Couverte d'eczéma, Saskia a créé sa propre pommade : aujourd'hui sa marque cartonne et ses plaques ont disparu
Pendant de nombreuses années, Saskia Slama a vu son quotidien perturbé par des plaques d'eczéma inesthétiques et douloureuses. Jusqu'au jour où elle part en voyage en Amazonie. Rencontre.
Enfant, adolescent, adulte : 4 millions de personnes souffrent d'eczéma en France. Cette maladie inflammatoire, non contagieuse, gâche le quotidien. Démangeaisons, brûlures, douleurs... En plus de faire mal, elle abîme le sommeil, le moral, les activités sociales. Et elle n'a pas encore de traitement définitif. Pour beaucoup de malades, la solution consiste à appliquer toutes sortes de crèmes et baumes hydratants ainsi que de la cortisone pour réduire l'inflammation. Mais, aussi efficace soit-elle au début, la cortisone entraîne des effets secondaires à la longue et finit surtout par ne plus agir. Une majorité de personnes atteintes d'eczéma sont désemparées. A l'occasion de la Journée mondiale dédiée à cette maladie le 6 juin, nous avons rencontré Saskia Slama. Atteinte d'eczéma pendant des années, la jeune femme a créé ses propres cosmétiques qu'elle commercialise aujourd'hui. Et ses plaques sont parties.
“J'ai l'impression d'être née avec de l'eczéma", nous confie d'emblée Saskia Slama. Elle a n'a que 3 ans quand elle découvre ce qu'elle qualifie alors de "crème magique" à savoir la pommade à base de cortisone que sa mère, médecin nutritionniste, applique avec parcimonie sur les plaques qui la font tant souffrir. "Au début, j'en avais dans le creux des bras et des genoux. Et puis, au fur et à mesure il a commencé à voyager sur mon corps", explique la jeune femme de 32 ans. "À l'école primaire, ma peau "bizarre" a commencé à être remarquée. Et c'est à ce moment-là que ma meilleure amie a décidé de m'ignorer. J'avais l'impression d'avoir une particularité qui repoussait les autres. Je me souviens d'avoir un jour demandé à mon voisin de classe de me prêter un stylo. Il l'a fait de bonne grâce mais, quand il a vu ma main ,il a lancé un peu gêné : "Tu peux le garder", confie Saskia qui se souvient comme si c'était hier de ses souffrances au quotidien.
"A cause des plaques, j'avais l'impression d'avoir du feu sous la peau et je passais mes nuits à me gratter. Je me réveillais sans cesse à cause des démangeaisons et je me sentais si seule. J'avais l'impression que mon corps me trahissait et qu'il était mon pire ennemi". La petite fille implore alors sa mère de lui mettre la crème magique sans connaître à l'époque les effets secondaires de la cortisone. "Elle me répétait qu'il ne fallait pas trop en mettre et je ne comprenais pas pourquoi. Je la sentais désemparée de ne pas pouvoir me soulager".
"A 14 ans, je me suis réveillée recouverte de plaques de la tête au pied"
Malheureusement, la situation ne s'arrange pas avec les années. "A la puberté, il s'est étendu sur mon visage, mon cuir chevelu, le contour de ma bouche et mes mains. C'est-à-dire presque partout et sur des zones de plus en plus découvertes. Une semaine après mes premières règles à l'âge de 14 ans, je me suis réveillée recouverte de plaques de la tête au pied. Je ne pouvais pas bouger et j'ai dû rester chez moi pendant deux jours. J'étais obligée de poser des bandages de cortisone mais pour la première fois elle n'a pas eu effet l'effet escompté (phénomène d'accoutumance). J'ai réalisé que j'allais devoir apprendre à me passer de la crème magique d'autant que les médecins m'avaient conseillé de l'arrêter progressivement. Elle m'empêchait de m'exposer au soleil et je me rendais bien compte que j'avais des taches blanches sur mes plaques, et que ma peau s'affinait", confie Saskia qui met en place des stratégies pour vivre avec sa maladie.
