C'est un médicament très populaire que les autorités sanitaires surveillent de près. Selon les derniers chiffres publiés par l'Agence nationale du médicament, environ 870 000 patients l'utilisent comme traitement quotidien. De nouvelles études sont régulièrement publiées sur ses bienfaits mais aussi sur ses effets indésirables. La dernière en date cible précisément ses effets sur la santé cardiovasculaire.

"On observe un enthousiasme débordant pour le début de ces traitements, mais une attention bien trop insuffisante portée aux conséquences de leur arrêt" explique le Dr Ziyad Al-Aly, épidémiologiste clinicien à l'université Washington de Saint-Louis et auteur principal de l'étude. Les conclusions de son équipe sont claires : l'arrêt, même temporaire, augmente le risque de crise cardiaque, d'accident vasculaire cérébral et de décès par rapport à la poursuite du traitement en continu. 

Dans cette étude, les chercheurs ont suivi pendant trois ans plus de 333 000 vétérans américains atteints de diabète de type 2. Ils ont constaté que, comparativement à la poursuite du traitement, l'arrêt ou l'interruption d'un traitement par agonistes des récepteurs du GLP-1 (aGLP-1), même pendant 6 mois seulement, était associé à une augmentation significative du risque d'événements cardiovasculaires majeurs. Plus l'interruption du traitement est longue, plus le risque augmente : jusqu'à 22 % de risque d'infarctus en plus, d'AVC et de décès après deux ans d'arrêt.

Ces médicaments appelés "agonistes des récepteurs du GLP-1" sont connus pour leurs substances actives que sont le sémaglutide et le tirzépatide vendus sous les noms d'Ozempic®, Wegovy® et Mounjaro® en France. Ils sont prescrits pour réguler la glycémie afin de stabiliser un diabète ainsi que chez les patients souffrant d'obésité. C'est précisément parce qu'ils peuvent faire maigrir rapidement que ces traitements connaissent un tel succès ces derniers mois, aux Etats-Unis d'abord et maintenant en Europe. Mais les médecins préviennent : "Nombreux sont ceux qui interrompent le traitement après quelques mois en raison de son coût, des effets secondaires ou des ruptures de stock. À l'arrêt, ce n'est pas seulement le poids qui revient, on constate également une résurgence de l'inflammation, de la pression artérielle et du cholestérol. La reprise de poids est visible, mais pas le dérèglement métabolique." Or, "nos données suggèrent que ce choc métabolique est néfaste pour la santé cardiaque" a ajouté Al-Aly.

L'étude comporte une limite : elle porte sur des vétérans américains atteints de diabète de type 2. Ses résultats ne peuvent donc pas être directement transposés à l'ensemble des personnes prenant ces médicaments, notamment celles traitées uniquement pour une obésité. Il s'agit par ailleurs d'une étude observationnelle : elle met en évidence une association entre l'interruption du traitement et l'augmentation du risque cardiovasculaire, sans démontrer à elle seule un lien de cause à effet.