Le tabac est une addiction dont il est difficile de se défaire. Elle est particulièrement présente à certains moments de la vie, comme à la retraite. Le rythme social change, les enfants quittent le foyer familial et les occasions de tisser de nouvelles amitiés sont plus rares. Une étude présentée au congrès de la Société européenne de pneumologie (ERS) à Barcelone, en Espagne, vient mettre en lumière un aspect méconnu de cette période : chez les séniors, il existe un lien direct et mesurable entre le tabagisme et l'augmentation du sentiment de solitude.

L'équipe de scientifiques a analysé les profils de plus de 50 000 adultes issus de 15 pays européens, âgés en moyenne de 67 ans. L'objectif était d'évaluer l'évolution simultanée de leur consommation de tabac et de leur bien-être relationnel sur une période de deux ans. À l'aide d'une "échelle de solitude", ils ont mesuré la fréquence à laquelle ces participants ressentaient un manque de compagnie, un sentiment d'isolement ou une impression d'être rejetés.

D'après les résultats, "le tabagisme est associé à une solitude accrue chez les personnes âgées, ce qui suggère qu'il peut nuire à leur santé psychosociale en plus de ses effets physiques", déclare le Dr Keir Philip, maître de conférences en médecine respiratoire et co-auteur de l'étude. Non seulement les fumeurs présentent dès le départ un niveau de solitude supérieur aux non-fumeurs, mais ce sentiment s'aggrave au fil du temps. Les données indiquent que la cigarette entretient un cercle vicieux d'isolement à un âge où les liens sociaux sont déjà fragilisés.

Les auteurs mettent en avant deux mécanismes majeurs. D'une part, les maladies respiratoires ou chroniques progressivement engendrées par la cigarette réduisent la mobilité physique, rendant les sorties et les activités de groupe plus difficiles. D'autre part, la généralisation des espaces sans fumée et l'interdiction de fumer dans les lieux publics ont inversé le rôle social de la cigarette. Au lieu de rassembler, l'usage du tabac tend à marginaliser. Le Dr Philip insiste sur le fait que "fumer n'est pas une activité sociale ; nos recherches montrent que cela accroît l'isolement social et la solitude".

Pour enrayer cette solitude, "il est essentiel d'aider les personnes à arrêter de fumer sans les stigmatiser", préconise le Dr Des Cox, co-auteur de l'étude. Pour sauter le pas, l'accompagnement reste la clé : de la prescription de substituts nicotiniques (patchs, gommes) aux consultations de tabacologie en passant par les thérapies comportementales, les solutions médicales sont nombreuses pour briser la dépendance. En plus de préserver sa santé, libérer son organisme du tabac est un moyen efficace de se protéger contre la solitude.