se répercute directement sur les émotions. Le ressenti négatif augmente, la capacité à encaisser les tensions diminue. La personne devient plus sensible, plus réactive... plus souvent de mauvaise humeur.

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Autrement dit, si certaines personnes âgées se sentent moins patientes ou plus facilement irritées, ce n'est pas de leur faute. Il s'agit d'un mécanisme biologique lié au vieillissement du cerveau pendant la nuit, et non d'un défaut personnel. Pour les scientifiques, "les résultats soulignent l'importance de préserver la qualité du sommeil profond pour maintenir une stabilité émotionnelle au cours du vieillissement".

Si on ne contrôle pas le vieillissement du sommeil profond, on peut créer les conditions pour le préserver autant que possible. Des horaires réguliers, une exposition quotidienne à la lumière naturelle, une activité physique adaptée et un environnement calme la nuit aident le cerveau à mieux récupérer. Mieux comprendre le sommeil des seniors permet de soutenir leur équilibre émotionnel grâce à des leviers simples, tout en changeant le regard porté sur des réactions souvent mal comprises, y compris par ceux qui les vivent.