"J'essaye de gagner des jours" témoigne Gisèle atteinte d'un cancer du sein

A 40 ans, Gisèle apprend par hasard qu'elle a un cancer du sein. Chimiothérapie, radiothérapie, hormonothérapie... La mère de famille enchaîne les traitements jusqu'à ce qu'on lui découvre des métastases aux os et au foie. La guérison est compliquée mais Gisèle se bat au quotidien contre la maladie. Elle se confie au Journal des Femmes.

"J'essaye de gagner des jours" témoigne Gisèle atteinte d'un cancer du sein
© Droits réservés - Gisèle Mussard

60 000 cancers du sein sont diagnostiqués chaque année en France. Il s'agit du cancer le plus fréquent chez la femme. A 47 ans, Gisèle combat chaque jour la maladie, découverte par hasard il y a 6 ans. Chimiothérapie intraveineuse et orale, radiothérapie, hormonothérapie... La mère de famille a enchaîné de lourds traitements qui se sont montrés plus ou moins efficace sur sa tumeur. Malgré un quotidien bouleversé et une récidive en 2018, Gisèle garde espoir et tente de passer ce cap, avec et pour ses deux enfants. C'est avec un grand courage et un optimisme sans faille qu'elle s'est confiée au Journal des Femmes. 

Un cancer du sein découvert "par hasard"

Février 2014, Gisèle a 40 ans et découvre, par hasard, qu'elle a un cancer du sein. "Je n'avais ni d'antécédent dans ma famille ni de facteur de risque particulier donc je n'avais aucune raison de faire des mammographies régulières. J'avais simplement une grosseur sous le sein droit, mais elle était bénigne. C'était un amas de graisse qu'il fallait tout de même surveiller car cela pouvait évoluer en tumeur. Mais lorsque les médecins ont procédé aux examens complémentaires, ils ont découvert la présence d'une autre grosseur ailleurs au niveau de mon sein droit, mais cette fois, elle était maligne et très virulente", se souvient Gisèle. Compte tenu de l'ampleur de la tumeur et du fait qu'elle soit particulièrement agressive, Gisèle doit faire une mastectomie (ablation) du sein droit, suivie d'une reconstruction immédiate. Ensuite, elle est prise en charge par l'Institut Curie qui lui propose un protocole de soin. "J'ai d'abord fait de la chimiothérapie, puis une fois qu'elle a été finie, j'ai eu des séances de radiothérapie jusqu'en mars 2015. Le traitement a eu des résultats positifs sur ma tumeur, du moins au début…"

Une récidive et des métastases à 44 ans

"Malgré les soins, mon cancer a récidivé et j'ai eu des métastases aux os et au foie."

Pour éviter les risques de récidive, l'équipe médicale lui propose de faire des séances d'hormonothérapie. "Ce n'est pas une obligation, on peut très bien le refuser. Moi j'ai accepté de suivre ce traitement pendant 3 ans. Mais malgré les soins, mon cancer a récidivé et j'ai eu des métastases au niveau des os et du foie. On m'a alors dit que mon cancer était très avancé et que la guérison allait être très compliquée". Pour autant, Gisèle refuse de subir une nouvelle fois une chimiothérapie en intraveineuse (un traitement extrêmement lourd et douloureux qui entraîne des effets très contraignants, notamment une perte de cheveux) et préfère intégrer un essai clinique et un parcours de soins de support à l'Institut Curie. Notre interlocutrice teste une nouvelle molécule qui se montre particulièrement efficace pendant 18 mois. "Malheureusement au fil du temps, la molécule était de moins en moins efficace et la maladie a repris le dessus". Depuis, Gisèle suit une chimiothérapie en comprimé moins lourde que la chimiothérapie en intraveineuse en terme d'effets secondaires. "Je dois prendre un comprimé le matin et le soir pendant 14 jours et ensuite j'ai une semaine de pause. Je dois également faire régulièrement des prises de sang et un scanner environ tous les 3 mois en fonction de mes symptômes et des effets secondaires". Parmi les effets secondaires, Gisèle souffre de douleurs au foie, d'une très grosse fatigue, de vertiges très fréquents, d'une importante sécheresse de la peau ou encore d'essoufflements. En fonction des symptômes et des résultats du scanner, la posologie de la chimiothérapie est adaptée. En parallèle, Gisèle bénéficie d'un suivi psychologique, de séances de kiné et d'une assistance sociale pour l'aider dans ses démarches administratives.

