Lors d'un déjeuner entre amis, d'une réunion de travail, d'un repas en famille ou d'une simple conversation téléphonique, qui n'a jamais eu cette impression de suffoquer face à quelqu'un qui n'en finit plus de parler de lui ? Dans une relation équilibrée, la parole doit circuler. Dès que l'un monopolise la discussion, il n'y a plus de vrai partage. Une personne qui ne parle que d'elle "ne demande pas à l'autre, elle sature l'autre" prévient d'emblée Valentine Hervé, psychologue. S'il nous arrive à tous d'avoir envie de raconter notre vie, le faire tout le temps devient vite pénible pour l'entourage. Comment faire pour supporter une personne qui ne parle que d'elle ? Notre experte nous donne des conseils simples.

Il faut déjà savoir que ce besoin de prendre toute la place vient d'un trait narcissique que l'on possède tous en nous. Après un beau voyage, une maladie ou un succès personnel, chacun peut avoir tendance à trop s'épancher. Mais chez certains, c'est presque systématique. Cela masque alors une recherche de réassurance et une "soif de reconnaissance". Ce besoin excessif d'être rassuré peut remonter à l'enfance, notamment "dans des familles où on ne laissait pas la parole aux enfants", ce qui les pousse, adultes, à vouloir absolument se faire entendre. Ce n'est pas forcément de la méchanceté. La personne qui parle d'elle "ne s'en rend pas compte du tout. Elle n'a pas conscience qu'elle ne parle que d'elle" défend notre interlocutrice. Au contraire, elle a juste l'impression d'être spontanée et d'échanger naturellement.

Le problème commence quand l'autre n'existe plus dans la discussion. "On parle trop de soi lorsque l'autre cesse d'être un interlocuteur pour devenir en quelque sorte un miroir", explique la psychologue. Résultat : "La personne qui écoute n'a plus d'oxygène, ne suit plus, ça la prend à la gorge." Pour débloquer la situation, inutile d'attendre d'exploser. Quand ce comportement devient répétitif, mieux vaut en parler rapidement et calmement plutôt que d'accumuler de la rancœur.

Pour dire les choses sans blesser, tout dépend de la relation. En famille, en couple ou entre amis, un peu d'humour ou un petit mot léger en passant peut suffire à faire passer le message sans braquer. On évite les reproches directs comme "Tu ne parles que de toi", qui ferment le dialogue. La psychologue conseille d'exprimer ce qu'on ressent : "Quand je te parle de quelque chose d'important pour moi et que tu me racontes tout de suite quelque chose qui t'est arrivé, j'ai parfois l'impression que ce que je te dis n'a pas vraiment de place." Au travail, il vaut mieux rester factuel et recadrer poliment l'échange sans chercher le conflit. L'idée est simplement d'aider l'autre à réaliser ce qu'il fait.

Enfin, subir ces discussions à sens unique doit aussi nous faire réfléchir sur notre propre attitude. Il est essentiel de s'interroger sur ce qui se joue en nous face à ce type de personnalité : "Pourquoi est-ce que je lui laisse autant de place ? Qu'est-ce qui fait que je ne l'arrête pas ?" Prendre conscience de nos propres blocages est souvent la première étape pour réussir à s'affirmer et retrouver un dialogue d'égal à égal.