Psychanalyse : définition, rôle, méthode, durée, quand ?

Inventée par Freud, la psychanalyse est une forme de traitement et de compréhension de la vie qui va permettre au patient d'explorer son inconscient pour essayer de résoudre les conflits qui remontent à son enfance. Quelles sont les indications, les risques et les limites d'une psychanalyse ? Réponses avec Rachel Desmur, psychanalyste.

Psychanalyse : définition, rôle, méthode, durée, quand ?
© belchonock

Définition : c'est quoi une psychanalyse ? 

"La psychanalyse est une méthode d'investigation de processus mentaux et de traitement de divers troubles et souffrances psychiques, explique Rachel Desmur, psychanalyste. La psychanalyse aide à traduire et résoudre des conflits inconscients, la plupart du temps liés à des traumatismes, en dépassant certaines croyances et des résistances qu'on appelle mécanismes de défense". Avant de poursuivre. "Selon le célèbre neuropsychiatre, psychanalyste, Boris Cyrulnik, lorsqu'un trauma a lieu, l'humain souffre deux fois. Une fois lors du trauma, qui est le coup, puis il souffre du traumatisme, c'est-à-dire, de la représentation du coup". C'est d'ailleurs le traumatisme qui serait à l'origine des souffrances, plus que le trauma en lui-même. "Boris Cyrulnik nous révèle que des études ont montré que les enfants victimes de maltraitance ont développé une structure de mémoire particulière ; plus attentionnée aux détails, plus fixée et rigide, la mémoire traumatique serait aussi plus efficace". Selon Boris Cyrulnik, la plasticité du cerveau a été, pendant longtemps, sous-estimée. "Alors, si on ne peut pas guérir de sa souffrance, on peut en faire quelque chose, à condition de pouvoir en faire un récit." La paternité de la psychanalyse est historiquement attribuée au célèbre Sigmund Freud, à la fin du XIXe, début du XXe siècle. Fondée sur la parole et l'introspection, cette technique vise avant tout à explorer l'inconscient d'un individu de manière à traiter divers troubles. Dès ses prémices, cette pratique a fait l'objet de nombreuses critiques.  Il faut savoir qu'une psychanalyse demande de l'implication de la part de l'analysé. Et il représente un travail sur le long terme qui peut durer plusieurs années. "Les séances doivent être régulières, parfois plusieurs par semaine, si besoin. L'objectif étant le mieux-être du patient et l'accès à son autonomie psychique".

Quel est le rôle d'une psychanalyse ? 

"Cette méthode d'investigation est indiquée dans certains troubles psychiques comme les névroses, les psychoses, y compris les états limites - comme dans le cas de grands prématurés, de personnes ayant souffert d'abandons", poursuit la spécialiste. On distingue plusieurs méthodes de travail : les psychanalyses traditionnelles sur plusieurs années et les psychothérapies d'inspiration analytiques, sur des durées plus courtes. "Par exemple, la thérapie brève est une approche orientée solutions qui permet d'obtenir des résultats rapides, en général entre deux à dix séances, sur un mode d'échanges avec des entretiens en face à face d'environ 50 minutes". Jean-Marc Henriot, psychologue, psychanalyste et fondateur de l'école AIDE Psy (2002), a d'ailleurs mis au point une technique performante appelée T.B.S.I., "Thérapie Brève Self Inductive". "Cette approche s'appuie sur différentes techniques issues des courants de l'école de Palo Alto, les thérapies humanistes et l'écoute active (Carl Rogers), les thérapies stratégiques, l'approche systémique, la communication non violente, l'analyse transactionnelle, la PNL, le dialogue intérieur… et se révèle particulièrement efficace pour sortir de toutes sortes de problématiques personnelles et relationnelles, permettant de retrouver confiance en la vie, énergie et apaisement".

