Quels sont les signes de l'AVC chez l'enfant ?

Chaque année, 1 000 enfants et nourrissons sont victimes d'un accident vasculaire cérébral (AVC). La rareté des AVC pédiatriques explique en grande partie le fait qu'il soient méconnus. Comment les prévenir ? Quels sont les symptômes ? Réponses du Dr Céline Bellesme, neuro-pédiatre.

Quels sont les signes de l'AVC chez l'enfant ?
© Anna Bizoń - 123RF

Si les accidents vasculaires cérébraux (AVC) concernent avant tout les adultes (il s'agit de la troisième cause de mortalité après les cancers et les infarctus du myocarde chez les plus de 18 ans), ces attaques cérébrales touchent, certes plus rarement, aussi les enfants. En effet, environ 1 000 enfants et nourrissons en son victimes chaque année. Si peu d'enfants en décèdent (10 % environ) , cette pathologie est aujourd'hui la première cause de handicap acquis de l'enfant, rappelle la Fondation.

    Comment reconnaître les signes d'un AVC chez l'enfant ?

    Tout d'abord, il faut savoir que l'AVC pédiatrique peut avoir lieu :

    • lors du stade périnatal : on parle alors d'AVC fœtal, avant la naissance (en pratique, l'AVC foetal survient lors du 3e trimestre de grossesse), et d'AVC néonatal, de la naissance jusqu'au 28e jour après la naissance. "Parmi les 1 000 enfants victimes d'AVC chaque année, la moitié sont des nouveaux-nés âgés de moins de 28 jours", précise le Dr Céline Bellesme, neuro-pédiatre au CHU Kremlin-Bicêtre ; 
    • lors du stade du nourrisson qui débute du 29e jour de vie jusqu'à l'âge de 3 ans ;
    • lors du stade de l'enfance qui concerne les enfants de plus de 3 ans jusqu'aux adolescents âgés de 18 ans.

    Selon les résultats d'un sondage Odoxa pour la Fondation pour la recherche sur les AVC dévoilé le 29 octobre 2018, à l'occasion de la Journée mondiale de l'AVC, près de 8 Français sur 10 avouent ne pas reconnaître les symptômes de l'AVC chez un nourrisson ou un enfant. Et pour cause, les symptômes de l'AVC chez un nouveau-né ou un très jeune enfant (moins de 3 ans) peuvent être très différents de ceux chez l'adulte et sont souvent difficiles à repérer. "Les seuls signes d'un AVC périnatal sont l'apparition de troubles convulsifs (révulsion oculaire, accès brutal de pâleur, mouvements répétitifs (face, succion, yeux... comme une succession rapide de grimaces, de clignements de paupières...), fixité du regard, apnées respiratoires...). Plus le bébé est petit, plus une agression du cerveau peut le faire convulser", explique la neuro-pédiatre. "Le bébé peut ne pas du tout convulser et dans ce cas, l'AVC du nouveau-né passe totalement inaperçu. Ce n'est qu'au bout de quelques mois lorsque sa motricité va s'affiner (4-6 mois, mais ça peut être plus tard) que les médecins peuvent remarquer une faiblesse d'un côté du corps, une utilisation systématique d'une seule main, des orteils recroquevillés d'un seul côté ou un des deux poing trop souvent fermé. Et c'est plutôt fréquent. Si la moitié des nouveaux-nés ayant fait un AVC ont convulsé à la naissance, l'autre moitié ne présente pas de signes visibles", ajoute la spécialiste.

