Réouverture des dentistes, kinés, opticiens : quelles règles ?

Depuis le 11 mai, les cabinets dentaires, médicaux, de kinésithérapie, d'orthodontie ou encore les opticiens accueillent leurs patients en suivant les recommandations sanitaires : port du masque, marquage au sol, restriction du nombre de patients... Comment se déroulent les rendez-vous ? Quelles sont les conditions pour y aller ? Peut-on venir avec des enfants ? Sans rendez-vous ?

Réouverture des dentistes, kinés, opticiens : quelles règles ?
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[Mise à jour le lundi 18 mai 2020 à 18h00] Depuis le 11 mai, date du déconfinement en France, les professionnels de santé ont rouvert leurs cabinets et leurs locaux commerciaux. Leurs conditions de consultation ont néanmoins beaucoup changées. Ils doivent appliquer les mesures de sécurité sanitaire promulguées par le gouvernement. Comment se déroulent désormais les consultations en cabinets médicaux ? Peut-on retourner chez le médecin généraliste sans rendez-vous ? Chez le dentiste ? L'ophtamologue ? L'orthodontiste ? Ou emmener ses enfants chez le pédiatre ? Voici les nouvelles conditions de consultation et les recommandations faites aux patients pour se rendre en cabinet.

Une réouverture des opticiens ?

La réouverture de tous les magasins d'optique est effective depuis le lundi 11 mai partout en France conformément aux annonces gouvernementales, sauf quelques exceptions : ceux situés dans des grands centres commerciaux (de plus de 40 000 m2) voient leur réouverture retardée. L'entrée dans ces commerces est cependant soumis au respect de nombreuses consignes sanitaires : application des gestes barrières, port systématique du masque pour les clients et les opticiens, nettoyage des lunettes, des verres, des mains, des surfaces… Les différentes mesures nécessaires sont listées par les organisations professionnelles et par le Gifo (Groupement des industriels et fabricants de l'optique). Elles comprennent notamment l'accès au magasin limité à 4 clients par 100 m2, la possibilité ou la nécessité de prendre rendez-vous en amont pour faciliter la prise en charge dans le point de vente et/ou indiquer la possibilité de commander à distance (notamment par téléphone) pour certains produits. Ces mesures préconisent d'avoir une entrée et une sortie distinctes avec un fléchage pour organiser le flux, comme un balisage au sol pour séparer les zones d'essayage, d'encaissement. Il est par ailleurs imposé de se nettoyer les mains avec la manipulation des lunettes pour l'essayage ou de porter des gants à usage unique. Certaines enseignes ont annoncé privilégier la prise de rendez-vous via leur site internet pour "fluidifier le parcours et limiter les temps d'attente" comme le communique le 7 mai les enseignes Optic 2000, Lissac opticien et Audio 2000. Sur le plan des mesures de sécurité sanitaire et conformément aux recommandations des principaux syndicats de la profession, les enseignes d'optiques du groupement Optic 2000 ont voulu rassurer leur clientèle et leurs collaborateurs en s'équipant de masques, visières, gel, gants, lingettes. Dans les boutiques "c'est l'ensemble du parcours client qui a été repensé, avec la création de zones de déplacements par des marquages au sol ou encore un processus revu d'essai des équipements, précise le groupe d'optique. Le client sera entièrement pris en charge par le professionnel, "qui s'occupe de lui présenter une sélection personnalisée adaptée à besoins, puis de soigneusement nettoyés, avant et après, chaque rendez-vous les montures, une par une et de les passer dans un bac à ultrasons scotch de marquage au sol pour le respect des distances de sécurité". Il en est désormais de même partout, pour rassurer, et parce que "les opticiens sont assez exposés (au virus, par le contact avec leur client)" nous précisait le délégué général du ROF (Rassemblement des Opticiens de France) Thibaut Pichereau. Ces mêmes enseignes ont par ailleurs demandé "la mise en place de mesures dérogatoires pour allonger la durée de validité des ordonnances (de 5 ans actuellement, à 7 ans) et faciliter l'accès aux équipements optiques", argumentant que "5 millions de rendez-vous dans les cabinets d'ophtalmologie n'ont pas pu avoir lieu pendant la période de confinement" et qu'il est nécessaire d'assurer un accès aux soins visuels, car"les délais pour obtenir un rendez-vous de consultations ophtalmologiques sont en moyenne de 87 jours" a déclaré Yves Guénin, secrétaire général d'Optic 2000 dans son communiqué le 7 mai. Le service de garde sur la plateforme UrgenceOpticien est arrêté mais "pourra (être) réactivé temporairement si besoin, dans les périodes de confinement" souligne le délégué général du ROF.

