Deuil : étapes, durée, comment y faire face ?

Le deuil est un processus normal face à la perte définitive d'une personne (décès) ou d'une situation (rupture amoureuse, emploi...). Quelle est la durée moyenne et les étapes pour faire son deuil ? Comment le surmonter de la meilleure façon possible ? Conseils d'Aline Nativel Id Hammou, psychologue.

Deuil : étapes, durée, comment y faire face ?
© Antonio Guillem - 123RF

Définition : qu'appelle-t-on le deuil ?

Un deuil est "la mise en place d'un processus intrapsychique à la fois comportemental, cognitif et socioculturel face à la perte définitive d'une personne (décès), d'une situation (rupture amoureuse, divorce, emploi...) ou même d'un objet, définit Aline Nativel Id Hammou, psychologue clinicienne. La personne endeuillée va ressentir tout un tas d'émotions comme de la peur, de la culpabilité, de la colère, de la tristesse, de l'injustice, de la frustration, du dégoût et par conséquent, aura des comportements en réaction à ses émotions vécues, pouvant souvent entraîner des troubles du comportement". Le but de ce processus de deuil est de réussir à continuer à vivre et d'accepter cette perte définitive et irrémédiable. On parle souvent d'un deuil en cas de décès d'un proche. Or, le deuil n'est pas exclusivement lié à la mort, il peut aussi concerner une rupture, un divorce, un licenciement, un départ en retraite, la perte d'un animal, l'expulsion d'un logement... La notion de deuil a été introduite en 1917 par le célèbre psychanalyste Sigmund Freud. Par la suite, Elisabeth Kübler-Ross, psychiatre américaine spécialisée dans le domaine des soins palliatifs et de la fin de vie a tenté d'identifier les étapes du chagrin que vit une personne face à la perte d'un proche. 

Les 7 étapes d'un deuil pour un décès, un divorce, un licenciement...

Généralement, un deuil peut se décomposer en plusieurs étapes. Certains experts en mettent en avant 5, d'autres 7. Ces étapes, "légitimes et normales", sont plus ou moins longues selon les individus. "Elles permettent de donner des repères structurants pour mieux vivre le processus de deuil et pour se rassurer sur son état général face à cette perte. Traverser ces étapes est pour beaucoup d'entre nous une forme de normalité et de légitimité dans ce qu'on peut ressentir", indique notre interlocutrice, qui nous détaille les 7 étapes du deuil : 

1. Le choc : cette étape est souvent de courte durée mais peut être plus longue pour certaines personnes. Il s'agit d'un état de sidération face à l'annonce de la perte. 

2. Le déni : il s'agit du refus de croire/voir/entendre/comprendre l'annonce de la perte, ce qui entraîne souvent une contestation et un rejet de l'information.

3. La colère et le marchandage : il s'agit d'une attitude souvent agressive envers soi-même ou son entourage qui est accompagnée de "pensées magiques" comme par exemple "si je fais ça, il va revenir…"

4. La tristesse : il s'agit d'une étape marquée par le désespoir et l'effondrement.

5. La résignation : il s'agit d'une étape caractérisée par l'abandon d'une forme de lutte et par l'espoir de retrouver sa vie "comme avant" malgré la situation ou l'objet perdu. Dans cette étape, aucune projection n'est encore possible, la personne endeuillée vit dans le présent "au jour le jour" et tente d'accepter quelque chose d'inéluctable.

6. L'acceptation : cette étape est marquée par l'acceptation réelle de la perte et le fait d'être plus objective sur ce qu'elle a vécu avec la personne perdue. Généralement, c'est à cette étape qu'on fait le point sur les bons et les mauvais moments, qu'on peut se projeter vers l'avenir et qu'on se sent mieux psychiquement. 

7. La reconstruction : cette étape permet de se reconstruire à son rythme, de réorganiser sa vie de la façon la plus adaptée à sa perte et donc de reprendre un rythme de vie en lien avec les exigences de la société, de l'environnement, de ses ressources personnelles et de continuer à vivre tout simplement. Il s'agit d'un processus de résilience active. 

Courbe du deuil étape par étape

Courbe du deuil en psychologie  Elisabeth Kübler-Ross
Courbe du deuil en psychologie © Elisabeth Kübler-Ross / Pinterest

Quelle est la durée d'un deuil ?

Déterminer une durée de deuil, c'est un élément rassurant et sécurisant.

