Vous oubliez souvent le prénom des gens ? La psychologie y voit un signe d'intelligence supérieure, car...
Et si ce n'était pas un défaut mais une qualité de ne pas se souvenir du prénom des autres ? C'est ce que la psychologie semble avancer. Ce comportement qui peut mettre très mal à l'aise serait le signe d'une capacité cognitive spécifique...
En psychologie, tous nos comportements ont un sens. Qui n'a jamais ressenti ce moment de solitude : nous croisons une personne, le visage nous est familier, mais son prénom reste bloqué dans les méandres de notre cerveau. "Souvent, ce qui ressort, c'est un sentiment de gêne, de honte, voire parfois de culpabilité", explique la psychologue clinicienne Aline Nativel Id Hammou. Derrière ce petit "bug" social se cachent des mécanismes liés à notre état de fatigue, à notre stress, mais aussi à la manière dont notre mémoire hiérarchise les informations que nous recevons au quotidien.
L'oubli d'un prénom n'est pas dû à un effacement de la mémoire mais à un incident de parcours dans la machinerie cérébrale. Un prénom est une donnée arbitraire : contrairement à un visage ou à une profession qui activent des réseaux sensoriels ou émotionnels, un prénom n'a souvent aucun lien logique avec la personne. Deux "pannes" techniques peuvent alors survenir. Soit il s'agit d'un blocage phonologique : le cerveau identifie parfaitement la personne (le dossier est ouvert), mais la connexion vers l'étiquette sonore (le nom) est coupée par le stress ou la fatigue. Soit, on parle d'interférence : si vous connaissez trop de "Pierre" ou de "Marie", votre cerveau peut saturer et, par économie d'énergie, choisir de ne pas stocker une énième répétition pour privilégier des informations plus complexes et inédites.
Donc si vous oubliez les prénoms, c'est peut-être tout simplement parce que votre cerveau est trop performant pour s'encombrer de détails secondaires. C'est ici que réside cette fameuse capacité intellectuelle : l'optimisation par le vide. "Au fur et à mesure qu'on vieillit, ou selon les contextes, une espèce de hiérarchie s'opère au niveau mémoriel", décrypte Aline Nativel Id Hammou. Votre cerveau ne cherche pas à vous mettre dans l'embarras, il cherche à être efficace. "L'objectif de votre cerveau, c'est d'optimiser vos performances. Il a besoin de libérer de l'espace pour intégrer de nouvelles informations plus complexes". En d'autres termes, votre intellect privilégie la fonction (à quoi sert cette personne ?) plutôt que l'étiquette (comment s'appelle-t-elle ?), témoignant d'une capacité supérieure de synthèse et d'adaptation.
Dans certains cas, l'oubli peut même avoir une origine analytique, agissant comme un mécanisme de défense. "En psychanalytique, un oubli a toujours un sens. Un prénom qui est associé à un vécu négatif, une rupture ou une perte, crée une espèce de blocage de protection qui nous empêche de l'intégrer de façon positive", nous explique la psychologue. Est-ce une fatalité d'oublier les prénoms ? Pas du tout. Si ce tri sélectif est le signe d'un cerveau qui privilégie l'essentiel, il peut se travailler si la gêne sociale devient trop lourde ou si les autres commencent à faire des remarques répétées. "On peut essayer de travailler ce déficit d'encodage par des exercices de mémoire à long terme ou en associant une utilité réelle au prénom", suggère la psychologue. Par exemple, vous rencontrez une certaine "Sophie" qui travaille à la comptabilité. Au lieu de répéter juste "Sophie", dites-vous : "Sophie est celle qui va débloquer mes notes de frais." En associant son prénom à une action concrète et importante pour vous, vous forcez le cerveau à considérer l'information comme "prioritaire" lors de l'encodage.
L'important reste de dédramatiser et d'analyser le contexte : l'oubli est-il ponctuel ? Fréquent ? Est-ce que vous oubliez seulement les prénoms de personnes croisées occasionnellement ou aussi dans des contextes sociaux plus réguliers ? Il faut aussi prendre en compte l'âge. Si l'oubli devient systématique et s'étend à d'autres types d'informations, il peut s'agir d'un phénomène naturel du cerveau qui cherche à économiser son énergie. "Il faut rester dans une forme de petite vigilance", conseille la psychologue.