Un combat quotidien contre la maladie

"Le mental, c'est 90% du traitement"

"Apprendre que l'on a un cancer à 40 ans est un véritable choc, surtout quand on a des enfants encore jeunes (il y a 6 ans, sa fille avait 3 ans et son garçon, 9 ans, ndlr)", raconte Gisèle qui n'a jamais rien caché de sa maladie à ses proches, y compris à ses deux enfants. "Aujourd'hui, ma priorité est d'être la plus présente possible auprès de mes enfants. J'essaye de "gagner" des jours et j'espère tenir encore longtemps. J'ai de l'espoir car je sais qu'il y a de belles évolutions dans le traitement du cancer. Et en participant aux essais cliniques, j'estime que je travaille encore un peu pour la science. La molécule que je teste permettra potentiellement d'élaborer de nouveaux traitements qui pourront un jour améliorer la vie des générations futures ". Gisèle fait part d'un optimisme sans faille et mène un combat avec courage et espoir contre une maladie pourtant lourde à supporter au quotidien, "Le mental, c'est 90% du traitement. Alors ok, on a le droit de flancher par moments, de craquer et d'avoir l'impression de ne pas réussir à gérer sa vie de femme, de mère ou d'épouse, mais il faut rebondir. Chaque jour apporte un petit bonheur qu'il faut savoir saisir !". Gisèle a par-dessus tout l'envie de partager des moments et faire pleins d'activités avec ses enfants, tout en adaptant son rythme quand elle est trop fatiguée. Ces instants précieux lui permettent d'oublier la maladie. Par ailleurs, contrainte de ne plus exercer son métier d'infirmière à cause de son système immunitaire très faible, Gisèle a dû se mettre en pension d'invalidité. Le fait de devoir rester chez elle lui a permis de concrétiser un rêve qu'elle avait depuis l'adolescence : écrire un livre. "En février 2020, j'ai réussi à terminer mon roman intitulé "Au gré des saisons" et publié aux Editions Edilivre le jour de mon anniversaire. Ce livre onirique est une incroyable chance qui m'a permis de m'évader les jours difficiles". Gisèle travaille désormais sur un autre projet littéraire, plutôt axé sur des poèmes. L'un d'entre eux évoque son cancer avec, toujours, une note de positivité. 

La féminité mise à mal

"La maladie a permis de voir sur qui je pouvais compter."

Le traitement du cancer par chimiothérapie entraîne généralement une chute des cheveux, des cils et des poils et bouleverse la féminité. "On sait que les cheveux vont repousser après le traitement, mais c'est extrêmement difficile d'accepter son nouveau visage et de perdre ce qui nous caractérise. Personnellement, j'ai préféré me raser la tête avant de perdre mes cheveux par poignées. Quand je sortais, je mettais une perruque et à la maison, je mettais un turban. Mais quand on voit son crâne tout dénudé, ce n'est vraiment pas évident. Mes enfants m'ont vue la tête rasée et ça ne leur a jamais posé problème". Avec ou sans cheveux, Gisèle a toujours su voir dans les yeux de ses proches qu'elle était jolie et qu'elle était restée la même. "Et surtout, la maladie a permis de voir sur qui je pouvais compter. La plupart de mes proches m'ont soutenue et m'ont aidée à traverser ces moments difficiles. En revanche, il y a eu quelques personnes qui se sont éloignées… C'est comme ça, je ne peux pas leur en vouloir. Je préfère me concentrer sur les personnes réellement présentes pour moi."

Merci à Gisèle Mussard pour son témoignage réalisé le 22 septembre 2020.