Une remarque déplacée, un embouteillage, une énième dispute... et la colère explose. Quand la pression monte, nous avons souvent le réflexe de nous énerver ou de ravaler notre frustration et de nous vexer. Difficile alors de redescendre en pression. "De toutes les émotions désagréables, la colère est la plus difficile à maîtriser", résument des chercheurs de l'Université de l'Ohio dans une étude publiée dans la revue Clinical Psychology Review. Pourtant, une simple phrase dite à voix haute permet de désamorcer l'énervement en quelques secondes.
Derrière cette méthode simplissime se cache une découverte majeure d'une scientifique américaine. Selon Jill Bolte Taylor, neuroanatomiste à l'Université Harvard et auteure du livre "Voyage au-delà de mon cerveau", l'émotion suit un chrono bien précis : ce que la chercheuse appelle "la règle des 90 secondes". Quand la colère monte, le corps libère une vague d'hormones de stress. Ces produits chimiques mettent exactement 90 secondes à disparaître de l'organisme. Problème : en pratique, la colère ne désemplit pas au bout de cette minute et demie. Pourquoi ? Parce que nous continuons de nourrir la tempête dans notre tête en repensant à la scène, ce qui relance une nouvelle décharge d'hormones en boucle. C'est uniquement si l'on stoppe ces pensées négatives que le calme physique peut enfin revenir.
Quand la colère monte, il faut agir dès les dix premières secondes pour court-circuiter le processus. La phrase imparable recommandée par les experts à répéter à voix haute (ou intérieurement si on préfère) est la suivante : "Ce n'est qu'une émotion passagère". C'est un désamorçage cognitif qui rappelle au cerveau que cette tempête émotionnelle est temporaire. En qualifiant la colère de simple "émotion passagère", on remet une distance immédiate entre nous et la sensation. On ne rejette pas son ressenti, on décrit simplement un fait neurobiologique, ce qui force le cerveau à passer du mode "attaque" au mode "calme".
Pour maximiser l'effet de cette phrase, on peut la combiner avec deux réflexes simples. D'une part, relâchez le corps, desserrez les dents et baissez les épaules dès que vous la prononcez. D'autre part, prenez une grande inspiration : cela stoppe net l'envie de réagir sous le coup de l'impulsivité. De manière plus large, gérer sa colère se travaille. La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) offre des outils pratiques comme la défusion, la respiration ou la communication non violente, tandis que l'approche psychanalytique explore les origines profondes de cette émotion pour mieux la comprendre.