La durée d'un deuil est très variable selon l'objet de la perte, le contexte, son état psychologique... Il n'y a ni norme, ni temporalité. Chacun fait son deuil à son rythme et à sa façon. "Les références internationales mettent en avant une période de 12 mois pour faire un deuil dit réussi pour un adulte et de 6 mois pour un enfant car l'enfant a généralement une plus grande capacité de résilience. Néanmoins, il n'y a rien de linéaire : l'expression des ressentis fluctue et les rechutes sont possibles. Ce n'est pas grave. Déterminer une durée de deuil, c'est un élément rassurant et sécurisant pour les personnes. Cela permet de savoir que ce que l'on vit est tout à fait normal", prévient notre experte. 

Deuil compliqué ou pathologique : définition, durée, reconnu ou pas ?

Le deuil compliqué est un processus qui, par sa longueur (au moins 12 mois chez l'adulte et au moins 6 mois chez l'enfant) ou son intensité, est considéré comme sévère et invalidant. "Un deuil compliqué est la difficulté de poser un diagnostic entre un deuil normal et une dépression. Il est souvent visible lorsque la perte survient de façon brutale, inattendue, violente, injuste (suicide, meurtre, perte associée à des procédures pénales ou administratives...) ou s'il est lié à la perte d'un partenaire de vie ou celui d'un enfant par exemple", explique la psychologue. "Certains professionnels de santé parlent de "deuil pathologique", mais parler de deuil compliqué a une connotation moins négative à mon sens, poursuit-elle. D'autant plus que cliniquement parlant, le deuil compliqué a officiellement été reconnu comme une maladie dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5) de l'American Psychiatric Association ainsi que dans la classification internationale des maladies (ICD) de l'OMS". Il est caractérisé par l'apparition de troubles psychiques, psychiatriques et/ou réactionnels durant le deuil (le plus souvent, ce sont des troubles anxieux ou de l'humeur).

Les traumatismes, les pertes, les séparations du passé et la peur de la mort font partie de l'histoire personnelle de la personne endeuillée. Tous ces éléments peuvent compliquer et allonger le deuil, mais également expliquer certaines réactions et comportements caractéristiques d'un deuil compliqué : hostilité à l'égard des autres, dépression, déficit d'estime de soi, tendance à construire des relations basées sur la peur, vision pessimiste de la vie, acte d'auto-sabotage... Un accompagnement par un médecin ou un psychologue est souvent nécessaire. 

Comment surmonter un deuil : 10 clefs pour y faire face

"Il existe des clefs pour être dans un travail de deuil volontaire, y faire face de manière plus apaisée et ne pas se sentir "bloqué" dans sa douleur et dans sa souffrance", indique notre interlocutrice :

S'autoriser à demander de l'aide et du soutien, que ce soit à un proche (aidant naturel) ou à un professionnel de santé comme un psychologue, un psychiatre, un sophrologue, un hypnothérapeute (aidant professionnel). "Cela peut être intéressant de trouver deux ou trois personnes dites "ressources" qui feront preuve d'écoute, qui seront dans le non jugement et dans la bienveillance". La consultation chez un médecin pourra parfois être associée à une prescription d'antidépresseurs ou d'anxiolytiques dans une posologie adaptée. 

Ne pas cacher ses émotions, s'écouter et prendre en compte son besoin de repli et accueillir ses émotions négatives Pleurer, ne pas avoir envie de sortir ou de voir du monde, se renfermer sur soi-même pendant un temps est sain et contribue à passer à l'étape d'après.

Mettre en place des rituels de deuil, de souvenir ou de mémoire selon l'objet d'attachement perdu. On s'autorisera à penser et à "célébrer" les "anniversaires de décès" par exemple. 

Faire des activités plaisantes et reposantes sans culpabiliser de "prendre du bon temps".

Être vigilant sur sa consommation de drogues, médicaments, nourriture, achats divers, alcool...

Dans son travail : prendre conscience pleinement de son état global et par conséquent réduire les prises de décisions, les missions trop importantes, les challenges trop ambitieux. Il est parfois nécessaire de mettre en pause ses projets en cours.

► Adhérer à des associations spécialisées et adaptées à son type de deuil (perte d'un emploi, mort d'un enfant, d'un animal…) ou se diriger vers une écoute en ligne via des associations "Vivre son deuil" ou JALMAV (Jusqu'à la mort accompagner la vie).

Participer à un groupe de parole pour être entouré de personnes connaissant cette expérience si particulière.

Lire des témoignages sur des plateformes spécialisées ou des livres en lien avec la perte de l'objet d'attachement.

► Ecrire et raconter son processus de deuil dans un journal (écriture thérapeutique), composer une musique en lien avec son deuil (musicothérapie), peindre ou dessiner pour extérioriser sa tristesse (art-thérapie).

Merci à Aline Nativel Id Hammou, psychologue clinicienne. 

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