Vous avez peut-être déjà eu ce réflexe au volant : il est 23h, la route est totalement vide, il n'y a pas un chat à la ronde, et pourtant, on met son clignotant avant de tourner. Sur le coup, on en sourit, on se dit qu'on en fait trop, que c'est une manie ridicule puisqu'il n'y a personne pour nous voir. Pourtant, ce petit geste automatique peut révéler beaucoup de choses sur notre personnalité. C'est en tout cas ce que révèlent des études sur notre cerveau et notre façon de fonctionner au quotidien.
Sur le plan strictement légal, mettre son clignotant alors qu'il n'y a personne sur la route n'a rien d'optionnel. L'article R412-10 du Code de la route est formel : l'utilisation du clignotant est obligatoire lors de tout changement de direction, quelle que soit la présence d'autres usagers autour de vous. La loi ne fait aucune distinction entre une rue bondée à 17 heures et une route déserte au milieu de la nuit. Ne pas l'actionner reste une infraction passible de 135 euros d'amende et d'un retrait de 3 points sur le permis. C'est donc une bonne idée de le mettre peu importe le contexte.
C'est aussi une preuve d'une qualité très recherchée : la conscienciosité, selon les chercheurs Paul Costa et Robert McCrae. Dans leurs travaux sur la personnalité (livre sur le modèle des Big Five), ils expliquent que les personnes très "consciencieuses" se distinguent par leur rigueur, leur sens du devoir et leur besoin naturel d'ordre. Ces gens mettent le clignotant, non pas uniquement pour respecter la loi et éviter une amende, mais pour être le plus aligné avec eux-mêmes. Sauter le clignotant (même seul au milieu de nulle part) leur laisserait une sensation désagréable, comme un travail bâclé.
Il y a aussi une question d'habitude. Dans son livre "Good Habits, Bad Habits", la chercheuse Wendy Wood montre que lorsqu'on répète une action très souvent, le cerveau arrête de réfléchir. Il passe en mode "pilote automatique". Pour l'esprit, analyser la situation, vérifier si la rue est déserte et décider ou non de lever le doigt demande plus d'effort que de simplement mettre le clignotant sans y penser.
Le psychologue Lawrence Kohlberg a lui aussi étudié ce phénomène. Il montre qu'il y a deux façons d'obéir : par peur de la police, ou parce qu'on a intégré la règle comme une valeur personnelle. Mettre son clignotant dans le noir complet relève de cette seconde catégorie. On ne le fait plus pour le Code de la route, mais parce que cela fait partie de sa façon d'être responsable. Finalement, inutile de vous trouver ridicule la prochaine fois que cela vous arrive. Ce réflexe invisible prouve simplement que vous avez un fonctionnement fiable et structuré. Votre cerveau a transformé une contrainte en un bon réflexe, et votre personnalité prend le relais, même quand personne ne regarde.