Fumer du cannabis : quels effets sur la santé ?

Le cannabis a longtemps été considéré comme moins toxique que le tabac et l'alcool. Et sa consommation en France augmente années après années. Or ses effets sont irréversibles. Explications de Vincent Villiers, addictologue et gestalt-thérapeute et conseils pour sortir de la dépendance.

Cannabis en France

Selon la dernière étude de l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies parue sur le sujet en 2017, la France compterait 17 millions d'expérimentateurs du cannabis, dont 1,4 million d'usagers réguliers et 700.000 usagers quotidiens.

  • 48% des jeunes de 17 ans auraient déjà expérimenté le cannabis et 7% seraient des consommateurs réguliers.
  • 8% des adolescents de cet âge présenteraient une consommation problématique ou une dépendance. Des chiffres en augmentation constante. Selon le Baromètre santé 2017 de Santé Publique France, les consommations de cannabis en 2017 "s'avèrent être les plus élevées depuis 25 ans".
  • En France, plus de 20% des adolescents ont fumé un joint au collège.
  • Le cannabis est le produit illicite le plus largement consommé en France.
  • Sur la tranche 18-25 ans, plus d'un jeune sur 4 déclare avoir fumé dans l'année.

Définition

Le cannabis est une plante, originaire d'Asie, appartenant à la famille des Cannabaceae. Le cannabis est considéré à la fois comme drogue et comme remède médical. En effet, si en France, la consommation de cannabis est illégale, elle est autorisée à des fins thérapeutiques dans d'autres pays (Etats-Unis, Canada, Uruguay etc.). Certaines formes de cannabis entrent dans la composition de produits pharmaceutiques. C'est le cas du chanvre, présent dans certains médicaments et crèmes utilisés par les sportifs et les kinésithérapeutes. Le cannabis est le nom scientifique donné au chanvre indien, une plante appelée "Cannabis Sativa" dont on tire le haschich. Le principe actif du cannabis est le THC (tétrahydrocannabinol), une substance psychoactive qui agit sur le système nerveux central.

Cannabinoïdes

Les cannabinoïdes sont des substances qui agissent sur le système nerveux central, le système nerveux périphérique et dans le système immunitaire, et plus particulièrement sur les récepteurs cannabinoïdes. Ils peuvent être d'origine végétale, comme le cannabis, d'origine humaine ou animale, avec une action sur la fertilité, ou d'origine synthétique, utilisés comme psychotropes pour soulager des douleurs chroniques. Le cannabis produit naturellement les cannabinoïdes ayant des propriétés euphoriques et anticonvulsives. 

Le cannabis existe sous différentes formes :

Herbe 

Marijuana, ganja, beuh. Aussi appelée aussi marijuana, ganja ou beuh, ce sont les feuilles ou tiges séchées mélangées à du tabac et roulées en cigarettes. 

Résine

Haschich, hasch, shit. Elle se présente en plaques compressées ou en barrettes de couleur verte, brune ou jaune et peut être coupée avec des substances toxiques. La résine se consomme dans un " pétard " ou une pipe à eau.

Huile

C'est une préparation plus concentrée en principe actif consommée généralement au moyen d'une pipe.

Ak-47

Il s'agit d'une variété hybride de cannabis aux effets particulièrement puissants. En effet, cette variété possède une très forte teneur en THC (tétrahydrocannabinol, la molécule active du cannabis, celle qui lui donne son caractère psychotrope). Très populaire en Hollande, où sa consommation est légale (contrairement à la France), l'Ak-47 produit une détente physique et a un effet antalgique (antidouleur) particulièrement efficace contre les rhumatismes. Elle est également connue pour réduire les états dépressifs et pour redonner de l'appétit.

