Névrose : quelle définition, quels symptômes ?

Névrose hystérique, obsessionnelle, d'angoisse, phobique... Que veut dire ce terme ? Quels sont les signes d'une névrose ? Les causes ? Les traitements ? Faisons le point avec le Dr Aïda Cancel, psychiatre et docteur en neurosciences.

Le terme "névrose" est couramment employé pour évoquer des maladies d'origine psychique. Héritage de la psychanalyse freudienne, il a été aujourd'hui remplacé par d'autres concepts plus actuels et plus proches des troubles des patients.

Définition

Le terme de "névrose" désigne une maladie d'origine psychique qui n'est pas dans le champ de la psychose. C'est-à-dire qu'il s'agit d'un trouble psychique non psychotique. On considère traditionnellement que la névrose n'entraîne généralement pas de distorsion dans la perception du réel et le patient a, le plus souvent, conscience d'en souffrir. Ce mot a été longtemps, dans l'héritage de Freud et de la psychanalyse, utilisé pour désigner les maladies nerveuses sans substrat organique, c'est-à-dire sans manifestation cérébrale.

Aujourd'hui, et depuis le début des années 1980 (DSM-III), le terme névrose n'est plus utilisé en psychiatrie. En France il est resté employé un peu plus longtemps par habitude et du fait de la persistance d'un enseignement psychanalytique, mais le concept n'est plus enseigné en facultés de de médecine depuis une dizaine d'années. "C'est un mauvais concept du point de vue médical" explique le Dr Aïda Cancel, psychiatre et docteur en neurosciences, puisqu'il "définit un trouble comme "tout ce qui n'est pas un autre trouble"". "Actuellement la nosographie (c'est-à-dire la classification des maladies) considère plusieurs troubles psychiatriques à la place du concept un peu fourre-tout de névrose."

Types de névrose 

Les concepts issus de la psychanalyse (comme la névrose hystérique, la névrose d'angoisse ou la névrose obsessionnelle) ne sont plus utilisés aujourd'hui en psychiatrie. "Ils mélangeaient des choses que nous séparons désormais, comme la personnalité obsessionnelle et le trouble obsessionnel compulsif" explique le Dr Cancel. "On sépare aujourd'hui davantage les troubles afin de mieux pouvoir les traiter".

Si l'on considère les classifications actuelles des troubles psychiatriques, chez l'adulte et hors champ de la psychose, on peut considérer que les névroses correspondent aux :

  • Troubles de l'humeur (dépression, troubles bipolaires…)
  • Troubles anxieux (trouble anxieux généralisé, trouble panique, trouble phobique, état de stress post-traumatique, etc.)
  • Troubles obsessionnels compulsifs (TOC)
  • Troubles de la personnalité.

Les névroses peuvent aussi caractériser des addictions, troubles du sommeil, troubles somatoformes, etc.

Névrose ou psychose ?

Le distinction entre névrose et psychose dépend des conceptions théoriques et des époques. Alors que le terme névrose désignait au 18e siècle les "maladies nerveuses", les auteurs distinguent à partir du 19e siècle des psychoses, définies comme un "excitement" du cerveau donnant des perceptions ou des croyances fausses, Pour les psychanalystes, au départ, les névroses sont définies comme un trouble qui s'exprime car il y a un conflit interne (comme un refoulement). Pour les psychanalystes lacaniens, la différence entre patients névrosés et patients psychotiques réside dans l'accès au symbolique, avec une vision très dichotomique (le sujet y a accès ou non, il n'y a pas d'entre-deux). "Cette distinction porte sur des concepts psychanalytiques (refoulement, conflits internes, accès au symbolique, structure psychiques…) et ne semble plus du tout d'actualité d'un point de vue médical" prévient le Dr. Cancel. Et de poursuivre : "Un patient peut présenter des symptômes psychotiques transitoires en ayant un trouble de l'humeur ou un trouble anxieux, le diagnostic ne repose plus sur une structure psychique immuable, entre névrose et psychose."

