En France, l'hypertension artérielle touche près d'un adulte sur trois, soit environ 17 millions de personnes, et plus de 6 millions l'ignorent, selon Santé publique France. Elle serait par ailleurs responsable de plus de 55 000 décès, soit 8,5 % de la mortalité en France, d'après le Bulletin épidémiologique hebdomadaire. Et le risque grimpe avec l'âge : selon l'étude Esteban, 67,8 % des 65-74 ans étaient hypertendus, soit plus de deux personnes sur trois. 

Longtemps, les objectifs tensionnels ont été moins stricts chez les personnes âgées. Une pression systolique (chiffre du haut) proche de " 14 " pouvait être compatible avec les objectifs recommandés. En France, la Haute Autorité de santé (HAS) préconisait en 2016, de viser une pression systolique comprise entre 130 et 139 mmHg chez la plupart des adultes hypertendus traités. Mais les recommandations européennes récentes vont plus loin. La Société européenne de cardiologie (ESC) recommande de viser une tension plus basse pour la plupart des adultes traités, y compris après 60 ans, à condition que cette baisse soit bien tolérée. "La décision d'abaisser le seuil de pression artérielle systolique "élevée" découle d'une accumulation de preuves", explique le Professeur Philippe Gabriel Steg, cardiologue à l'hôpital Bichat–Claude-Bernard dans un article de Circulation.

Alors, quel chiffre viser aujourd'hui ? Concrètement, le fameux "14" de tension n'est plus considéré comme un objectif optimal chez la plupart des personnes traitées, simplement parce qu'elles avancent en âge. Selon les nouvelles recommandations européennes, la pression systolique doit idéalement se situer entre 120 et 129 mmHg, soit entre "12" et "13", chez la plupart des patients sous traitement. Le chiffre du bas doit, lui, se situer entre 70 et 79 mmHg. En clair, l'objectif est de viser une tension autour de 12/7 à 12/8, avec un chiffre du haut inférieur à 13 et un chiffre du bas inférieur à 8.

Le raisonnement qui consiste à se dire "J'ai 60 ans, donc 14 de tension est normal pour mon âge" n'est donc plus justifié. Attention toutefois : cette nouvelle cible ne signifie pas que le seuil de diagnostic de l'hypertension a changé. En France comme en Europe, on parle toujours d'hypertension à partir de 14/9. L'ESC introduit également la catégorie de "pression artérielle élevée" lorsque le chiffre du haut se situe entre 120 et 139 mmHg ou le chiffre du bas entre 70 et 89 mmHg, sans que cela constitue automatiquement une hypertension.

En pratique, si vous avez 60 ans ou plus et que votre pression systolique atteint ou dépasse "14" de façon répétée, ce n'est pas normal. Mieux vaut en parler avec votre médecin, qui pourra confirmer les mesures, évaluer votre risque cardiovasculaire et déterminer si un traitement est nécessaire ou, si vous êtes déjà traité, s'il doit être ajusté. L'ESC recommande également de confirmer les chiffres en dehors du cabinet, notamment par automesure tensionnelle à domicile. Au quotidien, quelques réflexes contribuent aussi à mieux contrôler la tension : bouger régulièrement, réduire le sel, adopter une alimentation équilibrée, maintenir un poids adapté et limiter l'alcool.