Quelle prise en charge à l'hôpital en cas de coronavirus ?

A l'hôpital, la prise en charge des patients positifs au coronavirus se complique d'heure en heure. Comment est-on dépisté aux Urgences ? Quels patients vont en réanimation ? Pourquoi ? Pendant combien de temps ? A-t-on le droit aux visites ? Quelles consignes en cas de décès ? Immersion.

Quelle prise en charge à l'hôpital en cas de coronavirus ?
© ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

 880 établissements hospitaliers sont mobilisés pour accueillir et dépister les patients potentiellement contaminés par le coronavirus. Initialement, le gouvernement avait listé 183 établissements de santé dits de 1ère et 2e ligne (au moins 1 par département) avec des capacités d'accueil d'urgence, d'infectiologie, de soins critiques (USC et soins intensifs) et de réanimation. Par exemple, à Paris, ces établissements de soins sont l'AP-HP Bichat, l'AP-HP Pitié-Salpêtrière, l'AP-HP Necker Enfants et l'HIA Bégin en cas de saturation de la Pitié et de Bichat. Aujourd'hui, face à l'ampleur de l'épidémie, beaucoup d'établissements sont saturés et des malades sont transférés vers ceux qui disposent encore de lits et matériels pour les accueillir.

Faut-il aller aux Urgences si on pense avoir les symptômes d'une infection par le coronavirus ?

Fièvre, toux sèche, fatigue, courbatures, rhume, perte de l'odorat… Si vous pensez avoir les premiers symptômes d'une infection par le coronavirus, il ne faut pas vous rendre immédiatement aux Urgences, mais d'abord appeler votre médecin traitant ou un médecin par téléconsultation. Il faut appeler le 15 si vous avez des difficultés respiratoires, ou que votre état se détériore brutalement. Le médecin du Samu pourra  vous orienter vers un service d'Urgence s'il le juge nécessaire. Certains patients peuvent être amenés directement par le Samu en service de réanimation.

Quelle prise en charge pour les patients peut-être positifs au coronavirus quand ils arrivent aux Urgences ?

"Quand ils arrivent aux Urgences, ils sont prélevés comme ils ont des symptômes évocateurs du Covid-19 puis, selon leur état de santé, ils sont soit mis dans un service pour être surveillés, par exemple en service infectieux ou de médecine interne, soit, s'ils ont besoin de réanimation, ils sont transférés dans des unités Covid-19 dédiées", explique une infirmière du service de Réanimation de l'hôpital Saint-Antoine à Paris. Ces unités d'abord installées dans les services de réanimation des hôpitaux sont désormais aussi déployées dans d'autres services pour répondre à l'augmentation rapide des cas de coronavirus en France. "En cas de forte suspicion, on les isole dans des chambres fermées et on applique les mesures de protection, jusqu'à recevoir les résultats de la détection CoV-19" poursuit notre interlocutrice.

"Nous avons des gros malades qui arrivent en réanimation et il faut aussi les soigner"

Quand est-on hospitalisé en réanimation ?

L'hospitalisation des patients Covid-19 en service de réanimation est réservée aux cas les plus graves : "On est obligé de les assister au niveau respiratoire car ils sont en détresse respiratoire aiguë" nous précise l'infirmière. Actuellement, en France, sur plus de 59 000 malades positifs, 6 399 cas graves sont en réanimation. dont 35% ont moins de 60 ans, 60% ont entre 60 et 80 ans. Avec l'augmentation massive des cas de ces derniers jours, beaucoup d'établissements hospitaliers ont atteint leur capacité d'accueil et doivent transférer leurs malades dans d'autres hôpitaux. Pour le personnel soignant, cette situation inédite est compliquée à gérer au quotidien : "Nous sommes habitués à travailler en flux tendu mais nous sommes inquiets des conséquences sur notre travail avec des familles qui vont être à flux tendu aussi. De plus, nous avons des gros malades qui arrivent en réanimation, en dehors des patients Covid-19, et il faut aussi les soigner" rappelle l'infirmière.

Le personnel soignant en réanimation prenant en charge des patients suspects/infectés par le COVID-19 porte les éléments de protection suivants :

  • port de masque FFP2,
  • protection de la tenue professionnelle dans l'idéal par une sur-blouse manches longues, imperméable,
  • la friction hydro-alcoolique,
  • une charlotte,
  • port systématique de gants et de lunettes de protection (ou masque à visière).

Combien de temps reste-t-on en réanimation ?

