Peu d'entre nous dorment dans le noir complet. Pourtant, une lumière que l'on remarque à peine dans la chambre pourrait avoir plus d'effet qu'on ne l'imagine. Des chercheurs ont voulu savoir si une très faible exposition lumineuse pendant le sommeil avait un impact sur le fonctionnement du cerveau. Leurs conclusions ne laissent pas la place au doute.

Dans leur étude publiée dans la revue Scientific Reports, les chercheurs ont fait dormir 20 personnes en bonne santé dans l'obscurité, puis avec une lumière de seulement 5 ou 10 lux. Le lendemain, ils ont observé leur cerveau par IRM pendant un exercice de mémoire de travail. Il s'agit de la mémoire qui permet de retenir un numéro de téléphone avant de le noter ou de calculer 25 + 17 par exemple. A 5 lux, il n'y avait pas d'impact sur la mémoire et le cerveau. En revanche, après une seule nuit à 10 lux, les chercheurs ont observé une diminution significative de l'activation du gyrus frontal inférieur droit pendant la tâche. Cette région du cerveau participe notamment aux fonctions exécutives impliquées dans la mémoire de travail. Une mémoire de travail altérée est l'un des premiers signaux du déclin cognitif. 

La lumière en question était une LED de 10 lux blanche froide. Dans la vie quotidienne, ce type de lumière peut notamment venir d'une veilleuse ou d'un affichage lumineux qui éclaire réellement la chambre, comme un réveil digital blanc ou bleu placé près du visage. Cela peut aussi provenir de la lumière de la rue (éclairage public, enseigne) qui s'infiltre à travers des rideaux fins ou des stores non occultants. Comme le soulignent les scientifiques "la pollution lumineuse nocturne est aujourd'hui considérée comme l'un des polluants dont la croissance est la plus rapide". Les minuscules voyants lumineux situés à l'autre bout de la pièce ont quant à eux moins voire pas d'impact. 

La couleur de la lumière compte aussi. Les cellules de la rétine qui règlent l'horloge biologique sont particulièrement sensibles aux longueurs d'onde bleu-cyan. Autrement dit, il vaut mieux privilégier un réveil rouge ou orange très faible dont on réduit la luminosité au minimum et en ne l'orientant pas vers le visage. Les voyants inutiles des chargeurs, téléviseurs ou multiprises peuvent simplement être masqués avec un adhésif opaque. Si une veilleuse est indispensable, il vaut mieux la choisir faible, chaude et placée près du sol.

Cette étude ne prouve pas qu'une LED favorise le développement de la maladie d'Alzheimer mais les chercheurs l'assurent : "L'exposition à la faible lumière nocturne pourrait influencer les fonctions cérébrales liées à la cognition". Et le fait que cet impact sur le cerveau soit mesurable dès le lendemain chez des adultes en pleine forme interpelle : après 55 ans, alors que le sommeil profond diminue naturellement, le cerveau devient encore plus vulnérable à ces micro-perturbations nocturnes. Nuit après nuit, ce manque de récupération nuit à la capacité du cerveau à éliminer ses toxines.