C'est un tournant pour le monde de la psychiatrie. Le célèbre DSM, le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, considéré comme la "bible des troubles psychiatriques" pour les médecins, devrait connaître une évolution majeure avec sa prochaine version, le DSM-6 : "L'introduction de facteurs biologiques dans le cadre diagnostique", explique le Dr Anand Kumar, chef du département de psychiatrie à l'Université de l'Illinois à Chicago, qui participe à sa rédaction, sur le média Live Science. Concrètement, des analyses sanguines pourraient, à terme, aider les médecins à diagnostiquer certains troubles mentaux, comme la dépression, le stress post-traumatique ou la schizophrénie.

Le DSM a connu plusieurs évolutions depuis sa première édition dans les années 1950. L'édition actuelle, le DSM-5, publiée en 2013 et révisée en 2022, s'appuie principalement sur des critères cliniques, notamment les symptômes observés ou décrits par le patient. "Il a suscité d'importantes critiques de la part des cliniciens et des chercheurs, notamment à cause de son absence de mesures biologiques objectives" rappelle le psychiatre dans The Conversation. Le problème ? Deux personnes diagnostiquées avec le même trouble peuvent avoir des mécanismes biologiques totalement différents. "Il n'existe actuellement aucun biomarqueur scientifiquement validé pour les troubles psychiatriques, à l'exception de certaines protéines utilisées pour diagnostiquer la maladie d'Alzheimer" rappelle le psychiatre. 

C'est précisément ce que cette évolution du DSM chercherait à prendre en compte. Les médecins pourraient demain s'appuyer sur des données génétiques : "Certains gènes sont associés à un risque accru de développer un trouble mental" souligne le Dr Kumar. Des signes d'inflammation ou des dérèglements du système immunitaire pourraient aussi être étudiés à l'aide d'analyses biologiques. "Le système immunitaire est impliqué dans les troubles de l'humeur comme la dépression. Par exemple, la protéine C-réactive (CRP) est une molécule produite par le foie en réponse à une lésion ou une infection. Environ 30 % des patients souffrant de dépression présentent des taux élevés de CRP" explique le Dr Kumar. Enfin, il rappelle que l'Agence américaine du médicament a approuvé en 2025 un test sanguin permettant de détecter des formes spécifiques des protéines amyloïde et tau associées à la maladie d'Alzheimer et de confirmer le diagnostic.

Ces progrès devraient améliorer la prise en charge de la santé mentale : "Un jour, les patients pourront peut-être se présenter à la clinique avec les résultats de tests génétiques, d'examens d'imagerie cérébrale et d'analyses sanguines que leur équipe soignante pourra utiliser pour établir des diagnostics plus précis et proposer des traitements personnalisés" conclut le médecin.