Se réorganiser avec "la menace permanente de nouvelle épidémie et risque de re-confinement".

La consultation chez l'ophtalmologue est-elle possible ?

Les médecins ophtalmologues élargissent progressivement leur consultation au delà des urgences parce qu' "il faut progressivement retrouver une activité qui se rapproche de la normale" précisent les deux représentants de la profession, le Syndicat national des ophtalmologistes de France (SNOF) et le Collège National Professionnel d'Ophtalmologie (CNPO) qui reconnaissent cependant que leur "exercice de l'ophtalmologie va être impacté encore pendant des mois". Ces deux entités ont rédigé leurs conseils, sous forme de fiches, pour les ophtalmologues afin de faciliter l'organisation de leurs cabinets, pour la période post-confinement. Dans les grandes lignes, les ophtalmologues peuvent reprendre une activité s'il y a un respect des conditions d'hygiène et de protection du patient et du médecin. une diminution et un étalement des rendez-vous afin de maintenir les mesures barrières et la distanciation physique. L'urgence du rendez-vous est évaluée par le médecin : le patient serait admis dans les 24 h dans le cas d'une situation urgente, dans les 10 jours pour un acte ou une situation semi-urgente, ou différé de quelques semaines dans les cas non urgents. Le patient doit prévoir de venir au rendez-vous avec un masque si possible, son stylo et une carte bancaire de préférence pour le règlement, sans accompagnant (sauf si le patient est un enfant ou une personne handicapée). Il lui sera demandé d'utiliser le gel hydro-alcoolique à l'entrée du cabinet ou de se laver les mains. En cas de suspicion de Covid-19, le port d'un masque chirurgical est nécessaire, et la consultation sera décidé par le médecin.

Les cabinets dentaires ont-ils rouverts ?

La réouverture des cabinets dentaires s'est faite progressivement depuis le 11 mai, date de levée du confinement, en fonction de l'organisation du fonctionnement au sein de chaque cabinet et de l'approvisionnement en matériel de protection (masques FFP2 notamment). Les responsables de la profession (l'Ordre national des chirurgiens-dentistes et les trois syndicats principaux et l'Association dentaire française) ont rédigé leurs recommandations de bonnes pratiques destinées aux praticiens et à leurs patients sans symptôme Covid-19, suspectés ou ceux avérés Covid-19 et nécessitant des soins urgents non reportables. Aucune consultation ne peut avoir lieu sans un contact préalable par téléphone ou par email, entre le patient et le dentiste. Seul le dentiste décide de la faisabilité du rendez-vous. Il est alors demandé au patient d'être ponctuel, à l'heure à son rendez-vous, d'appliquer les gestes barrières (chaque patient est invité à se laver les mains à l'eau et au savon, à défaut, avec du gel hydro-alcoolique), de rester à distance des éventuels autres patients, de suivre le balisage au sol s'il y en a un en place, de privilégier les échanges dématérialisés avec le cabinet et le praticien concernant les ordonnances, la facturation, le paiement...  Pour les professionnels, l'usage du crachoir est proscrit, et "il faudra un respect des protocoles de désinfection et stérilisation du matériel, précise Serge Fournier le Président de l'Ordre national des chirurgiens-dentistes, le 17 avril, qui a travaillé "sur des procédures sécurisées simples, réalisables dans tous les cabinets de France." Ces mesures sont conditionnées à la fourniture nécessaire de masques FFP2 et de produits de décontamination. "Il faudra que les chirurgiens-dentistes puissent disposer de matériel de protection adapté" a t-il insisté, sans quoi les professionnels pourraient ne pas tous se remettre en activité.