Cannabis médical

Le dronabinol correspond au terme médical utilisé pour désigner le delta-9-tétrahydrocannabinol, ou THC, sous sa forme synthétique. Commercialisé sous l'appellation Marinol®, le dronabinol est préconisé dans le cadre d'un traitement anti vomitif chez des patients suivant une chimiothérapie. Il est également prescrit pour développer l'appétit des patients sidaïques. Administré par voie orale, ce médicament n'est prescrit en France que dans le cadre spécifique des centres antidouleur, lorsque d'autres molécules ne s'avèrent pas efficaces pour soulager les patients. La substance est éliminée par voie rénale.

Effets immédiats du cannabis

L'effet du cannabis inhalé est rapide, moins de 20 min et dure une à deux heures.

Détente. Les effets immédiats du cannabis sont la sensation d'un état de détente et de bien-être, une euphorie et une modification des perceptions.

Palpitations, bouche sèche. Apparaissent une augmentation du rythme du pouls, un ralentissement des réflexes, une stimulation de l'appétit, bouche sèche, yeux rouges accompagnés parfois de nausées. 
Isolement. La consommation de cannabis a des répercussions sévères sur la santé. 50% des adolescents âgés de 17 ans fumant du cannabis présenteraient des problèmes sociaux.

Effets sur le long terme du cannabis

Parce qu'il est stocké dans les graisses, le cannabis reste longtemps dans l'organisme sous forme de trace, même s'il n'est plus actif. Ainsi, il faut plus d'un mois pour éliminer complètement de l'organisme toute trace de substance après une seule utilisation.

Cerveau. A long terme, peuvent survenir une dépendance psychique, des problèmes de mémoire et de motivation, un isolement social et une aggravation des troubles psychiques avec anxiété et bouffées délirantes. Selon de nombreuses études, les consommateurs de cannabis auraient 41% plus de risques de développer une psychose, une schizophrénie. Plus la consommation de cannabis est importante, plus certaines régions du cerveau seraient réduites, notamment celles impliquées dans la mémoire, les émotions, la peur l'agressivité. Apparaissent également une diminution des performances cognitives et psychomotrices avec des difficultés scolaires chez les adolescents ainsi que des troubles urinaires. 

Cancer. Le cannabis brûle moins que le tabac et produit davantage de gaz carbonique. Fumer un joint équivaut à fumer entre 2,5 et 5 cigarettes de suite. Le risque de cancer pour un fumeur du cannabis serait environ 20 fois plus élevé que pour un fumeur de tabac (à dose égale) selon une étude néo-zélandaise publiée par le European Respiratory Journal (ERJ). La "façon de fumer" serait également en cause : les joints sont souvent consommés sans filtre correct, et jusqu'au bout, ce qui augmente la quantité de fumée avalée. Le risque de cancer des poumons, dans le groupe étudié, a été multiplié par un facteur de 5,7 chez les individus ayant fumé quotidiennement plus d'un joint durant dix ans, ou 2 joints par jour durant cinq ans. Le Dr Vincent Villiers, addictologue, ajoute que "selon plusieurs études notamment une américaine parue dans la revue Cancer en 2009, la consommation régulière de cannabis augmenterait également le risque de développer un cancer des testicules".

RespirationLa fumée du cannabis contient des substances cancérigènes comme celle du tabac : elle est donc toxique pour le système respiratoire. Le joint de cannabis fait inhaler 6 à 7 fois plus de goudrons et de CO que la cigarette. Et il contient 2 fois plus de benzène et 3 fois plus de toluène, des agents toxiques. L'association du tabac et du cannabis entraîne des cancers du poumon plus précoces que le tabac seul. Les risques respiratoires sont amplifiés dans certaines conditions d'inhalation (pipes à eau, "douilles").

Dépendance. A la longue, le fumeur régulier aura tendance à augmenter les doses pour obtenir les mêmes effets. Toutefois, l'overdose mortelle n'existe pas avec le cannabis.
La dépendance au cannabis semble plutôt psychologique, bien que des symptômes légers de sevrage comme des crampes et des insomnies ont été observés. Le risque de dépendance psychologique au cannabis est moindre que pour d'autres drogues mais il existe et concernerait 10 à 15 % des consommateurs réguliers. Les préoccupations sont alors centrées sur la recherche, l'achat et la planification des consommations. 