    Après 28 jours de vie et plus l'enfant grandit, plus les signes avant-coureurs d'un AVC sont quasiment similaires à ceux de l'adulte :  

    • la faiblesse ou la paralysie d'un seul côté du corps qui apparaît brutalement, le plus souvent au réveil ;
    • le fait d'avoir soudainement des difficultés d'élocution (troubles de la parole...) ;
    • le fait d'avoir des difficultés à rester éveillé et vigilant en dehors des heures de sieste et de sommeil ;
    • l'apparition de troubles convulsifs ou d'une céphalée aiguë (mal de tête très intense, inhabituel et brutal, trouble brutal de la vision)
    Un AVC, aussi appelé "attaque cérébrale", a lieu lorsque la circulation normale du sang est interrompue et qu'une région (plus ou moins importante) du cerveau cesse de recevoir son apport habituel de sang. Il survient le plus souvent (80 %) par l'obstruction (AVC ischémique) ou par la rupture d'un vaisseau sanguin (AVC hémorragique). Ce qui provoque la mort des cellules nerveuses et la perte des fonctions cérébrales. 

    Que faire en cas de symptômes ?

    L'apparition très soudaine de certains symptômes - évidemment hors traumatisme de type chute ou blessure - (paroles inappropriées, incapacité de parler, problèmes de vision (vision trouble, cécité...), engourdissement, faiblesse, incapacité de bouger un côté du corps, maux de tête très intenses, troubles convulsifs, modification de la vivacité, perte d'équilibre, nausées ou vomissements...) peuvent être considérée comme des signes d'alerte d'un d'AVC. Ces symptômes s'accentuent en quelques minutes. Ils peuvent parfois survenir pendant le sommeil et peuvent être très marqués au réveil de l'enfant. Au moindre doute, n'attendez pas que ces symptômes persistent et réagissez immédiatement. Appelez le 15 (le SAMU). "Le médecin régulateur du SAMU organisera le  transfert dans une Unité neurovasculaire, si la suspicion d'AVC est confirmée", précise la Fondation de la Recherche sur les AVC. Et d'ajouter "qu'il ne faut pas minimiser les symptômes en leur trouvant une explication rassurante et qu'il ne faut pas se rassurer si les signes s'atténuent. Mieux vaut appeler à tort que trop tard". Connaitre ces symptômes permet de prévenir les risques de dommages au cerveau et maximise les chances d'intervenir rapidement.

    Quelles sont les causes et le traitement de l'AVC chez l'enfant ?

    "Chez le nouveau-né, la moitié des causes de l'AVC restent inconnues. On pense que c'est dû à un problème de circulation foeto-placentaire (formation de caillots ou problème de débit qui ne permet plus au cordon ombilical et au placenta d'alimenter le foetus), mais on n'en est pas certain", explique la neuro-pédiatre. Dans certains cas, l'AVC peut être la conséquence d'une cardiopathie congénitale ou d'une infection, de problèmes liés au placenta, d'un trouble de coagulation sanguine ou d'une intense déshydratation. Chez le bébé de plus de 28 jours et les enfants, l'attaque cérébrale peut être due à une anomalie congénitale, des problèmes cardiaques, des troubles des vaisseaux sanguins, une infection, à une maladie du sang comme la leucémie ou la drépanocytose, un traumatisme crânien... "Dans tous les cas, trouver la cause permet d'orienter la prise en charge de l'enfant", précise la spécialiste.

    Il n'y pas de traitement standard de l'AVC chez les enfants, tout dépend de la cause, la localisation exacte de l'AVC et les séquelles qu'il a laissées. Le plus souvent, l'enfant devra récupérer ses facultés motrices et intellectuelles via une rééducation psychomotrice (à l’hôpital, puis auprès de spécialistes libéraux tels que des kinésithérapeutes, des orthophonistes ou des ergothérapeutes...), plus ou moins importante et plus ou moins longue en fonction du type d'AVC et du diagnostic qui a été posé. Les traitements médicamenteux (médicament thrombolytique) restent très rares chez l'enfant pour soigner les séquelles d'un AVC. "Parce que d'une part, nous avons rarement les autorisations de l'administration de ce médicament chez les moins de 18 ans et d'autre part, ce médicament doit être administré dans les 4h30 qui suivent le début de l'AVC. Or, la plupart des enfants arrivent aux urgences après ce délai. Il faut savoir que le délai moyen de consultation d'un enfant pour une suspicion d'AVC est de 24 à 26 heures après le début du premier symptôme", conclut le Dr Bellesme. 

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