Parler tout le temps n'est pas anodin : voilà ce que ça révèle vraiment d'une personne selon la psychologie
Simple trait de caractère ou signe d'un mal-être plus profond ? Une psychologue décrypte ce que révèle ce comportement de la psyché.
Certaines personnes semblent ne jamais s'arrêter de parler. Dans un dîner entre amis, au bureau ou même dans les lieux publics, leur flot de paroles occupe tout l'espace. Si converser est indispensable à la vie sociale, savoir apprécier le silence avec les autres est précieux sur le plan relationnel. Cette capacité à laisser respirer une conversation témoigne d'une écoute authentique et d'une présence apaisée. À l'inverse, les personnes qui ne tolèrent aucun blanc peuvent, sans le vouloir, fragiliser leurs relations interpersonnelles. Leurs interlocuteurs finissent par se sentir ignorés, incapables de placer un mot, voire émotionnellement épuisés. Mais que signifie vraiment ce comportement sur le plan psychologique ?
La logorrhée, ce besoin de parler de manière excessive et continue, peut parfois être le signe d'un trouble psychologique sous-jacent. "Dans le trouble bipolaire, en phase maniaque, il peut y avoir une logorrhée beaucoup plus importante", nous rappelle Emma Pisarz, psychologue. "Chez les personnes histrioniques (trouble de la personnalité caractérisé par un besoin excessif d'attirer l'attention et une émotivité exagérée, ndlr), il peut y avoir une logorrhée très centrée sur soi." Ces situations restent toutefois spécifiques et s'accompagnent généralement d'autres symptômes. Le trouble déficitaire de l'attention avec hyperactivité (TDAH) peut également provoquer une difficulté à réguler sa parole, avec une tendance à interrompre les autres ou à parler de manière impulsive. Dans ces cas précis, consulter un professionnel de santé permet de poser un diagnostic adapté et d'envisager un accompagnement.
En dehors de ces troubles, parler beaucoup "est souvent un trait de personnalité" relève Emma Pisarz. Selon elle, "c'est un mécanisme de défense". Contre quoi ? Pour certains, l'anxiété sociale joue un rôle central : "Il y a des personnes qui, quand elles sont anxieuses, ont peur des silences et ont tendance à combler le vide" explique la psychologue. Pour d'autres, paradoxalement, le flot de paroles "est un moyen de s'effacer, parce que quand on est tout le temps dans un flot de paroles, ça évite aux autres de nous poser des questions. On est complètement en maîtrise du sujet, on parle de ce qu'on veut", analyse Emma Pisarz. Dans les deux cas, le silence représente une menace qu'il faut neutraliser.

Les personnes concernées par une forte logorrhée ne le savent généralement pas, "sauf si on leur fait remarquer". Comment le faire délicatesse ? "Je pense qu'il n'y a pas d'excellente manière de dire à quelqu'un qu'il parle trop, mais peut-être juste de faire remarquer qu'il peut laisser un peu plus de silence parfois. Lui dire qu'on n'est pas obligé de tout commenter ou de toujours relancer, c'est bien aussi de laisser le temps à la réflexion."
Pour celles et ceux qui pensent parler trop, Emma Pisarz suggère de se demander : "Qu'est-ce qui se passerait si j'arrêtais de parler autant ? Est-ce qu'il y a quelque chose qui me fait peur si je parle moins ?" Selon les réponses obtenues et l'impact sur la vie quotidienne, en parler à un professionnel peut s'avérer bénéfique. Car apprendre à habiter le silence, c'est aussi offrir aux autres l'espace d'exister dans la conversation.