Des habits noirs pour éviter que les peaux mortes se voient...
"J'ai développé des mécanismes d'hypercontrôle concernant mon apparence car je ne voulais surtout pas qu'on se rende compte que j'avais un problème de peau. J'avais la hantise des vêtements noirs parce que, comme j'avais des plaques sur le cuir chevelu, j'appliquais un produit spécifique qui était responsable de la chute de pellicules de peaux mortes sur mes épaules qui se voyaient ! Ma vie amoureuse aussi était compliquée. Quand j'embrassais un garçon avec un début de barbe, ma peau surréagissait ! J'avais l'impression d'être Cendrillon : après le baiser, il fallait vite je rentre chez moi avant que ma peau ne devienne rouge et douloureuse!". En classe préparatoire, la situation s'aggrave encore. "J'avais une très mauvaise hygiène de vie. Je buvais trop de café, j'étais trop stressée et je ne dormais pas assez. Résultat, j'avais de l'eczéma partout et même sur le cou !". C'est lors d'un voyage en pleine forêt amazonienne qu'elle a un déclic. " J'avais glissé dans ma valise seulement deux tubes de ma pommade à la cortisone car je sentais que je devais apprendre à m'en passer. Un jour, je me suis fait dévorer par les moustiques et je ne suis pas parvenue à calmer les démangeaisons avec les produits classiques. La personne chez qui nous logions m'a alors donné une huile extraite d'une plante amazonienne dont j'ignore le nom et, quand je l'ai appliquée sur ma peau, elle l'a apaisée en quelques secondes ! La graine était plantée".
"J'ai noté dans un carnet les effets de mon alimentation et de mon humeur sur mon épiderme"
De retour en France, la jeune femme commence à se documenter pour trouver des solutions naturelles permettant de soulager sa peau mais le confinement de mars 2020 l'oblige à réagir. "Le 2ème soir, ma peau s'est enflammée. Comme d'habitude, je me suis recouverte de cortisone mais elle n'a plus eu aucun effet. Cela été brutal et je me suis retrouvée véritablement dos au mur". Mais dotée d'une grande force de caractère, elle décide de relever le gant et de devenir son propre laboratoire. "J'ai noté dans un carnet les effets de mon alimentation et de mon humeur sur mon épiderme et j'ai testé des huiles essentielles, des huiles végétales et des aliments anti inflammatoires. J'ai aussi créé mes propres mélanges que j'ai appliqué sur ma peau et petit à petit j'ai découvert que les plaques et l'irritation disparaissaient".
Elle lance alors un blog pour échanger les personnes souffrant de la même problématique puis, forte d'un questionnaire envoyé aux membres de sa communauté, décide de lancer sa marque de produits naturels contre l'eczéma mais aussi le psoriasis. "J'ai fait une école de commerce et j'ai toujours été passionnée par la cosmétique mais j'ai dû mener un véritable parcours du combattant pendant deux ans pour identifier grâce à des naturopathes les composants naturels indiqués puis démarcher les laboratoires ", confie Saskia qui crée Pomad en août 2021 et lance presque deux ans plus tard ses premiers produits. Aujourd'hui, la marque propose une routine composée de soins topiques et de compléments alimentaires, formulés à partir d'ingrédients naturels et Saskia a réussi à convaincre Jean-Michel Karam, l'un des investisseurs de l'émission 'Qui veut être mon associé ?' de la rejoindre dans l'aventure !
Désormais, la jeune entrepreneuse est enfin en paix avec sa peau et n'applique plus de cortisone sur sa peau depuis 6 ans. " J'ai dû avoir seulement 3 plaques car je sais comment prévenir leur apparition. Mais il faut encore que j'apprenne à avoir plus confiance en moi et à apprécier mes "imperfections". Je dois aussi apprendre à davantage lâcher prise mais, et c'est un pas de géant pour moi, j'ai arrêté de me maquiller. Enfin, j'accepte de ne plus me cacher."