La réouverture des orthodontistes 

La transmission d'un agent infectieux comme le coronavirus au cabinet orthodontique peut se produire de patient à patient par l'intermédiaire des mains de l'équipe soignante ou par les instruments ; du patient à l'équipe soignante ; du praticien au patient. Dans un communiqué du 4 mai, la Fédération française d'orthodontie (FFO) a confirmé la réouverture des cabinets le 11 mai "sous réserve de quelques ajustements, mis en place pour la sécurité de chacun". Lesquels ? Les nouvelles contraintes adoptées pour faire face à la pandémie actuelle sont principalement d'ordre matériel et organisationnel, précise la FFO. Par exemple, avant chaque rendez-vous chez l'orthodontiste, le patient est questionné sur son état de santé : de l'absence de symptômes, à la suspicion de symptômes évocateurs de Covid-19, avec ou sans contact étroit avec une personne avérée Covid-19, ou patient Covid-19. Ces 4 profils de patients sont reçus au cabinet pour des soins urgents. En revanche, seules les personnes sans symptômes peuvent consulter pour des soins non-urgents, toutefois laissés à l'appréciation de l'orthodontiste. Le nombre de patients dans les salles d'attente est aussi volontairement limité (les patients Covid-19 consultent sur des plages horaires spécifiques à chaque médecin), afin de préserver les règles de distanciation recommandées. Et tous les autres gestes barrières sont évidemment à respecter. Les urgences orthodontiques étant rares, si le praticien juge que la réalisation d'un acte ne permet pas remplir de toutes les conditions nécessaires à la sécurité sanitaire de son patient et de l'équipe soignante, alors cet acte sera simplement différé. Ce qui change également est l'équipement du praticien et de son personnel. Selon les actes à effectuer, des masques différents, des sur-blouses, sur-chaussures ou des visières peuvent compléter les protections habituelles.

La consultation en cabinets de kinésithérapie

affiche kine cabinet covid-19
Affiche réalisée par la FFMKR pour les kinésithérapeutes en vue de la réouverture de leur cabinet le 11 mai.. © FFMKR

Les kinésithérapeutes ont rouverts leur cabinet majoritairement dès le 11 mai. Ils ont reçu de la part de leurs représentants syndicaux, FFMKR (Fédération Française des Masseurs Kinésithérapeutes Rééducateurs) et CNOMK (Conseil national de l'Ordre des Masseurs-Kinésithérapeutes), des "guides de bonnes pratiques" définissant avec l'appui des scientifiques (de la Haute autorité de santé et de la CPIAS pour l'hygiène) les conditions d'exercices et d'hygiène nécessaires à la reprise de leur activité. Il est donc possible de se rendre en consultation et en séance de kinésithérapie après un premier contact par téléphone. Le kinésithérapeute détermine s'il peut recevoir le patient. Une personne présentant un symptôme de Covid-19 ne pourra pas être reçu mais pourra bénéficier d'une séance en télésoin si cela est compatible avec la prise en charge de sa pathologie. L'utilisation de cet outil est prolongé jusqu'au 10 juillet prochain. Dans le cas où le patient est reçu au cabinet, il devra venir si possible avec un masque, et seul. Il doit également suivre le protocole de sécurité sanitaire et de circulation au sein du cabinet, par balisage au sol, une porte d'entrée distincte de la sortie, quand cela est possible. "Le mode de prise en charge a évolué depuis le début de l'épidémie, les kinés se déplacent à domicile, comme ils le faisaient il y a plusieurs années, explique Sébastien Guérard, président du FFMKR. Il existe également un annuaire de prise de garde des kinés sur la France pour les patients post-Covid-19" pour éviter que les patients se croisent au cabinet des kinésithérapeutes.

Peut-on se rendre dans un centre PMI ?

Les centres de protection maternelle et infantile (PMI) poursuivent leurs consultations avec des horaires et des conditions adaptés à la situation. La Direction générale de la cohésion sociale (DGCS) et la Direction générale de la Santé (DGS) ont émis leurs recommandations pour l'accompagnement des professionnels de l'accueil du jeune enfant avec des conseils sanitaires pour accueillir et assurer les consultations. Prendre rendez-vous en PMI est donc possible, sous réserve d'appliquer les consignes sanitaires d'hygiène et de distanciation physique, avec une priorité mise sur les vaccinations des nouveaux-nés.

