Vue de l'enfant : les signes qui doivent alerter

La vision est fragile, surtout chez le tout-petit : c'est le dernier sens à se développer. La vision d'un jeune enfant arrivera à maturité seulement à cinq ans ! Comment détecter un trouble de la vue ? Comment le soigner à temps ? Explications avec Lucie Sigronde, médecin ophtalmologue.

Vue de l'enfant : les signes qui doivent alerter
© belchonock - 123RF

Les troubles visuels de l'enfant : définition

En France, près d'un enfant sur 10 connaît des troubles de la vision. Savoir repérer les premiers signes d'une anomalie visuelle chez un enfant est donc fondamental. En effet, dépister de manière précoce les problèmes visuels chez le très jeune enfant permet de réduire le risque de développement de troubles visuels. "Le plus important est d'éviter l'amblyopie, c'est-à-dire une différence d'acuité visuelle entre les deux yeux : le cerveau a choisi de travailler avec un seul œil et l'autre ne s'est pas développé", explique le Dr Lucie Sigronde, médecin ophtalmologue spécialisé dans la pédiatrie. Si l'acuité visuelle n'arrive à maturité que vers l'âge de 5 ans, la vue de l'enfant doit être surveillée dès les premiers mois : plus un trouble comme le strabisme ou l'amblyopie est dépisté tôt, meilleures seront les chances de le corriger.

La vision chez l'enfant : le développement

"Le développement de la vue est un processus qui dure plusieurs années", explique l'ophtalmologue. A la naissance, le bébé cligne des yeux à la lumière vive, ce qui témoigne de sa sensibilité visuelle. Il peut fixer des visages à très faible distance. Dans les premiers mois, ses yeux auront du mal à travailler ensemble, et le nourrisson n'arrivera pas toujours à faire la mise au point sur un objet très près ou très loin de lui. C'est seulement après trois mois que des mouvements de poursuite oculaire apparaissent. A cinq mois, l'enfant commencera à coordonner l'œil, la tête et la main. "A 3 ou 4 ans, son acuité visuelle atteint 8/10e, explique la professionnelle. Elle atteindra 10/10e à 5 ans environ", ajoute-t-elle.

"Une errance du regard ou un strabisme doivent amener à consulter"

Signes qui doivent alerter : un strabisme, une errance du regard, reflet blanc...

Avant trois mois, le bébé a du mal à voir, et il est difficile de repérer une anomalie. "Néanmoins, le strabisme, de manière générale, doit alerter les parents, indique la professionnelle. A partir de quatre mois, un strabisme, des yeux qui louchent ou partent vers le côté doivent amener à se rendre chez un ophtalmologue le plus tôt possible". En général, un manque d'intérêt aux stimuli visuels, une errance du regard ou même un enfant qui appuie sur ses yeux doit alerter les parents. Quand l'enfant grandis, des signes supplémentaires doivent interpeller : à partir de six moins, un enfant qui se cogne, tombe, butte, plisse les yeux, grimace, ferme un œil au soleil ou est indifférence à l'entourage a peut-être des problèmes de vue. Un autre signe doit alerter les parents : un reflet blanc dans l'œil de l'enfant, qui se voit surtout sur les photos. Cela peut révéler une pathologie très rare et très grave, appelée tumeur oculaire rétinoblastome.

Quand consulter un ophtalmologue ?

Selon la Société française de Pédiatrie (SFP), les antécédents personnels et familiaux sont à prendre en compte. Doivent consulter régulièrement un ophtalmologue :

  • les bébés prématurés,
  • les bébés ayant une anomalie chromosomique,
  • les bébés avec des antécédents familiaux de strabisme,
  • les bébés avec des antécédents familiaux de myopies sévères et précoces, d'amblyopie ou d'astigmatisme

"Pour les autres, il y a souvent des dépistages organisés dans les écoles, et peuvent aller consulter l'ophtalmologue si le pédiatre a un doute, explique Lucie Sigronde. Mais si un parent voir un des signes énoncés plus haut, il vaut mieux consulter".

Diagnostic : quels examens ?

"Quand on reçoit un enfant, on fait un bilan orthoptique complet, on recherche strabisme, on vérifie la mobilité oculaire, quand ils sont petits on fait des tests appelés 'bébé vision'", explique la professionnelle. Une étape importante est appelée "réfraction sous cycloplégie", qui permet aux professionnels d'avoir la puissance réfractive de l'œil de l'enfant avec des valeurs fiables, et d'avoir une idée du trouble réfractif. "Ensuite, on finit l'examen en veillant à ce que la cornée et le cristallin soient bien clairs, et qu'il n'y ait pas de soucis avec le nerfs optique", ajoute-t-elle.

Quelles solutions chez l'enfant en cas de troubles visuels ?

Si un enfant est myope, hypermétrope ou astigmate avec une différence entre les deux yeux (et en général un qui voit un peu plus flou que l'autre), il faut rapidement corriger cela avec des lunettes pour éviter que le trouble empire. Si les lunettes ne suffisent pas, il faut mettre un cache sur l'œil pour stimuler l'œil plus faible. Quand le traitement est bien fait, la rééducation se fait parfaitement. Le risque est de ne pas prendre en charge cela à temps, et que l'enfant fasse de l'amblyopie : le cerveau ne travaillera plus qu'avec un seul œil. Mais cela se corrige bien avant trois ans, et peut encore être pris en charge avant six ans. Après cet âge, cela devient définitif.

"Il n'y a pas d'âge pour porter des lunettes"

Lunettes : à partir de quel âge ?

"Il n'y a pas d'âge pour porter des lunettes", insiste l'ophtalmologue. Un enfant peut donc avoir des lunettes sans problème à deux ou trois mois, voire moins. "Si on a un enfant qui a un strabisme permanant dès la naissance, ou qui est trop hypermétrope pour son âge, plus tôt il a des lunettes, mieux ce sera pour lui", conclut-elle. 

Merci au Dr Lucie Sigronde, médecin ophtalmologue spécialisé dans la pédiatrie.

Vue de l'enfant : les signes qui doivent alerter
Vue de l'enfant : les signes qui doivent alerter

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