Le corps vieillit, c'est dans l'ordre des choses. Les cheveux blanchissent, la peau perd de son élasticité et l'organisme ralentit. Le cerveau subit, lui aussi, une transformation invisible au fil des ans. Ce vieillissement cérébral s'illustre par un déclin de la mémoire et des capacités cognitives au quotidien, mais ces mécanismes biologiques restent encore mal compris. Des chercheurs viennent de découvrir l'âge précis où nos cellules cérébrales basculent, modifiant les défenses du cerveau et nous exposant à des risques accrus de troubles de la mémoire voire de maladies comme Alzheimer.

Pour comprendre ce phénomène, les scientifiques ont analysé les tissus de "l'hippocampe, région essentielle à l'apprentissage et à la mémoire", prélevés post-mortem chez "40 adultes de 20 à 95 ans". L'objectif était d'analyser l'activité des gènes et l'architecture des cellules. En examinant plus de 290 000 cellules une par une, les chercheurs ont décortiqué leur fonctionnement interne. D'après leurs premières observations, le cerveau ne s'use pas de manière lente et régulière, mais connaît un changement brutal à partir d'un certain âge.

Selon leurs résultats publiés dans la revue Science, cette "transition majeure survenant autour du milieu de la vie" se produit à partir de 50 ans. Entre 50 et 75 ans, les cellules protectrices d'origine du cerveau, installées depuis la naissance pour éliminer les déchets, diminuent fortement. "Les cellules immunitaires résidentes du cerveau, appelées microglies, semblent être de plus en plus remplacées par des cellules immunitaires provenant de la circulation sanguine", explique le Dr Nathan Zemke, chercheur principal de l'étude. Le problème est que ces nouvelles arrivantes véhiculent des signaux beaucoup plus agressifs.

Journal des Femmes © Le cerveau après 50 ans

En s'installant dans le cerveau, ces cellules issues du sang entretiennent une inflammation permanente qui fatigue l'organisme. Dans le même temps, le cerveau perd une grande quantité de ses cellules de soutien indispensables. Ces cellules sont celles qui entretiennent le filtre protecteur contre les substances toxiques et aident les neurones à communiquer entre eux. Privées d'énergie, elles s'épuisent et disparaissent. Sans ce bouclier et sans soutien, le réseau se fragilise, désorganisant la mémoire et préparant le terrain à la dégénérescence du cerveau.

Peut-on l'empêcher ? Non, pas pour le moment. Aucun traitement ni changement de mode de vie ne permet aujourd'hui de bloquer ce processus biologique. "Je ne recommanderais pas aux gens d'apporter des changements médicaux ou de mode de vie spécifiques sur la seule base de cette étude", précise d'ailleurs le Dr Nathan Zemke. Cette découverte offre toutefois de nouvelles perspectives de recherche : comme ces cellules inflammatoires viennent du sang, elles sont bien plus faciles d'accès pour la médecine que celles cachées au cœur du tissu cérébral. Les scientifiques espèrent désormais pouvoir modifier ces cellules directement dans la circulation sanguine pour les rendre à nouveau protectrices avant qu'elles ne pénètrent dans le cerveau, bloquant ainsi le processus à la source.