Incendie à Notre-Dame : les risques d'une contamination au plomb

Un enfant habitant sur l'Île de la Cité à Paris est atteint de saturnisme, annonce l'Agence Régionale de Santé. Le lien avec l'incendie de la cathédrale Notre-Dame est possible. Rappel des risques en cas d'intoxication au plomb.

Incendie à Notre-Dame : les risques d'une contamination au plomb
© 123RF-Katarzyna Białasiewicz

Depuis l'incendie de Notre-Dame de Paris, le 15 avril dernier, l'Agence Régionale de Santé d'Ile-de-France surveille de près les effets des retombées de poussières de plomb sur la santé des personnes vivant aux alentours. Lundi 3 juin 2019, elle a annoncé le cas d'un enfant habitant à côté de la cathédrale, sur l'Île de la Cité, et ayant un taux de plomb supérieur au seuil réglementaire de 50 microgrammes par litre de sang. Le taux à partir duquel on parle de saturnisme. Il "impose de s'assurer que les facteurs d'exposition ont bien disparu et de suivre régulièrement la santé de l'enfant"  a expliqué l'ARS. Il n'y aura "pas de prise en charge thérapeutique particulière" a-t-elle ajouté dans son communiqué. Suite à la détection de ce cas, l'ARS demande aux femmes enceintes et aux familles d'enfants de moins de 7 ans qui résident sur l'Île de la Cité de se rendre chez leur médecin traitant pour faire doser leur niveau de plomb. Une consultation de dépistage est proposée sur rendez-vous au Centre de Diagnostic de l'Hôtel-Dieu.

Dans un communiqué du 9 mai, l'ARS indiquait avoir fait effectuer des mesures par le Laboratoire Central de Préfecture de Police de Paris (LCPP) pour évaluer les concentrations en plomb dans l'air et dans les poussières déposées. Les résultats "démontraient la présence de dépôts de poussières résiduelles de plomb dans les abords immédiats de la cathédrale". L'agence conseillait alors aux riverains et à toutes personnes fréquentant régulièrement les abords de la cathédrale, de :

  • privilégier l'emploi d'une serpillière humide, plutôt que d'un balai ou d'un aspirateur, pour nettoyer son logement ;
  • se laver régulièrement les mains (particulièrement avant les repas ou après un contact avec le sol), garder des ongles courts et ne pas se les ronger ;
  • laver fréquemment les jouets des enfants et autres objets qu'ils sont susceptibles de porter à la bouche.

Quels sont les risques du saturnisme chez les enfants ?

La contamination par le plomb est à l'origine du saturnisme qui touche principalement les enfants de moins de 6 ans et les femmes enceintes (plus exactement l'enfant à naître), en raison d'un métabolisme plus favorable à l'absorption du plomb que les adultes. Depuis le 17 juin 2015, le taux définissant le saturnisme a été abaissé à 50 microgrammes de plomb par litre de sang (il était de 100 auparavant). "Une fois dans l'organisme, le plomb se stocke, notamment dans les os, d'où il peut être libéré dans le sang, des années ou même des dizaines d'années plus tard. L'élimination du plomb dans l'organisme est lente après l'arrêt de l'exposition : sa demi-vie est de 15 à 20 ans" explique le ministère de la Santé.

Les effets du plomb dépendent de sa quantité dans le sang. Parmi eux :

- A 50 microgrammes : troubles cognitifs (troubles de l'attention, hyperactivité, difficultés d'apprentissage), petit poids à la naissance quand l'enfant a été exposé pendant la grossesse, retard de développement, baisse de l'acuité auditive.

- Jusqu'à 100 microgrammes : baisse de points de quotient intellectuel.

- A 500 microgrammes : encéphalopathies, neuropathies, retard de la maturation sexuelle et pubertaire, moindre fabrication de vitamine D.

- A 1000 microgrammes : anémie, encéphalopathies sévères, ralentissement du transit digestif.

- A plus de 1000 microgrammes : risque de décès. 

Un excès de plomb peut aussi entraîner des coliques saturnines, des douleurs abdominales, des perturbations de la pression artérielle, de la fonction rénale et de la reproduction. Chez la femme enceinte intoxiquée par le plomb, il existe des risques d'avortement, d'accouchement prématuré ou d'hypertension artérielle gravidique.

Les cas de saturnisme infantiles doivent faire l'objet d'une déclaration obligatoire et déclenchent une procédure d'urgence visant à supprimer l'exposition au plomb de l'enfant concerné. L'ARS d’Île-de-France a ainsi ouvert une "enquête environnementale" pour identifier, dans les lieux de vie de cet enfant, "la ou les causes de cette imprégnation et vérifier qu'elle n'est pas liée à d'autres facteurs que l'épisode exceptionnel" de l'incendie de Notre-Dame de Paris.

Source ; Diagnostiquer et prévenir le saturnisme avant 18 ans, Santé publique France, décembre 2017, 

Expositions au plomb : détermination de nouveaux objectifs de gestion, Haut Conseil de la Santé Publique, 2014.

Incendie à Notre-Dame : les risques d'une contamination au plomb
Incendie à Notre-Dame : les risques d'une contamination au plomb

Depuis l'incendie de Notre-Dame de Paris, le 15 avril dernier, l'Agence Régionale de Santé d'Ile-de-France surveille de près les effets des retombées de poussières de plomb sur la santé des personnes vivant aux alentours. Lundi 3 juin...