Sandie, somatothérapeute : "J'utilise le toucher pour soulager les personnes atteintes de cancer"

Sandie a changé radicalement de métier pour devenir soignante. Elle aide aujourd'hui les malades hospitalisés en cancérologie et soins palliatifs à libérer leurs émotions par le toucher.

Sandie, somatothérapeute : "J'utilise le toucher pour soulager les personnes atteintes de cancer"
© Kam Ram

À l'occasion du 4 février, Journée mondiale de lutte contre le cancer, nous avons rencontré Sandie Boulanger, somatothérapeute. Cette jeune femme accompagne des personnes hospitalisées en cancérologie, soins palliatifs et gériatrie avec un but : apaiser grâce au toucher. Comme elle nous l'explique "quand on ne parvient plus à communiquer ou à être en lien avec l'autre, le toucher devient fabuleux". 

Pour Sandie, tout a commencé en 2007. Elle est alors média planneuse dans la publicité et sa fille se retrouve hospitalisée (sans lien avec un cancer). "Je me suis sentie impuissante. J'ai essayé de comprendre le fonctionnement non-verbal et d'accompagner au mieux mon enfant et ces six mois éprouvants m'ont amené à réfléchir au sens de ma vie." En parallèle, un de ses amis âgés est en fin de vie à cause d'une tumeur au cerveau. "En l'espace de la moitié d'une année, j'ai passé beaucoup de temps dans les hôpitaux et j'ai découvert que je m'y sentais à l'aise et que j'avais envie d'apporter ma présence et mon aide aux malades", raconte Sandie. Elle quitte son travail et intègre une école pour apprendre les techniques de relaxation comme la sophrologie avant d'étudier pendant deux ans la somatothérapie. "Issue des courants psychanalytiques de Wilhelm Reich et de Carl Rogers, cette thérapie psychocorporelle répondait complètement à ma quête de lien. Pendant la pandémie de Covid, on s'est rendu compte à quel point le toucher était fondamental. Grâce à lui, il est possible de lever certains blocages et de soulager la douleur et les angoisses."

"Le toucher aide à gérer la douleur et les angoisses"

A l'issue de ses formations, Sandie commence à travailler en tant que somatothérapeute dans des associations en lien avec le cancer puis à la clinique de l'Estrée à Stains en Seine-Saint-Denis. "Le toucher est un sens qui est peu exploité dans les sociétés occidentales par rapport à d'autres civilisation et je l'utilise pour gérer la douleur et les angoisses. Ce ne sont pas juste des effleurements : je masse d'abord les patients au niveau de la poitrine et du ventre où j'écoute la respiration et où je sens les tensions musculaires. Grâce à ce contact se crée un endroit de grande sécurité. On reprend confiance en soi et la parole mais aussi les émotions se libèrent".

© Sébastien Carles.

Convaincue par les nombreux bienfaits de cette méthode, Sandie Boulanger l'a présentée à l'Assemblée nationale en 2024, devant le groupe d'études Cancer, à l'invitation de sa coprésidente, Sandrine Josso, députée de Loire-Atlantique. "Mon projet a été accueilli de façon très favorable. C'est qui m'a permis d'obtenir un emploi à temps plein dans l'hôpital d'Antony où je suis désormais considérée comme une professionnelle des soins de support au même titre que les autres. D'autre part, j'ai élargi mon champ de compétences : je consacre la plupart de mon temps à soulager les malades qui se trouvent dans les services de cancérologie et de soins palliatifs mais j'interviens aussi en chirurgie orthopédique gériatrique car les opérations sont parfois à l'origine d'une grande confusion", raconte Sandie.

"La somatothérapie aide à réduire la quantité d'anxiolytiques"

"La somatothérapie apaise les malades afin de leur permettre de mieux récupérer mais aussi de réduire la quantité d'anxiolytiques. J'interviens également dans le service de réanimation pour soulager les personnes intubées. Pendant les phases de coma, je m'occupe de leur corps, je leur parle et, quand elles se réveillent, elles perçoivent un lien invisible entre nous", note Sandie qui insiste sur l'importance du massage pour les personnes âgées. "Ce sont souvent des personnes qui ne sont plus jamais touchées en dehors des soins infirmiers car leur peau et leur odeur n'est plus la même. Le toucher les ramènent dans une forme de joie et leur donne le sentiment d'exister de nouveau." Sandie accompagne aussi les proches de malades et les aidants : "Je leur offre un espace où ils peuvent, par le relâchement du corps, faire sortir les émotions liés à des événements difficiles et créer de nouveaux outils de jardinage émotionnel. Soignants, patients ou proches : tout le monde fait partie de la chaîne du soin. J'ai donc à cœur de créer une véritable dynamique humaine. C'est la raison pour laquelle j'ai créé une association qui s'appelle Le cœur sur le soin, avec une oncologue et une cadre du service oncologie de l'hôpital qui a pour objectif de récolter des fonds pour pouvoir développer les soins de support ".

Confrontée régulièrement à la mort et à la maladie, Sandie parvient à conserver une certaine forme de gestion émotionnelle. "Je suis touchée et je le verbalise. En pouvant nommer, je ne m'effondre pas, mais en plus, l'autre se rend compte à quel point il est important". Passionnée par son métier, Sandie aimerait qu'il se démocratise. "Le soin est vraiment envisagé de façon intégrative dans notre pays. Les traitements ne sont plus seulement techniques et on se rend compte que le lien est fondamental. De nombreuses études montrent que quand il y a un lien de confiance, il y a un meilleur suivi des traitements, une baisse de l'anxiété et des douleurs. Le contact est une philosophie de vivre et qui permet de savoir donner mais aussi recevoir !"