Chaque année en automne, le passage à l'heure d'hiver nous fait "gagner" une heure de sommeil. Si ce décalage de 60 minutes dérègle temporairement notre horloge interne, il demande une vigilance particulière aux 250 000 personnes traitées en France pour la maladie de Parkinson (ou des syndromes apparentés).

En cause : la lévodopa, un médicament indispensable mais à durée d'action très courte. Sa "demi-vie" est d'environ 1h30, ce qui signifie que la quantité de substance dans le sang diminue de moitié en seulement une heure et demie. Chez certains patients dont l'état clinique est très fluctuant, les doses doivent être réparties avec une précision d'horloger pour maintenir un taux constant de dopamine et contrôler la motricité. Un retard dans la prise pourrait suffire à couper l'effet du traitement et à déclencher une phase "OFF" (retour des blocages, raideurs ou tremblements). À l'inverse, une dose prise trop tôt peut provoquer des mouvements involontaires (dyskinésies). Dans ce contexte, une étude française menée avec le CHU de Rouen (Fetter et al. 2014 dans la Revue Neurologique) avait soulevé un risque théorique : changer d'heure du jour au lendemain pourrait modifier temporairement la fenêtre d'apparition de ces symptômes, surtout chez les patients à un stade avancé.

Toutefois, en pratique, la réalité clinique se veut rassurante : le corps tolère généralement très bien ce léger décalage d'une heure. La Dre Solveig MONTAUT, neurologue à activité mixte (libérale et hospitalière dans le Bas-Rhin)), nous précise que : "À ce jour, aucune recommandation formelle ne préconise de décaler progressivement les prises de lévodopa lors du changement d'heure. Chez les patients présentant des fluctuations motrices, il est surtout important de respecter les horaires de prise prescrits. Toute adaptation du traitement ou de ses horaires doit être discutée avec le neurologue."

La règle d'or reste donc la stabilité. Il convient de conserver son rythme habituel sans modifier soi-même son ordonnance. Concrètement, prendre son traitement à 20h le samedi et à 8h le dimanche crée un intervalle réel de 13 heures (au lieu de 12 heures) en raison du recul des aiguilles, mais cette transition ponctuelle se fait dans la plupart des cas très bien. Si des blocages, des gênes ou des doutes apparaissent lors de cette transition, le premier réflexe doit être d'en discuter directement avec son neurologue, seul habilité à ajuster le traitement. Une fois le nouvel horaire calé, veillez à maintenir des heures de prise strictement régulières au quotidien. Dernier rappel : la lévodopa doit de préférence être prise au moins 30 minutes avant ou 1 heure après un repas riche en protéines (viande, poisson, œufs, produits laitiers), car celles-ci freinent son absorption.