Est-il possible de se rendre chez le pédiatre ?

Les consultations médicales des pédiatres ont toujours lieu, dans la continuité et la permanence de soins et plus spécifiquement pour les besoins urgents, notamment pour les vaccinations obligatoires dans les premiers mois de vie de l'enfant. Les cabinets des pédiatres se sont organisés pour assurer la protection des patients, d'eux même et de leurs personnels. Le respect des mesures barrières, la distanciation et l'hygiène des mains sont une priorité dans les cabinets médicaux. Le port d'un masque ou de tout autre dispositif permettant de recouvrir le nez et la bouche est demandé à l'accompagnant de l'enfant, pour les situations de contact interpersonnel si la distance de sécurité sanitaire d'au moins un mètre ne peut être assurée. L'Afpa ne recommande pas le port du masque pour les enfants de moins de 5-6 ans. La prise de rendez-vous pour une consultation est nécessaire et permet au médecin de décider de l'urgence et de l'état de santé du patient ou de son accompagnant afin de fixer un horaire de rendez-vous adapté. Les consultations jugées non indispensables (évaluées au cas par cas du bénéfice-risque) peuvent être reportées ou réalisées en téléconsultations sur avis du médecin. Les familles dont le pédiatre habituel n'aura pas rouvert son cabinet doivent chercher un autre spécialiste. "Il est indispensable, en raison de la mise en place des sorties précoces de maternités, que les nouveau-nés soient vus par un pédiatre (ou un médecin spécifiquement formé à la prise en charge des nouveau-nés) dans les six à huit jours qui suivent leur sortie de maternité ", insiste le SNPF (Syndicat national des pédiatres français). Les vaccinations des nourrissons jusqu'à 16 mois et le suivi des maladies chroniques sont des priorités, a précisé le syndicat.

Patients Covid-19, comment être suivi après le confinement ?

Les patients atteints ou convalescents de la maladie Covid-19 vont continuer de bénéficier du suivi médical déjà mis en place en téléconsultation et/ou en télésuivi. La téléconsultation est accessible sur différents outils informatiques notamment via Doctolib, MesDocteurs, Nemo Health (TokTokDoc), Feeli ou Hellocare, et le télésuivi sur MHComm et Lifen. A ce jour, la seule date butoir annoncée concerne l'usage de l'outil télésoin qui est autorisé et prolongé jusqu'au 10 juillet pour les kinésithérapeutes. Pour les autres actes de suivi, il n'y a pas de date butoir pour bénéficier du remboursement des soins à distance. Les mesures dérogatoires pour le télésuivi pourraient durer jusqu'à la fin de la pandémie. Le télésoin est reconnu comme une pratique médicale, il pourrait être élargi aux autres patients. Définition des consultations à distance :

  • Téléconsultation : le patient consulte un professionnel de santé en visioconférence.
  • Télésuivi : le patient est suivi à distance, en ligne (par vidéo, par le biais d'une collecte de données…).
  • Télésoin : pratique de soins à distance avec un pharmacien ou un auxiliaire médical : audioprothésistes, orthopédistes-orthésistes, diététiciens, orthophonistes, épithésistes, orthoprothésistes, ergothérapeutes, orthoptistes, infirmiers, pédicures-podologues, manipulateurs d'électroradiologie médicale, podo-orthésistes, masseurs-kinésithérapeutes, psychomotriciens, ocularistes, techniciens de laboratoire médical, opticiens-lunetiers.
  • E-consultation : le patient envoie, en ligne, son dossier médical à un professionnel de santé pour avis. 
  • Prise de rendez-vous en ligne : plateforme permettant à un patient de prendre un rendez-vous physique ou de téléconsultation avec un professionnel de santé.
  • Télé-expertise : un professionnel de santé sollicite, en ligne, l'avis d'un autre professionnel de santé. 
Gestion de l'épidémie