"Nous avons constaté que l'utilisation continue, même à faibles doses, était associée à un épaississement persistant du muscle cardiaque, à une altération des contractions et à une diminution de la capacité du cœur à se relâcher" a expliqué le Dr Vibeke M. Almaas du département de cardiologie de l'hôpital universitaire Rikshospitalet d'Oslo, en Norvège. Dans son étude, elle confirme les dangers d'un médicament sur le coeur, quand il est pris sur le long terme. Au moins 10 ans, précisément.

Pour mener cette recherche, dont les conclusions ont été publiées le 12 octobre dans l'European Heart Journal Cardiovascular Imaging, le Dr Almaas et son équipe ont suivi 105 hommes, dont 70 prenaient le fameux médicament et 35 hommes n'en utilisant pas, pendant dix ans. Les chercheurs ont évalué leur santé cardiovasculaire à l'aide de questionnaires, d'analyses sanguines et d'échographies du cœur. Leurs résultats montrent que réduire les doses du traitement ne suffit pas à améliorer la santé cardiaque : seul l'arrêt complet permet une amélioration significative.

Le médicament en question ? Les stéroïdes anabolisants. Ces substances, dérivées de la testostérone, sont notamment utilisées pour augmenter la masse musculaire et améliorer les performances physiques. L'étude a révélé que les hommes ayant utilisé des stéroïdes anabolisants pendant leur entraînement de force présentaient un épaississement durable de la paroi du ventricule gauche du coeur. Parmi ceux qui avaient poursuivi leur consommation, 17 % présentaient une fonction cardiaque gravement altérée. "De plus, leur capacité à pomper le sang dans l'organisme s'en trouve altérée, le ventricule gauche étant incapable de se contracter suffisamment pour éjecter efficacement le sang, ou de se relâcher suffisamment entre les battements pour permettre au cœur de se remplir à nouveau de sang" ont souligné les auteurs. Pour eux, "l'utilisation prolongée de stéroïdes anabolisants androgènes a de graves conséquences sur le cœur".

Une bonne nouvelle malgré tout : à l'arrêt du médicament, même au bout de plusieurs années, la fonction cardiaque semble s'améliorer. Le cœur des hommes ayant cessé leur prise a retrouvé une meilleure capacité à pomper le sang : la proportion de sang éjectée à chaque contraction est passée de 48 % à 54 %, contre 60 % chez les non-utilisateurs. "L'arrêt de la prise a été associé à une réduction de l'épaississement du muscle cardiaque et à une amélioration de la fonction cardiaque, ce qui suggère qu'au moins certains de ces effets indésirables pourraient être réversibles après l'arrêt du traitement, et même devenir comparables à ceux des non-utilisateurs du groupe témoin", a déclaré le Dr Almaas.

En France, des stéroïdes anabolisants sont commercialisés sous forme de médicaments à base de testostérone, comme Androtardyl®, Nebido®, Androgel® ou Testavan®. Disponibles uniquement sur ordonnance, sous forme d'injections ou de gels, ils sont notamment prescrits aux hommes présentant un déficit avéré en testostérone. Leur usage pour augmenter la masse musculaire ou améliorer les performances sportives n'est pas autorisé. Ce qui n'empêche pas certains adeptes de musculation de se procurer des stéroïdes anabolisants en dehors du circuit médical, notamment sur Internet ou auprès de revendeurs clandestins, malgré les risques pour leur santé.