Chikungunya : quels risques si on l'attrape ?

Le virus du chikungunya, transmis à l'homme par la piqûre du moustique tigre ou du moustique Aedes aegypti, provoque des douleurs articulaires qui peuvent persister. Quels autres risques si on est piqué ? Et chez l'enfant ou pendant la grossesse ? Réponses du Pr Anna-Bella Failloux, responsable d'unité de recherche à l'Institut Pasteur.

Définition

Le Chikungunya, appelé aussi "Chik" ou "maladie de l'homme courbé", est une maladie infectieuse tropicale appartenant à la famille clinique des arboviroses (maladies transmises par un arthropode). Elle est transmise par des moustiques appartenant au genre Aedes qui piquent essentiellement durant la journée. Le virus provoquant cette maladie appartient à la famille des Alphavirus et se transmet par le sang. Le Chikungunya touche l'homme, mais aussi les singes et d'autres animaux.

Symptômes

Les symptômes du Chikungunya se manifestent après une période d'incubation de 2 à 12 jours en moyenne. " On note initialement, un syndrome grippal avec fièvre intense, des maux de tête, des douleurs articulaires concernant principalement les petites ceintures articulaires (poignets, doigts, chevilles, pieds) mais aussi les genoux, de fortes douleurs musculaires, une éruption cutanée au niveau du tronc et des membres, des douleurs abdominales, une inflammation d'un ou plusieurs ganglion(s) lymphatiques cervicaux ou encore une conjonctivite ", détaille le Professeur Anna-Bella Failloux, responsable de l'unité de recherche et d'expertise " Arbovirus et Insectes vecteurs " à l'Institut Pasteur. Peuvent survenir des complications neurologiques graves à un stade avancé notamment chez les nouveau-nés et les personnes âgées. Les douleurs articulaires ainsi qu'une fatigue importante peuvent persister plusieurs mois après le diagnostic initial. Des saignements des gencives ou du nez ont en outre été fréquemment décrits, principalement en Asie.

Causes

Le virus chikungunya est un arbovirus (virus transmis par les arthropodes) dont les vecteurs sont des moustiques femelles du genre Aedes qui sont identifiables grâce à la présence de rayures noires et blanches sur les pattes. Les deux espèces incriminées sont Aedes aegypti et Aedes albopictus. Aedes albopictus est présent dans le sud de la France et Aedes aegypti dans les départements ultramarins (Antilles, Guyane), la Polynésie française et la Nouvelle-Calédonie. Ces deux moustiques sont également impliqués dans la transmission d'autres arbovirus, notamment la dengue, la fièvre jaune et le virus Zika.

Pays à risque

La première épidémie due au virus chikungunya a été décrite sur le continent africain, en Tanzanie en 1952. L'infection par le virus chikungunya a depuis continué à évoluer sur un mode endémo-épidémique. Le chikungunya a sévi dans les îles de l'Océan Indien (Réunion, Mayotte, Grandes Comores, Madagascar, Maldives, Ile Maurice, Seychelles) et en Asie (Inde, Pakistan, Sri Lanka, Malaisie, Indonésie, Laos, Cambodge, Chine…) et aux Antilles (Martinique, Guadeloupe, Guyane française). Des épidémies de chikungunya ont aussi été observées dans le passé ou récemment dans différents pays d'Afrique du Nord (Égypte), de l'Est (Tanzanie, Bénin, Burundi, Kenya, Soudan, Ouganda), de l'Ouest (Nigeria, Sénégal), Centrale (République Centrafricaine, Congo, Guinée Equatoriale, Gabon) ainsi qu'en Afrique du Sud, au Malawi et au Zimbabwe. La maladie a également frappé la Nouvelle-Calédonie. Le chikungunya n'épargne pas l'Europe. Des cas sont survenus dans le Nord-Est de l'Italie en 2007.

Chikungunya en France

En métropole, l'immense majorité des cas sont importés des foyers épidémiques. En 2010, les deux premiers cas autochtones de chikungunya ont été recensés en France, dans le Var, chez des personnes piquées par un moustique implanté localement (Aedes albopictus). Puis en octobre 2014, 12 autres cas autochtones ont été observés à Montpellier. " En conséquence, l'infection à chikungunya a été ajoutée à la liste des maladies à déclaration obligatoire et depuis janvier 2006, un dispositif de surveillance renforcée a été mis en place ", souligne la spécialiste. Actuellement en France, 30 départements rassemblent toutes les conditions propices à l'émergence du chikungunya : la présence du moustique vecteur dans la région, la température et l'humidité favorables à l'éclosion des œufs, de nombreux voyageurs revenant de pays où le virus du chikungunya circule.

