À 20, 30, 40, 50, 60 ans… Trop de femmes ignorent cette réalité : la première maladie qui tue les femmes en France n'est pas le cancer mais l'accident cardiovasculaire. Qu'il s'agisse d'un AVC ou d'un infarctus, ces maladies tuent plus que le cancer du sein. "On a appris aux femmes l'autopalpation des seins et le réflexe de faire des mammographies régulières en fonction de leurs facteurs de risque. C'est très bien mais il faut aussi se surveiller pour les maladies cardiovasculaires. Les maladies cardiovasculaires ne touchent pas que les hommes, elles sont aussi la première cause de mortalité chez les femmes" nous rappelle d'emblée le Dr Marina Clément, chirurgienne cardiaque.
Chaque année en France, environ 50 000 personnes sont victimes d'un arrêt cardiaque en dehors des hôpitaux, soit environ un arrêt toutes les 10 minutes, 24h/24, 7j/7. "C'est gravissime, la survie n'est que de 10%", précise le médecin, et les femmes ont deux fois moins de chances de s'en sortir que les hommes. Pourquoi ? "C'est multifactoriel" répond le Dr Clément. Déjà, il y a le contexte de l'accident : "Le plus souvent, quand une personne s'effondre, les gens autour sont sidérés, ils n'osent pas y aller, pourtant il faut agir très vite." Il faut tout de suite appeler le SAMU (15), démarrer le massage cardiaque et utiliser un défibrillateur. Chaque minute sans ces gestes réduit les chances de survie de 10 %.
Plusieurs raisons expliquent que les femmes soient moins bien réanimées que les hommes et reçoivent moins souvent une défibrillation. "D'abord, un biais de représentation : on n'imagine pas spontanément qu'une femme puisse faire un arrêt cardiaque, les problèmes cardiaques étant plus volontiers associés à l'homme dans l'inconscient collectif. Ensuite, il y a une réticence à toucher la poitrine féminine, par peur d'un geste perçu comme inapproprié." Enfin, "la crainte de blesser une femme jugée a priori plus fragile freine le passage à l'acte. Or chaque minute perdue est directement délétère".
Autre particularité chez les femmes : leurs symptômes. "Avant l'infarctus, ils sont plus atypiques. Chez l'homme, c'est la douleur dans la poitrine qui irradie le bras gauche tandis que chez la femme, ça peut être juste une douleur dans la mâchoire, une sensation de malaise globale ou de grande fatigue à laquelle elles ne prêtent pas attention car elles négligent souvent leur propre santé et minimisent leurs symptômes, ce qui retarde la prise en charge." Les femmes doivent absolument avoir en tête que les maladies cardiovasculaires frappent à tout âge.
Chez les femmes jeunes, le cumul de facteurs de risque suffit à précipiter un infarctus précoce : "Le cocktail tabac + pilule contraceptive est détonant. On sait que le tabac avance l'âge du premier infarctus d'environ 10 ans, et cet effet est encore plus marqué chez les femmes que chez les hommes, leurs artères étant particulièrement sensibles aux effets délétères du tabac. Beaucoup l'ignorent." Après la ménopause, c'est l'inverse : la disparition des œstrogènes augmente brutalement le risque cardiovasculaire. "Il n'y a donc vraiment pas d'âge pour se surveiller" insiste notre interlocutrice. Parmi les autres causes : le poids. "Il y a un lien majeur entre obésité et maladies cardiovasculaires." Et le stress. "Le stress chronique est un facteur de risque cardiovasculaire sous-estimé, particulièrement chez les femmes qui cumulent souvent plusieurs rôles simultanément, entre vie professionnelle, vie maritale et vie parentale."
La bonne nouvelle - parce qu'il y en a quand même une - c'est qu'on peut réduire son risque d'arrêt cardiaque à tout âge avec un conseil très simple que nous partage le Dr Clément : s'écouter. "Les femmes doivent s'écouter davantage. Elles ont tendance à minimiser leurs propres symptômes et à différer la consultation. Elles doivent au contraire surveiller leur tension artérielle, faire un bilan cholestérol/glycémie régulier et contrôler leur poids. Ce sont des gestes simples et accessibles. Gérer son stress, arrêter de fumer et faire de l'activité physique, c'est mettre toutes les chances de son côté pour éviter l'arrêt cardiaque."