Les visites médicales obligatoires à 6 ans, pas toujours assurées

Le manque de médecins scolaires a des conséquences sur le suivi des écoliers et le dépistage de certains troubles. Deux députés déposent un amendement pour revaloriser le rôle des professionnels de santé.

Les visites médicales obligatoires à 6 ans, pas toujours assurées
© Nagy-Bagoly-Ilona-123rf

La bonne santé d'un élève, le repérage et la prise en charge des troubles sont des conditions nécessaires aux apprentissages. Pour améliorer la santé des enfants de l'école maternelle au lycée, le gouvernement met régulièrement en place des dispositifs préventifs et des campagnes de sensibilisation (conduites addictives, alimentation et activités physiques, vaccination, contraception, etc.)... Il existe pourtant "un fort contraste entre les objectifs affichés et la situation observée", précisait le Conseil économique, social et environnemental (CESE), dans un projet d'avis présenté en mars 2018 à Paris. En cause notamment : le nombre de médecins scolaires qui ne cesse de diminuer. "Alors qu'il existait 2000 médecins scolaires en 2006, il en reste moins de la moitié aujourd'hui. Certains médecins scolaires ont en charge 2000 élèves, d'autres 46.000, soulevant l'épineux sujet des inégalités territoriales de santé", déclarent dans une tribune au Huffington Post Marie Tamarelle-Verhaege (LREM) et Cyrille Isaac-Sibille (MoDem). Ces deux députés médecins viennent de déposer un amendement à la loi" Pour une école de la confiance", afin de revaloriser le rôle des médecins scolaires. Il sera examiné dès mardi 12 février à l'Assemblée nationale.

Un rôle essentiel pour la santé des enfants. "Cette situation est préoccupante pour le dépistage précoce des troubles de l'apprentissage, et notamment pour les enfants issus de milieux modestes, l'école étant souvent la première porte d'accès à une médecine préventive", précisent les députés. Les médecins scolaires sont donc insuffisants alors que leurs missions sont vastes (dépistage et suivi individualisé des élèves, promotion à la santé, urgences et gestion des événements traumatiques...). La Cour des comptes, l'Assemblée nationale, le Haut Conseil de la santé publique ainsi que l'Académie de médecine s'alarment donc "d'une baisse continue des effectifs qui ne permet plus au service de la médecine scolaire de remplir ses missions. Pourtant, "681 millions d'euros sont consacrés chaque année à la rémunération du personnel de santé", avait affirmé l'an dernier le ministre de l'Education nationale. Malgré ce budget conséquent, il reconnaît ne pas remplir les objectifs fixés, fondés sur les recommandations du Haut Conseil de la santé publique. En outre, Jean-Michel Blanquer a rappelé que les visites médicales étaient indispensables pour détecter les troubles de la vision, de l'audition, ainsi que les risques d'obésité, qui touchent 3,5% des enfants, et particulièrement les populations les plus fragiles.

Les visites médicales pourtant obligatoires à l'âge de 6 ans, ne sont pas toujours assurées, et "les problèmes de santé ou les troubles de l'apprentissage ne sont pas suffisamment détectés", précise le CESE dans son rapport. En outre, "des pathologies ne sont pas prises en charge ou le sont trop tardivement", ce qui risque aussi d'accentuer les inégalités entre les élèves dans le cadre de leur scolarité. En ce qui concerne la santé sexuelle, le Haut Conseil à l'Egalité entre les femmes et les hommes relevait en juin 2016 que 25 % des écoles déclaraient n'avoir mis en place aucune action d'éducation à la sexualité malgré l'obligation légale. Par ailleurs, le Projet d'accueil individualisé (PAI), mis en place à la demande des parents, permet d'accompagner les élèves ayant besoin de soins, tout comme le Plan d'accompagnement personnalisé (PAP), pour ceux qui présentent des difficultés scolaires liés à des troubles de l'apprentissage. Mais "ces dispositifs sont complexes et insuffisamment expliqués aux parents", précise le rapport.

Les recommandations du CESE :

"Pour des élèves en meilleure santé." Ce projet d'avis vise à garantir une médecine scolaire à tous les élèves. Pour le CESE, "la réponse à l'urgence passe par l'implication de tous, la coordination des instances et une meilleure collaboration entre tous les acteurs". Ainsi, 15 mesures sont proposées au gouvernement afin d'améliorer le suivi des enfants à l'école, parmi lesquelles :

- le renforcement de la formation des équipes éducatives sur la santé,

- la mise en application des obligations existantes quant à la qualité de l'environnement de l'école (qualité de l'air, pollution...),

- une meilleure information des parents d'élèves avec la mise à disposition d'un guide sur leurs droits et les lieux des professionnels de santé, ainsi que la mise en place d'une plateforme d'orientation en cas de difficulté de santé physique ou mentale.

- une prise en charge adaptée et rapide aux besoins de l'élève, tout en éliminant les inégalités territoriales, 

- la mise en place d'une visite médicale obligatoire pour les enfants de 6 ans, prolongée par une surveillance sanitaire et d'examens périodiques doit être appliquée. "Elle doit être effective pour tous et devenir le point de départ de la coordination pour le repérage, le soin et le suivi des troubles", préconise le CESE.

- assurer la continuité de la prévention santé après le lycée, en informant les étudiants, par exemple sur la possibilité d'un examen proposé dès 16 ans par l'assurance maladie, 

- valoriser les métiers de la santé à l'école et les rendre plus attractifs, afin de pallier à la pénurie de médecins scolaires et d'infirmières.

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