Fréquence

Toute personne qui a été infectée une fois acquiert naturellement une immunité durable (plusieurs années). En revanche, certaines douleurs aux articulations (arthralgies) peuvent persister ou réapparaître sur des périodes de temps variables. Il s'agit d'une réaction articulaire indépendante d'une réinfection par le virus.

L'aspirine doit être évitée à cause du risque d'hémorragies.

Diagnostic

Au cours de l'infection aigüe par CHIKV, on peut constater une baisse des lymphocytes (globules blancs) et des plaquettes dans le sang ainsi qu'une augmentation des transaminases (enzymes hépatiques). Le diagnostic de certitude est fait grâce à une prise de sang et un examen par PCR ( technique de laboratoire qui permet de détecter des molécules présentes en très petite quantité dans un échantillon biologique) ou sérologie.

Traitement

Ce virus ne bénéficie pas d'un traitement spécifique et il n'existe pas de médicaments efficaces contre le virus du chikungunya. Le traitement de la maladie est donc uniquement symptomatique. À la phase aiguë il repose principalement sur l'administration de médicaments contre les douleurs (antalgiques) et d'anti-inflammatoires non stéroïdiens. L'aspirine doit être évitée à cause du risque d'hémorragies.

Chikungunya et grossesse

Dans le cas d'une femme enceinte qui est infectée par le virus, la contamination du bébé se produit directement au cours de l'accouchement dans un cas sur deux. Elle engendre des troubles neurologiques et/ou cardiaques chez la moitié des nourrissons. Il est recommandé aux femmes enceintes qui se rendraient dans des régions touchées par le chikungunya, de se protéger par tous les moyens disponibles contre les piqûres de moustiques et tout particulièrement au cours du dernier trimestre de la grossesse.

Pour cela, outre les moyens de protection physique (port de vêtement longs couvrant les bras et les jambes jusqu'au chevilles, moustiquaires dans l'habitat…), il leur est fortement recommandé d'utiliser un produit répulsif adapté en respectant les précautions d'emploi.

"L'évolution spontanée de la maladie est le plus souvent favorable"

Chikungunya et enfant

Outre les cas transmis par la mère au cours de la grossesse, les nourrissons sont susceptibles de faire une infection aiguë liée au virus chikungunya qui pourrait entraîner des troubles de l'alimentation. Il faut donc protéger le jeune enfant des piqûres par les moustiques : chez l'enfant jusqu'à l'âge de trois mois, les produits répulsifs ne peuvent être utilisés. La prévention, outre le port de vêtements couvrant également les membres, repose essentiellement sur l'utilisation de moustiquaire de berceau.

Evolution

" L'évolution spontanée de la maladie est le plus souvent favorable, mais elle peut évoluer vers une forme chronique, avec pendant plusieurs mois une fatigue prolongée et/ou la persistance de douleurs articulaires (dans 20% des cas) pendant des mois ou des années parfois très gênantes dans la vie quotidienne ", observe le Professeur Failloux.
L'atteinte d'autres organes est possible :

  • atteintes neurologiques de type syndrome de Guillain-Barré (atteinte des nerfs périphériques responsables de paralysies, de faiblesses musculaires ou de troubles des sensations avec par exemple des picotements dans les bras et les jambes). Quelques cas de méningo-encéphalites ont été observés pendant l'épidémie de La Réunion.
  • atteintes des yeux : conjonctivite guérissant spontanément, baisse de la vision.
  • les complications au niveau du rein, du foie ou du cœur sont exceptionnelles.

Il semblerait que les douleurs liées au CHIKV se focalisent essentiellement sur des organes ou des zones déjà antérieurement fragilisées par une pathologie, un traumatisme, une intervention antérieure.

Réalisé en collaboration avec le Professeur Anna-Bella Failloux, responsable de l'unité de recherche et d'expertise " Arbovirus et Insectes vecteurs " à l'Institut Pasteur.

Chikungunya : quels risques si on l'attrape ?
Chikungunya : quels risques si on l'attrape ?

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