Rester tard au bureau pour faire plaisir à un collègue, accepter un restaurant qu'on déteste ou annuler son jour de repos pour rendre service… Ces efforts a priori inoffensifs cachent souvent un piège silencieux : l'envie de plaire à tout le monde et la peur viscérale de décevoir. Justine Thomé, psychopraticienne, nous éclaire sur ce mécanisme et donne ses conseils pour s'en libérer.
Les personnes qui veulent plaire à tout le monde "font passer le besoin des autres avant le leur" définit notre interlocutrice. "Ce sont des personnes qui ont peur du conflit, qui ont peur de déranger, de décevoir." Cette angoisse les pousse à agir contre leur propre volonté : "Elles pensent non mais vont répondre oui." Et finissent par "porter un masque ou se sur-adapter socialement aux autres". Comme très souvent en psychologie, les racines de ce comportement peuvent remonter à l'enfance via "un apprentissage de l'amour qui était conditionnel". Lorsqu'un enfant grandit avec des parents qui n'offrent leur affection qu'en échange de bonnes notes, d'obéissance ou de perfection, il intègre une idée toxique : pour être aimé, il faut satisfaire les attentes de l'adulte. Plus tard, dire "non" équivaut à risquer de perdre le lien : "Chez les personnes qui ont une peur du conflit, c'est relié à une peur de l'abandon, du rejet". Une pression renforcée chez les femmes, éduquées à "être douces, gentilles et à s'occuper des autres".
Ce besoin d'approbation permanent peut aussi apparaître plus tard "quand il y a eu des traumatismes" observe Justine Thomé. Le harcèlement scolaire, professionnel ou vécu dans un couple ou entre amis, laisse des traces profondes quel que soit l'âge. Après des humiliations ou des violences psychologiques, vouloir plaire devient un bouclier : la personne s'efface et devance toutes les attentes des autres pour éviter le conflit et se protéger du rejet. Persister dans cette voie entraîne de lourdes conséquences sur la santé mentale. Justine Thomé utilise l'image du vase : "On remplit le vase, puis un jour il est trop petit donc il déborde." Un état d'épuisement profond s'installe. La frontière entre soi et l'entourage s'efface : "On ne sait plus ce qui est de l'ordre des autres ou de nous", constate l'experte. Ce déséquilibre nourrit une amertume grandissante, car "on donne, on donne, on donne aux autres, mais on n'a rien en retour". Cette absence de limites expose à des relations non sincères : "Si on veut vraiment plaire à tout le monde, on s'entoure de gens qui vont potentiellement en profiter."
Pour changer, il faut d'abord "se reconnecter à ses besoins profonds". Avant d'accepter une sollicitation, il faut se demander si l'on agit par réelle envie ou par peur de déplaire. L'étape suivante est de poser des limites, ce qui exige "d'accepter que l'autre peut être déçu quand on lui refuse" sans culpabiliser pour ça. Il faut être prêt à voir certaines personnes s'éloigner, car "quand on pose des limites, finalement on fait un tri dans nos relations". Cette mise à distance reste indispensable pour se reconstruire et nouer des liens plus équilibrés : "On peut s'occuper des autres, mais à partir du moment où on prend soin de soi", conclut Justine Thomé.