La santé mentale est un pilier central de notre bien-être. Les problèmes de santé mentale peuvent mener jusqu'à la dépression et peser lourdement sur la qualité de vie. Il existe plusieurs types de dépressions aux intensités différentes. L'une d'elles, particulièrement invisible et trompeuse, peut totalement passer inaperçue. On l'appelle "dépression à haut potentiel". Pour mieux comprendre ses nuances, le Pr Bruno Aouizerate, responsable du Centre Expert Dépression résistante à l'hôpital Charles Perrens, a répondu à nos questions.
S'installant dans la durée, la dépression se traduit par "un tableau qui va du manque d'envie, de la réduction du plaisir ressenti, de la fatigue, des difficultés à se concentrer, accompagné d'un sentiment de culpabilité", explique le Pr Aouizerate. Si des facteurs de risque comme "les traumatismes précoces, les antécédents familiaux, le fait de souffrir d'une autre maladie" ou encore un déséquilibre alimentaire rendent certains profils vulnérables, faciles à identifier, une forme spécifique de dépression s'avère plus sournoise : la dépression à haut potentiel. Traduction directe du terme anglais "high functioning depression", que l'on pourrait aussi traduire par "dépression à haut niveau de fonctionnement", elle n'a pas de terme défini en français. Ce type de dépression s'articule selon l'expert autour de "deux possibilités".
Il peut d'abord s'agir d'une forme modérée de dépression. "Toutes les dépressions ne sont pas d'intensité sévères, certaines formes peuvent être plus légères", rappelle le Pr Aouizerate. Dans la dépression à haut potentiel "l'intensité peut être légère, la personne arrive à fonctionner". Les patients avancent généralement au quotidien "avec quelques symptômes", caractérisés par "un peu plus d'anxiété, des perturbations mineures du sommeil, un léger manque d'envie le matin". L'autre possibilité, plus rare, découle d'une forme initialement plus grave : la dépression résistante, qui "renvoie à l'échec d'au moins deux traitements successifs antidépresseurs". Après une amélioration clinique, des symptômes dits "résiduels" persistent, maintenant les patients dans un trouble dépressif où la détresse émotionnelle devient chronique.
Le problème avec la dépression à haut potentiel est donc que ces signaux sont silencieux et se situent "en-dessous du seuil de l'épisode dépressif caractérisé classique". Ceux qui en souffrent continuent d'assumer leurs responsabilités professionnelles et familiales. De l'extérieur, la personne donne l'impression de parfaitement "gérer" sa vie. En réalité, elle avance grâce à un effort constant ou en "mode automatique". "La vie de ces patients est fortement altérée", souligne le professeur. Face à cette façade de productivité, beaucoup croient à tort que leur situation n'est pas assez grave pour demander de l'aide. Or, il faut impérativement sauter le pas "quand le patient commence à ressentir les conséquences dans son fonctionnement quotidien : du mal à se concentrer au travail, des relâches familiales, sociales, moins d'envie...".
Pour briser ce cercle vicieux, "la première chose, c'est de consulter son médecin traitant". Si 80 % des cas de dépression guérissent, "la moitié des patients traverse une rechute à la faveur des événements de la vie". C'est pourquoi la prévention reste la meilleure arme pour préserver sa santé mentale au long cours, et cela passe par l'hygiène de vie. "La nutrition et l'activité physique sont des éléments d'équilibre importants", conclut ainsi l'expert.