Un traitement administré à de nombreux patients pourrait, dans certaines circonstances, fragiliser les os au point de favoriser des fractures. L'Agence européenne des médicaments (EMA) vient d'ouvrir une enquête pour mieux mesurer ce risque. Les autorités sanitaires s'intéressent notamment à des cas survenus après seulement une ou deux administrations, parfois chez des personnes qui ne présentaient aucun facteur de risque particulier.
Tout part d'un minéral indispensable à notre organisme : le phosphate. "Le phosphate est essentiel à la santé osseuse. Lorsque son taux devient trop bas, une ostéomalacie peut se développer, provoquant des symptômes tels que des douleurs osseuses. Dans certains cas, elle peut entraîner des fractures" explique l'EMA. Présent dans le sang, il participe à la solidité de notre squelette. Les médicaments dans le viseur des autorités pourraient augmenter le risque d'hypophosphatémie (faible taux de phosphate dans le sang) et de problèmes osseux associés, notamment l'ostéomalacie que l'EMA caractérise par un "ramollissement des os".
Ces médicaments sont prescrits en cas de carences en fer et d'anémies quand les comprimés classiques ne suffisent pas. Ce sont les médicaments injectables contenant du fer qui vont ainsi être réévalués. Le problème est d'autant plus délicat que les signes d'hypophosphatémie et d'ostéomalacie peuvent facilement passer inaperçus. Fatigue, faiblesse musculaire, douleurs dans les muscles ou les os peuvent être confondues avec les symptômes de la carence en fer pour laquelle le patient est justement traité.
Les atteintes liées à l'ostéomalacie ne sont pas non plus toujours visibles sur une radiographie classique. L'EMA veut donc savoir si les mesures de surveillance actuellement recommandées sont suffisantes. Les comprimés de fer ne sont pas concernés par cette réévaluation. Comme l'explique l'EMA, "les médicaments contenant du fer pris par voie orale ne sont pas inclus dans l'étude car ils fournissent des quantités de fer considérablement plus faibles au fil du temps que les médicaments injectables et sont donc moins susceptibles de provoquer une hypophosphatémie".
À ce stade, l'EMA ne demande pas aux patients d'interrompre leur traitement. Les experts vont maintenant évaluer si ces risques influent sur le rapport bénéfice-risque global des médicaments et déterminer si des modifications de leurs autorisations de mise sur le marché sont nécessaires.