Fini les maladies du foie : ce geste inspiré des fromagers sauve la vie de millions de Français

C'est une révolution pour les maladies du foie. De la meule au cabinet médical, voici le récit d'une intuition géniale qui sauve chaque année des milliers de patients.

Fini les maladies du foie : ce geste inspiré des fromagers sauve la vie de millions de Français
© Olga Yastremska, New Africa, Africa Studio - 123RF

Cette histoire est célèbre dans le monde médical français, car elle illustre parfaitement comment une observation du quotidien peut révolutionner la médecine, nous raconte d'emblée le Pr Laurent Castera, spécialiste des maladies du foie (Hôpital Beaujon, Paris), à l'occasion d'une conférence de presse du Paris International Liver Meeting. Tout commence à la fin des années 90, dans les laboratoires de l'École Supérieure de Physique et de Chimie Industrielles de Paris. Des physiciens spécialistes des ondes travaillent sur une question très concrète pour l'industrie agroalimentaire : comment savoir si un fromage est prêt à être dégusté sans avoir à le couper en deux ?

Les fromagers le font à l'instinct : ils tapotent la meule. Si elle vibre d'une certaine façon, la pâte est souple ; si elle est trop dure, l'affinage est allé trop loin. Les chercheurs décident de transformer ce geste artisanal en équation mathématique. Ils inventent une machine qui envoie une petite onde de choc à travers le fromage pour mesurer sa "fermeté". C'est là qu'intervient l'hépatologue - le Pr Michel Beaugrand - qui dirigeait à l'époque le service d'hépatologie de l'hôpital Jean-Verdier à Bondy. En rencontrant ces chercheurs, il fait un rapprochement brillant : "Mais un foie malade, c'est exactement comme un fromage qui vieillit : il devient dur !"

En effet, lorsqu'un foie subit des agressions (alcool, hépatites, gras), il se cicatrise et devient rigide : c'est la fibrose. Plus le foie est dur, plus la maladie est avancée. Auparavant, pour mesurer cette dureté, les médecins n'avaient qu'une solution invasive : la biopsie. On plantait une longue aiguille pour prélever un morceau d'organe. C'était douloureux, risqué, et nécessitait une journée d'hôpital. Les chercheurs adaptent alors leur "testeur de fromage" au corps humain. Le FibroScan était né.

Examen du fibroscan pour mesurer l'élasticité du foie © CasanoWa Stutio - stock.adobe.com

Concrètement, ça change quoi pour le patient ? Imaginez que vous êtes en consultation. Autrefois, l'annonce d'une suspicion de maladie du foie était synonyme d'angoisse et de bloc opératoire. Aujourd'hui, grâce à cette rencontre improbable entre la cave d'affinage et l'hôpital, voici comment cela se passe : vous vous allongez sur le dos. Le médecin place une sonde (qui ressemble à celle d'une échographie) entre vos côtes. Vous ressentez une légère vibration sur la peau, comme une petite "pichenette". C'est l'onde de choc qui traverse votre foie. Dans 99 % des cas, le médecin généraliste prescrit le FibroScan quand il détecte un risque (surpoids, diabète, bilan sanguin anormal) et vous envoie le réaliser dans un centre équipé.

Le résultat instantané : En moins de 5 minutes, l'appareil affiche un chiffre en kiloPascals (kPa). Autour de 5 kPa : votre foie est souple comme un fromage frais, tout va bien. Entre 7 à 12 kPa : votre foie est légèrement rigide comme un fromage affiné, c'est un signe de fibrose modérée (début de NASH qui est une accumulation de graisse et d'inflammation). Au-dessus de 12,5 kPa : votre foie est dur comme un vieux fromage de garde, c'est le signe d'une fibrose sévère, souvent causée par une NASH ou une hépatite, avec un risque majeur d'évolution vers la cirrhose.

A l'aide du FibroScan, le médecin peut ajuster le traitement immédiatement. Vous repartez avec votre résultat, sans cicatrice, sans être resté à jeun, et vous pouvez reprendre le volant ou retourner travailler dans la foulée. Si la mesure est simple à faire, l'interprétation du chiffre (en kiloPascals) doit toutefois être croisée avec d'autres examens (prises de sang, échographie).