 Il arrive cependant que le niveau fonctionnel s'avère insuffisant et qu'on reste confronté à des situations qui se répètent, dont on n'arrive pas à comprendre l'origine, qu'on n'arrive pas à dépasser. "On peut décider alors d'entamer un travail plus profond en Psychanalyse. Les premières séances se déroulent en face à face, favorisant une reconnexion plus profonde, à soi et à son histoire, et permettent de voir si on a réellement envie de poursuivre ce travail analytique". Une fois que l'engagement est posé de part et d'autre, que la personne et le thérapeute sentent que c'est intéressant de continuer sur cette voie, la personne passe en divan, en position allongée, qui facilite l'introspection et les associations. "On se trouve alors dans un cadre psychanalytique avec l'analyste qui se tient derrière la personne, toujours possiblement en dialogue et en lien avec elle, attentive à la dynamique du Transfert/Contre-Transfert." "Le choix d'une psychanalyse à médiation avec le Rêve Éveillé comme medium central de la cure analytique est une option particulièrement constructive". Créé à l'origine par Robert Desoille, Psychothérapeute, à partir de travaux sur l'imaginaire, le Rêve Éveillé est utilisé en psychanalyse depuis les années 80. "L'objectif est de restaurer ce qui s'est mal passé dans sa vie. Lors d'un Rêve Éveillé, vous revivez, sous forme déguisée, vos traumas infantiles. Mais étant donné que vous êtes " éveillé ", votre Moi adulte d'aujourd'hui peut porter secours à votre enfant intérieur blessé. Ceci étant favorisé par un accompagnement dans un cadre professionnel, bienveillant et sécurisé, qui permet la restauration".

"Réparer les éléments douloureux encore présents de son passé"

Les neurosciences ont en effet prouvé que conduire une action ou imaginer la réaliser activait les mêmes régions du cerveau. Pour notre cerveau, un vécu de Rêve Éveillé a autant de valeur et d'impact qu'un vécu de la vie réelle. "Ainsi, Rêve Éveillé après Rêve Éveillé, il est possible de réparer les éléments douloureux encore présents de son passé, à son propre rythme, puisque c'est notre inconscient qui propose les images des Rêves Éveillés. Ceci est le garant d'un changement durable, dont on peut voir les premiers effets à court terme dans sa vie quotidienne".

Quelle est la durée d'une psychanalyse ? 

Lors d'une cure analytique classique, les séances se déroulent de façon hebdomadaire et parfois plusieurs fois par semaine, si besoin, sur une durée de quelques mois à quelques années. "Mais cela dépend bien sûr des difficultés et des vécus de l'analysant, précise la psychopraticienne. C'est d'ailleurs pour cela qu'il ne faut pas commencer une psychanalyse trop jeune, pas avant 25 ans. Dans tous les cas, la régularité des séances et le cadre thérapeutique sont essentiels pour entamer un mouvement intérieur".

"Ne pas commencer une psychanalyse avant 25 ans"

Quelles sont les indications d'une psychanalyse ? 

"La psychanalyse répond à la demande de toute personne qui en ressent le besoin ou le désir", répond notre interlocutrice. Lors de la première séance, le thérapeute va d'ailleurs voir si son traitement peut fonctionner sur la demande du patient. "Puis nous démarrons l'anamnèse, c'est-à-dire le recueil des informations du patient, l'histoire de sa vie, les temps importants de son passé… L'objectif est de mettre en évidence une ou deux problématiques qu'il va falloir régler". Avant d'ajouter, "qu'au-delà du cadre déontologique et de la technique pure, au centre même de la relation thérapeutique, il y a ce petit enfant blessé, livré à lui-même, qui cherche une maman, un papa, pour lui tenir la main, pour l'entourer, pour le guider sur son chemin et l'aider à traverser les difficultés de la vie. C'est ce petit être fragile qui a besoin d'être accompagné vers sa propre vérité et sa réalisation. C'est précisément lui qui, chaque fois, la touche autant, dans un cœur à cœur émotionnel. Ce lien si particulier qui se tisse dans l'intimité d'un cabinet et qui permet au patient, au fil du travail, de s'accueillir et de réapprendre à s'aimer."

Quelles sont les différences entre une psychothérapie et une psychanalyse ? 

