On imagine souvent qu'un accident vasculaire cérébral (AVC) provoque des symptômes suffisamment importants pour réveiller la personne qui en est victime. Pourtant, ce n'est pas toujours le cas. Certains AVC surviennent pendant le sommeil et ne sont découverts qu'au petit matin. Les médecins parlent alors "d'AVC du réveil". Selon les études, environ 15 à 20 % des AVC seraient concernés. Alors, comment savoir si on a fait un AVC du réveil et surtout comment réagir ?
"La caractéristique de l'accident vasculaire cérébral, c'est que ça ne fait pas mal, explique le Pr Charlotte Cordonnier, professeure de neurologie à l'Université de Lille et cheffe du service de neurologie vasculaire au CHU de Lille. Comme il n'y a pas de douleur, on peut effectivement ne pas être réveillé par la survenue de l'AVC." Une personne peut ainsi se coucher sans aucun problème apparent et se réveiller plusieurs heures plus tard avec des difficultés à bouger, à parler ou à voir correctement. L'absence de douleur ne signifie donc pas l'absence de gravité.
Les signes d'un AVC survenu pendant la nuit sont les mêmes que ceux d'un AVC survenant en pleine journée. "Le patient, à un moment donné, l'entourage ou le patient lui-même va se rendre compte qu'il est paralysé", souligne le Pr Cordonnier. Trois grandes catégories de symptômes doivent particulièrement alerter dès le réveil. D'abord, une faiblesse ou une paralysie d'un côté du corps : un bras ou une jambe ne répond plus normalement, un côté du visage s'affaisse ou le sourire devient asymétrique. Ensuite, des troubles du langage : la personne peine à trouver ses mots, parle difficilement ou ne comprend plus ce qu'on lui dit. Enfin, des troubles de la vision, comme une perte soudaine de la vue d'un œil ou une vision double. D'autres manifestations brutales, notamment une perte d'équilibre ou un mal de tête particulièrement intense et inhabituel, peuvent également signaler un AVC.
Face à ces signes, il ne faut surtout pas attendre de voir si la situation s'améliore. "On laisse la personne allongée. On appelle le 15 ou le 112 et on ne lui donne pas à boire, on ne lui donne pas à manger même si les symptômes semblent légers ou finissent par disparaître. Ça, c'est vraiment très, très important", insiste le Pr Cordonnier. En attendant les secours, il est recommandé de laisser la personne dans une position confortable et de suivre les consignes du médecin régulateur.
Il est également utile de préciser à quelle heure elle a été vue pour la dernière fois sans symptômes, notamment au moment du coucher, et à quelle heure les troubles ont été découverts. Car même lorsque l'heure exacte de l'AVC est inconnue, des traitements restent possibles. Grâce à l'IRM cérébrale ou à certains scanners, les médecins peuvent évaluer les lésions et déterminer si des zones du cerveau peuvent encore être sauvées. Chez certains patients, une thrombolyse ou une thrombectomie peut alors être envisagée. Même sans douleur, et même si l'on ignore depuis combien de temps les symptômes sont présents, chaque minute compte.