Le dioxyde de titane, additif alimentaire E171, bientôt interdit ?

Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire s'est engagé à signer l'arrêté de suspension du dioxyde de titane dans les produits alimentaires à la mi-avril.

Le dioxyde de titane, additif alimentaire E171, bientôt interdit ?
© Fabio Di Natale - 123 RF

[Mis à jour le 15/01/19] Quel est l'impact d'une exposition orale au dioxyde de titane, un additif alimentaire (E171) utilisé de façon courante dans notre alimentation ? Quels risques pour les enfants ? Ces derniers étant gros consommateurs de bonbons, on peut à juste titre se demander quel effet cela peut-il avoir sur leur santé ? C'est ce qu'avait cherché à savoir une équipe scientifique de l'Institut national de la recherche agronomique (Inra) en janvier 2017 dont les résultats avaient été publiés dans Scientific Reports, du 20 janvier 2017. Les chercheurs avaient conclu que cet additif, consommé à haute dose, pouvait causer un déséquilibre immunitaire, créant ainsi une micro-inflammation de l'intestin grêle et du côlon. Suite à la publication de l'Inra, le dioxyde de titane avait été inscrit dans la loi Agriculture et alimentation du 30 octobre 2018 et devait disparaître des produits alimentaires en janvier 2019. 

Toutefois, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a affirmé que ce colorant alimentaire ne serait pas suspendu ce mois-ci "au motif qu'il n'y aurait pas de danger suffisamment 'grave ou immédiat' pour activer la clause de sauvegarde au niveau européen". "La cohérence, c'est d'avoir une évaluation qui soit partagée sur les dangers du dioxyde de titane. Il y a l'évaluation de l'Inra et il y a celle de l'Anses, qui concluent à des évaluations différentes", a-t-il expliqué sur le plateau de l'émission C à Vous. En effet, l'Anses avait mené parallèlement des analyses sur le dioxyde de titane et estimait, elle, qu'il n'y avait pas d'effets indésirables à ingérer du E 171. Ce 11 janvier 2019, le ministre est revenu sur ses propos et a bien confirmé "qu'il signerait l'arrêté mi-avril 2019 se laissant ainsi le temps de sécuriser au plan juridique cet arrêté. Et, ce, quelles que soient les conclusions de l'Anses saisie récemment !", apprend-on dans un communiqué de l'UFC-Que Choisir

Où trouve-t-on le E171 ?

Les nanoparticules sont des particules de très petite taille (inférieur à 100 nanomètre), soit environ 10 000 fois plus petites que l'épaisseur d'un cheveu. Leur taille ainsi que leur structure leur confèrent des propriétés spécifiques (antibactériennes, ultrarésistantes, etc.). De quoi séduire de multiples secteurs d'activités. Ce colorant entre ainsi dans la composition de cosmétiques (crème solaire, rouge à lèvres), de produits para-pharmaceutiques (dentifrices), de peintures ou encore de matériaux de construction. Mais c'est surtout un additif très courant utilisé par l'industrie agroalimentaire pour ses propriétés de colorant blanc et d'opacifiant. Il est ainsi utilisé dans des bonbons, des produits chocolatés, biscuits et chewing-gums, ainsi que dans des compléments alimentaires.

Que sait-on de sa toxicité ?

 Les risques associés aux nanoparticules demeurent flous. En mai 2014, dans un rapport compilant une synthèse d'études disponibles sur le sujet, l'Agence de l'environnement (Anses) avait confirmé la capacité des nanomatériaux à passer les barrières physiologiques et pointé également la toxicité de certains d'entre eux chez l'animal. Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de l'OMS, qui a seulement évalué les effets d'une exposition professionnelle par inhalation au dioxyde de titane (exposition professionnelle), classe le E171 en "cancérigène possible" pour l'Homme.

Quelle réglementation ?

Cette étude soulève la question de la réglementation européenne sur les étiquetages. En juin dernier, l'association Agir pour l'Environnement avait constaté l'absence de la mention E171 sur les étiquettes d'aliments courants, comme les Malabar, la blanquette William Saurin ou encore les biscuits Napolitain. "Le E171 est composé de micro- et de nanoparticules, mais il n'est pas soumis à l'étiquetage "nanomatériau" puisqu'il n'est pas composé à plus de 50% de nanoparticules (en général 10 à 40%)", commente l'Inra. En 2015, l'Anses recommandait déjà "de mettre en place sans attendre des outils pour mieux maîtriser les risques par un encadrement réglementaire renforcé au niveau européen."   

Retour sur l'étude de l'Inra de 2017. Les chercheurs de l'Inra ont fait ingérer quotidiennement par des rats du E171 à une dose proche de l'exposition alimentaire humaine. Premier constat, le dioxyde de titane est absorbé par l'intestin et passe dans la circulation sanguine. Ils observent également des troubles du système immunitaire au niveau de l'intestin. Plus inquiétant encore, les chercheurs démontrent qu'une exposition répétée à ce colorant induit des lésions précoces du côlon, à un stade non malin de la cancérogenèse, chez 40 % des animaux exposés. En somme, à des lésions précancéreuses, qui peuvent évoluer vers un cancer (même si ce n'est pas systématique). Toutefois, aucune extrapolation à l'homme n'est à ce stade possible. On ne peut donc conclure, pour l'heure, à un effet cancérigène. Néanmoins, "ces premiers résultats justifient une étude de cancérogénèse selon les lignes directrices de l'OCDE, afin de compléter ces observations à un stade plus avancé de la pathologie", suggère le communiqué de presse de l'Inra.

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