Lors d'un repas de famille, on remarque soudainement qu'un grand-parent d'ordinaire bavard reste en retrait. Alors que les discussions fusent autour de la table, il parle moins et a plus de mal à trouver leur place. Ce changement de comportement doit-il inquiéter ? Quand ? Est-ce une simple baisse de moral passagère ou plus grave ? Nous avons posé la question à Sandrine Paris, psychologue du vieillissement. Première chose importante selon elle : "Il faut faire la différence entre le silence choisi et le silence acquis." En vieillissant, certaines personnes ressentent simplement moins le besoin de donner leur avis ou d'avoir le dernier mot. Elles deviennent plus sélectives : elles préfèrent parler quand la discussion a du sens pour elles et choisir soigneusement avec qui elles échangent. "Par contre, plusieurs facteurs peuvent expliquer que certaines personnes vont prendre moins spontanément la parole", prévient la psychologue.

Le silence d'une personne âgée peut d'abord être la conséquence de freins physiques ou cognitifs. Sandrine Paris explique que certains seniors "rencontrent davantage de difficultés à suivre les conversations, en particulier les conversations de groupe". Avec les années, il est parfois plus difficile de trouver ses mots : "La personne sait ce qu'elle veut dire, mais le mot ne vient pas." Quand le rythme autour de la table est trop rapide, la personne préfère renoncer à intervenir. "Parfois, c'est aussi un problème d'audition", ajoute notre experte. Lorsqu'une baisse d'audition survient et qu'une personne n'est pas appareillée, elle a rapidement de la peine à suivre et "va avoir du mal à intervenir". 

Rappelons également que la retraite modifie fortement le quotidien : "C'est le moment où les interactions sociales diminuent et où on perd les échanges quotidiens avec ses collègues." L'isolement peut ensuite s'installer à la suite d'un veuvage ou lorsque les soucis de santé réduisent la mobilité. Moins on a d'occasions de parler, plus il devient difficile de s'exprimer spontanément. Enfin, la santé mentale est un point de vigilance : une dépression liée au vieillissement entraîne souvent un repli sur soi et une perte du désir de communiquer.

Mais il existe des réflexes simples pour faciliter la parole de nos aînés. Tout d'abord, "il faut laisser le temps à la personne de chercher son mot" et "éviter de terminer ses phrases à sa place" pour ne pas l'infantiliser. Réduire les bruits ambiants, comme couper le son de la télévision, aide aussi énormément à se concentrer. Enfin, la meilleure approche consiste à s'intéresser sincèrement à ce qu'elle ressent et à ses souvenirs, car "pour aider une personne âgée à parler, il faut parfois moins chercher à la faire parler et apprendre à mieux l'écouter", conclut Sandrine Paris.