Reproduction, grossesse : Risques de grossesses extra-utérines. Fausses couches. Naissance prématurée plus fréquente. Diminution significative des spermatozoïdes si l'usage est chronique et excessif. Pour autant, le cannabis ne rend ni impuissant, ni stérile.

Reconnaître un fumeur de cannabis

  • Yeux rouges.
  • Débit de parole et pensée ralentis.
  • Amotivation pour les activités quotidiennes.
  • Fatigue.
  • Fringales.

Traitements, sevrage

Si l'angoisse liée au sevrage ou les signes psychologiques consécutifs ou à l'origine de l'addiction au cannabis peuvent être accompagnés avec un anxiolytique, il n'existe pas de traitement pharmacologique de la dépendance au cannabis. Il faut aller voir son médecin traitant qui pourra orienter vers un addictologue ou un psychologue. Ces derniers pourront aider le patient à se défaire de son addiction grâce à la thérapie cognitive ou comportementale. Vincent Villiers rappelle que l'hypnose peut être un très bon outil, lorsqu'elle est menée par un hypnothérapeute spécialiste de l'addiction : "L'hypnose est une technique de changement très puissante qui obtient de très bons résultats sur l'addiction au cannabis."

Aider un proche fumeur de cannabis à s'en sortir 

En tant que parents, amis, collègues, etc. il n'est pas facile de venir en aide à un proche, qui consomme régulièrement du cannabis. Et pour cause : celui-ci refuse généralement toute aide.

  • Alors plutôt que d'insister et de couper le dialogue avec lui, la première chose à faire est de se montrer à l'écoute, présent, attentionné. Bref, de maintenir un lien. En parallèle, le proche peut se montrer utile en proposant des aides : une documentation sur les risques du cannabis, numéros et adresses utiles, contacts d'associations, etc. L'intérêt c'est de mettre en contact la personne avec des services habitués à gérer le problème de la dépendance au cannabis. Il faut aussi accepter en tant que parent ou ami, qu'on ne peut pas résoudre seul le problème. Et qu'il faudra sans doute du temps. Lorsque les fumeurs sont réguliers et qu'une dépendance existe, leur demander de s'arrêter du jour au lendemain, peut être perçu comme une demande complètement inappropriée. Il peut dès lors se créer un décalage qui peut une fois encore couper le dialogue.
  • Quand l'usage de cannabis s'accompagne de difficultés importantes (troubles du comportement, troubles scolaires graves, etc.) les parents doivent chercher une aide, qu'ils soient ou non accompagnés par l'usager dans cette démarche. Il existe des lieux d'accueil et d'écoute pour être soutenu et conseillé lorsqu'on souffre d'une telle situation.
  • Si le dialogue semble impossible : Dans la relation entre parents et adolescents, le dialogue peut être difficile d'une façon générale. L'adolescent cherche à préserver son intimité, alors que ses parents ont tendance à être inquiets et donc à poser beaucoup de questions. Les limites sont vécues comme des contraintes et plus la pression est forte plus le jeune peut vouloir y échapper. L'important, c'est d'abord de ne ne pas nier le problème ou de faire comme si on ne savait pas. Il ne faut pas non plus se décourager et se dire qu'on ne peut rien faire. Au contraire, il faut exprimer son inquiétude et dire ses interrogations, tellement légitimes lorsqu'on est parents. Ainsi cela permet de maintenir ou de rétablir un dialogue, de provoquer une réflexion, voire de partager une certaine complicité, même s'il n'aboutissent pas immédiatement à un arrêt de consommation de cannabis. Enfin, il peut parfois être important de trouver une aide extérieure en rencontrant quelqu'un qui apporte des informations et puisse engager un dialogue qui n'est pas toujours facile au sein même de la famille.

Merci à Vincent Villiers, addictologue et gestalt-thérapeute

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