51% des Français préfèrent éviter de regarder leur compte bancaire, par peur de découvrir combien il leur reste, selon une étude menée par Yomoni, entreprise française spécialisée dans l'épargne et l'investissement en ligne. En psychologie, cela s'appelle le "syndrome de l'autruche financière". Il s'agit d'un mécanisme d'évitement psychologique qui consiste à privilégier l'inconfort de l'incertitude à la douleur de la réalité. "On agit comme des autruches qui enfoncent leur tête dans le sable pour éviter de recevoir des informations sur des situations financières potentiellement risquées ou défavorables", illustre George Loewenstein, professeur de psychologie et d'économie comportementale à l'université Carnegie Mellon (Etats-Unis) dans une étude.
Pour certaines personnes, c'est une habitude qui court toute l'année. Pour d'autres, elle est ponctuelle et survient aux moments les plus "critiques". En septembre, par exemple, après les vacances et les dépenses de l'été. En janvier, juste après les achats associés aux fêtes de fin d'année... Et à chaque fois, les mêmes effets sur le cerveau. Lorsqu'une information provoque du stress, le cerveau cherche un soulagement immédiat en détournant le regard. Le piège de ce réflexe réside dans sa répétition : plus on repousse le moment de consulter son compte, plus l'anxiété augmente et moins on agit pour corriger la situation.
Les psychologues soulignent que l'autruche financière survient parce qu'un solde négatif ou un découvert est vécu comme un échec personnel ou une source de honte sociale. Il faut se sortir cette idée de la tête. Ressentir de l'inquiétude face à ses dépenses n'a rien de toxique. Si le déni devient trop paralysant, il faut agir. Les psychologues et spécialistes de l'économie comportementale préconisent de casser le cycle de l'évitement anxieux en s'attaquant à la racine émotionnelle du problème.
George Loewenstein suggère ainsi de consulter son compte en banque chaque 1er du mois plutôt que de le faire sous le coup d'une impulsion ou d'une crise d'angoisse momentanée. Le fait de savoir exactement quand on va affronter l'information réduit l'anxiété liée à l'inconnu. Il propose aussi la règle des 2 minutes qui consiste à ouvrir son application bancaire, à vérifier le chiffre principal, puis à la refermer. Une fois que le cerveau constate que la prise d'information ne provoque pas de catastrophe imminente, la réaction de panique diminue.
Enfin, l'esprit humain a tendance à exagérer la douleur immédiate provoquée par une mauvaise nouvelle par rapport aux bénéfices futurs. Les thérapeutes recommandent donc d'associer la consultation de ses comptes à des objectifs positifs (financer un projet, retrouver de la sérénité) plutôt qu'à la punition ou aux privations.