"La psychothérapie s'intéresse généralement à un symptôme, à des difficultés de vie, à un mal-être ressenti par la personne qui vient consulter, détaille Rachel Desmur. Elle a pour but de traiter la souffrance et résoudre la problématique vécue. Pour ce faire, elle se concentre sur le présent, sur les manifestations et mécanismes actuels du trouble, en accordant moins de temps à l'exploration des possibles origines infantiles ou archaïques de ces troubles. Ces thérapies sont généralement appelées " thérapies brèves ". L'accompagnement se déroule en face à face et se termine lorsqu'il permet un soulagement suffisant pour permettre au consultant de fonctionner normalement dans sa vie". La psychanalyse va explorer plus en profondeur les origines de la problématique, afin de donner un sens à celle-ci et de comprendre la place qu'elle occupe dans sa vie. "L'approche psychanalytique permet de visiter les fondations et les rouages psychiques, et d'interroger les origines de nos difficultés à vivre. La psychanalyse part du principe que c'est en prenant conscience des fondements de notre vie psychique, de notre manière d'être, que nous serons en mesure d'accepter, d'ajuster ou de modifier certains mécanismes de notre vie". L'entrée en psychanalyse peut être une demande immédiate du consultant ou peut émerger consécutivement à un premier travail en psychothérapie. "Celui-ci ayant mis en évidence la nécessité d'aller plus loin, pour une prise en charge de carences ou de traumatismes plus anciens". Le psychanalyste se tient généralement derrière la personne qui est allongée sur le divan, de façon à favoriser l'introspection et la libre association de cette dernière. "Au fil des séances, une transformation peut alors s'opérer progressivement en profondeur, en découvrant les conflits inconscients qui trouvent une porte de sortie grâce à la prise de conscience, à la parole et aux revécus émotionnels du consultant".

Quand arrêter une psychanalyse ? 

"Tout comme la durée, la fin d'une psychanalyse dépendra de la personne, reconnait notre interlocutrice. On se laisse généralement au moins quatre séances pour arrêter si la personne en fait la demande". Cela permet de voir si cette demande s'appuie réellement sur des changements concrets dans la vie du patient, ou s'il s'agit de résistances à traiter, auquel cas il est préférable de poursuivre le travail analytique. "Lorsque la fin d'une cure est arrivée, on peut observer chez la personne un renforcement du Moi, une meilleure capacité psychique pour contenir et traiter des points difficiles ; une évolution au niveau de la répétition du traumatisme et de ses croyances limitantes ; une désidentification par rapport à ses mécanismes de défense issus du traumatisme et un retour à son vrai Self ; des vécus restaurateurs et plus légers autant dans ses rêves nocturnes que dans ses Rêves Éveillés, ainsi que des changements réels et constructifs dans sa vie".

Quels sont les limites et risques d'une psychanalyse ? 

Il n'y a pas de risque à suivre une psychanalyse, si ce n'est de voir ressurgir des éléments de son passé restés jusque-là dans l'inconscient. "Initier un travail analytique personnel peut faire surgir la peur de voir apparaître de nouveaux symptômes, voire la perte des repères actuels : la crainte d'un changement radical de vie, d'un divorce, d'une démission, etc. que cette démarche personnelle provoquerait", cite en exemple la psychanalyste.

Quel est le prix et le remboursement d'une psychanalyse ?

Le prix d'une séance de psychanalyse est libre et dépend du thérapeute. Il peut aller de 50 à 100 euros, voire plus. "Les consultations chez les psychanalystes ne bénéficient pas de prise en charge par l'Assurance Maladie. Une facture peut cependant être établie par le psychanalyste, une prise en charge partielle étant possible par le biais de la mutuelle santé du bénéficiaire, selon les accords contractés". Néanmoins les analystes préfèrent généralement que les patients s'engagent financièrement dans l'analyse, ceci participant activement au processus de soin. "Une psychanalyse représente certes un investissement conséquent en temps et en argent. Mais il doit absolument être mis en parallèle avec le prix payé par la personne si celle-ci n'effectue pas ce travail", conclut la psychanalyste.

Merci à Rachel Desmur, psychanalyste, Titulaire Certifiée en Thérapie Brève Self Inductive (TBSI) et en Psychanalyse Rêve Éveillé à Brindas (69), et DG de l'école AIDE Psy et membre du comité Psychologue.net.

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