Causes de névrose

"On ne connaît que des facteurs de risque (environnement, développement, génétique…) ainsi que, de plus en plus, les dysfonctionnements cérébraux associés, mais on ne connaît pas LA cause des troubles psychiques" explique le Dr Cancel. On ne peut pas aujourd'hui expliquer de manière simple pourquoi les personnes tombent malades. "Selon la théorie actuelle, il existe un facteur de stress (par exemple un harcèlement au travail ou un deuil) qui déclenche un épisode de trouble chez un individu qui a développé une certaine vulnérabilité du fait de son patrimoine génétique, de son parcours de vie ou d'autres facteurs de risques. Ces facteurs de risques sont multiples et vont de difficultés à la naissance et au contexte du développement dans l'enfance, aux traumatismes, à l'usage de drogues, etc." Les pathologies psychiatriques sont donc considérées comme multifactorielles.

À noter : il existe aussi aussi des facteurs protecteurs qui sont de plus en plus étudiés : grandir à la campagne, le soutien social, le contexte économique, l'activité physique, des gènes "protecteurs" qui vont favoriser la résilience, etc.

Diagnostic de névrose

"Le diagnostic est toujours une affaire médicale et doit être posé par un médecin" insiste le Dr Cancel. Seul un médecin, psychiatre ou non, peut poser le diagnostic de trouble psychiatrique.

Ce diagnostic se repose sur :

  • Des arguments cliniques : symptômes, syndromes, modes d'apparition, durée d'évolution, modification sous traitement, etc…
  • L'élimination d'une origine non psychiatrique : le médecin vérifie l'absence de prise de drogue, d'un traitement médicamenteux pouvant entraîner le trouble (par exemple un épisode ressemblant à ceux d'un trouble bipolaire chez un patient sous corticoïdes, un TOC sous traitement antiparkinsonien etc.), d'une pathologie générale à expression psychiatrique (épilepsie, trouble hormonal, tumeur cérébrale, etc.)

Personnes à risque

"Il n'y a pas de personnes intrinsèquement fragiles ou "faibles", de même qu'on ne décide pas de tomber malade" estime le Dr Cancel. Les personnes qui présentent des symptômes psychiatriques souffrent d'une pathologie et ne doivent pas culpabiliser ou se sentir honteuses de consulter un psychiatre. "Il existe des personnes qui ont subi des facteurs de risque, des personnes qui vivent dans un contexte stressant" poursuit la psychiatre. "Il n'y a qu'à voir l'augmentation des troubles de l'humeur et des suicides depuis la crise de 2008, la fréquence des PTSD chez les militaires, etc. Le contexte joue beaucoup dans le déclenchement des troubles psychiatriques." La prévention repose avant tout sur les facteurs de stress et en l'attention portée aux personnes qui vivent des situations de stress majeur, qui constituent des situations à risque pour leur santé psychique.

Traitements

"Le traitement des troubles psychiques est bio-psycho-social" explique le Dr Cancel. Le traitement médicamenteux est souvent spécifique à chaque trouble :

  • antidépresseurs (qui sont des agents qui agissent sur le système sérotoninergique) pour les dépressions et les troubles anxieux,
  • thymorégulateurs ("parfois aussi les antipsychotiques car ce sont de bons thymorégulateurs faciles à manier") pour les troubles bipolaires,
  • traitements de symptômes résiduels spécifiques (Prazozine dans les cauchemars du syndrome de stress post-traumatique), etc.

"A noter que les anxiolytiques (benzodiazépines) ne constituent pas un traitement de fond" précise le Dr Cancel. "En outre, ils provoquent souvent de la dépendance et peuvent aggravent les troubles anxieux", prévient-elle.

Le traitement de chaque trouble psychiatrique s'articule ainsi :

  • Traitement psychothérapique, avec des approches qui seront plus ou moins efficaces selon l'indication : classiquement ce sont les thérapies cognitivo-comportementales (TCC), mais de plus en plus de recherches pointent l'intérêt de la méditation en pleine conscience, des groupes de parole, de l'éducation thérapeutique etc.
  • Traitement médicamenteux : ils sont non obligatoires dans les troubles peu sévères et non chroniques, mais pierre angulaire de la prise en charge du trouble bipolaire.
  • Prise en charge du contexte social et médical en général pour limiter les causes de rechute, les facteurs déclenchant, les obstacles aux soins et améliorer la gestion du stress (activité physique, repos suffisant…).

Merci au Dr Aïda Cancel, médecin psychiatre et docteur en neurosciences, pour ses précisions.

Névrose : quelle définition, quels symptômes ?
Névrose : quelle définition, quels symptômes ?

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