Certaines personnes semblent vivre dans un scénario où le sort s'acharne constamment sur elles. Que ce soit au travail, en couple ou en amitié, le discours reste le même : elles sont en permanence victimes d'injustices. Ce comportement, loin d'être anodin, finit par peser sur l'entourage. D'où vient-il ? Ont-elles vraiment de la malchance ou cela est-ce une question de personnalités ?
"En psychologie, on préfère le terme de posture victimaire", nous précise d'emblée Frédérique Korzine, psychanalyste. En réalité, ces personnes répètent sans cesse le même schéma de souffrance et d'impuissance face aux événements. Concrètement, la "victime" ramène tout à elle : au bureau, si elle échoue, c'est "par le complot des collègues". En couple, si on lui fait une remarque ou que ça ne fonctionne pas, elle se pose immédiatement en martyre. Et entre amis, chaque conversation ramène systématiquement à son "malheur" à elle. Or, ces "victimes" n'ont pas réellement subi d'injustice. Elles adoptent ce comportement surtout au moment d'assumer une responsabilité ou de prendre une décision.
Selon notre experte, il n'y a pas de vraiment de profil type mais "il y a en revanche des terrains plus propices" : un manque de confiance en soi, une enfance où se plaindre était le seul moyen d'obtenir de l'attention, un besoin excessif d'être aimé ou, plus rarement, des penchants manipulateurs où se poser en victime devient une arme sur les autres. Mais ces personnes ne se rendent pas compte de leur attitude. Il s'agit le plus souvent d'un réflexe inconscient, "un automatisme relationnel appris très tôt, que la personne ne perçoit pas comme une stratégie mais comme "la réalité", tout simplement", analyse la psychanalyste. La "victime" tire alors un avantage de la situation et obtient du réconfort, de l'attention ou de l'aide. Puis elle rejoue toujours le même scénario : "Il n'y a là aucune mauvaise foi consciente, simplement une stratégie de survie devenue automatique".
Comment la reconnaître ? Il faut repérer le "c'est toujours à cause des autres", le "ça n'arrive qu'à moi", le ressassement des mêmes problèmes sans chercher de solution, ou le besoin d'attirer la pitié d'emblée, avant même un simple "Comment ça va ?". La réaction de la personne face à l'aide qu'on lui tend est aussi très parlante. "La vraie souffrance cherche, tôt ou tard, une issue, elle accepte l'aide qu'on lui tend", alors que "la posture victimaire, elle, s'installe dans la plainte comme dans un fauteuil confortable", illustre notre experte. Cela permet de faire la différence avec quelqu'un qui traverse réellement une épreuve : "Certaines personnes ont été authentiquement victimes d'un traumatisme, et leur parole doit être entendue", rappelle Frédérique Korzine.
Face à ce comportement, "la règle essentielle consiste à ne pas nourrir le jeu, en particulier à ne pas jouer le Sauveur". Mieux vaut encourager la personne à agir, avec fermeté et bienveillance, en demandant par exemple "Que comptes-tu faire ?" plutôt que "Pauvre de toi". Enfin, cette situation n'est pas une fatalité : on peut changer, "à condition d'un travail thérapeutique", pour reprendre confiance en soi et sortir du besoin de se plaindre. Le chemin demande des efforts, mais il permet de retrouver des relations beaucoup plus saines avec son entourage.