"Un malade en réanimation reste 20 jours", répond le Dr Gérald Kierzek, médecin urgentiste à l'Hôtel-Dieu de Paris. Avant de souligner que "si 99 % des malades guérissent du coronavirus, pour les 1% sur 15 millions de Français touchés au même moment, qui vont avoir besoin de soins de réanimation, il faudrait 150 000 lits mais on ne les a pas". La France dispose initialement de 5000 lits de réanimation. Cette capacité est passée à 10 000 avec l'épidémie de coronavirus. Mais ce n'est pas encore suffisant pour absorber le flux incessant et quotidien de nouveaux malades hospitalisés.

Comment gérer les patients Covid-19 en plus des autres malades ?

"C'est justement notre problématique et c'est pour ça qu'il faut absolument limiter la circulation des gens pour limiter la circulation du virus, répond l'infirmière. Parce qu'il y a les autres malades, ceux qui n'ont pas le coronavirus mais qui ont besoin d'être pris en charge." Avec l'accélération de l'épidémie en France et le nombre de patients qui affluent, les hôpitaux se réorganisent quotidiennement.

"Des salles de réveil ont été transformées en salle de réanimation pour faire face à l'afflux de patients"

Il y a quelques jours encore, les patients positifs au Covid-19 arrivant à l'hôpital Saint-Antoine étaient transférés à la Pitié-Salpêtrière "mais ils n'ont plus de place" témoigne notre interlocutrice. Alors l'établissement a dû s'adapter : "Une unité palliative dédiée au Covid-19 a été ouverte en gériatrie et les salles de réveil ont été transformées en salle de réanimation" rapporte-t-elle.

Vers un tri des malades selon leur "score de fragilité" ? Un document réalisé par plusieurs sociétés savantes intitulé "Priorisation de l'accès aux soins critiques dans un contexte de pandémie" a été remis à la Direction Générale de la Santé (DGS) mardi 17 mars pour aider les médecins à opérer des choix dans l'éventualité d'une saturation des lits de réanimation pour les patients Covid-19. Ce document s'appuie sur le calcul d'un "score de fragilité" basé sur plusieurs critères : l'âge du patient, le nombre de pathologies dont il souffre, le nombre de traitements suivis, la mobilité, son état de santé par rapport aux personnes de même âge. Plus le score est élevé, plus le patient est fragile et est moins à même de répondre à des techniques de réanimation lourdes.

Nombre de cas Covid-19 hospitalisés en France

cas covid 19 hopital france
Nombres journaliers de cas COVID-19 nouvellement hospitalisés en France © Santé publique France

Peut-on recevoir des visites à l'hôpital quand on est positif au coronavirus ?

"Normalement, les patients positifs au Covid-19 n'ont pas le droit aux visites" répond l'infirmière. Mais pour les cas plus graves, les personnes en fin de vie, "il peut y avoir des exceptions".

Pour tous les cas hospitalisés (Covid-19 ou non), les visites sont interdites aux mineurs et aux personnes présentant des symptômes tels que toux, fièvre et limitées à une personne par chambre.

Et en cas de décès ?

"Quand un patient Covid-19 décède en réanimation, on peut le garder deux heures maximum avant de le transférer à la morgue de l'hôpital. Si la famille peut venir dans les deux heures, on autorise une visite et on équipe la personne" détaille l'infirmière.

"Un membre de la famille peut venir dans les deux heures suivants le décès"

Lors de la visite : les proches doivent respecter avec la plus grande attention les précautions d'hygiène indiquées par les soignants. Ils doivent s'abstenir d'embrasser le corps de la personne décédée et éviter tout contact direct. Ils doivent se désinfecter soigneusement les mains par friction hydroalcoolique en quittant la chambre.

  • Les proches du patient décédé doivent prendre sans attendre les dispositions permettant la désignation de l'opérateur funéraire en charge des obsèques, afin d'éviter tout retard dans la mise en cercueil du corps. Ils doivent faire connaître l'opérateur funéraire qu'ils désignent à l'hôpital et en premier lieu à l'agent responsable de la chambre mortuaire. La réglementation impose en effet une mise en cercueil immédiate, qui sera effectuée par l'opérateur funéraire. La direction générale de l'AP-HP précise que le corps d'un malade atteint du Covid 19 "est lavé, puis placé dans une housse avant une mise en cercueil immédiate réalisée en chambre mortuaire".
  • Dans la chambre mortuaire au moment de la levée du corps, la présence est réduite à l'entourage très proche du défunt, sans dépasser dix personnes. Les mesures barrières générales doivent être strictement respectées, à savoir notamment un espacement minimum d'un mètre entre chaque personne.
  • Les toilettes rituelles ainsi que les actes de thanatopraxie (soins de conservation) ne sont pas autorisés sur le corps des personnes décédées du Covid-19.

Source : Coronavirus -Covid 19 - Informations aux personnes venant de perdre un proche, communiqué de la direction générale de l'AP-HP, 24 mars 2020.

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