Rougeole : quels sont les symptômes et comment s'en prémunir ?

Au total, 82 596 individus ont été touchés par le virus de la rougeole en 2018 en Europe. Un nombre record, déplore l'OMS. C'est 3 fois plus qu'en 2017 et 15 fois plus qu'en 2016 et la situation ne semble pas s'arranger depuis le début de l'année 2019. Quels sont les symptômes de cette infection potentiellement mortelle et comment l'éviter ?

Rougeole : quels sont les symptômes et comment s'en prémunir ?
©  Jovan Mandic-123rf

[Mis à jour le 08/02/2019] Au cours de l'année 2018, 82 596 adultes et enfants ont contracté la rougeole en Europe, a déclaré l'OMS dans un rapport du 7 février 2019. Un nombre record selon l'organisation, trois fois plus qu'en 2017 et quinze fois plus qu'en 2016. Au total, le virus a causé la mort de 72 malades"La situation observée en 2018 révèle clairement que le rythme actuel des progrès accomplis dans l'augmentation des taux de vaccination ne suffira pas à arrêter la circulation de la rougeole" explique le Dr Zsuzsanna Jakab, Directrice du Bureau de l'OMS pour l'Europe. "Si les données indiquent une couverture vaccinale exceptionnellement élevée au niveau régional, elles révèlent également un nombre record de personnes infectées et décédées des suites de la maladie. Cela signifie que les lacunes observées au niveau local constituent toujours une porte ouverte au virus." L'OMS souligne que les pays doivent maintenir une couverture vaccinale nationale et sous-nationale élevée par l'administration de deux doses de vaccin antirougeoleux. Ils doivent aussi repérer toutes les poches de sous-vaccination dans leur population et prendre les mesures adéquates. Les 53 États européens ont adopté un Plan d'action pour les vaccins 2015-2020 afin d'éliminer la rougeole et la rubéole, explique le Dr Nedret Emiroglu, Directrice de la Division des situations d'urgence sanitaire et des maladies transmissibles au Bureau régional de l'OMS pour l'Europe. "En adoptant le plan d'action, tous les États membres de la Région européenne ont convenu que l'élimination de la rougeole et de la rubéole est en fait possible. C'est en outre un moyen rentable de protéger les personnes de tous âges des souffrances et des décès évitables." Pour assurer la vaccination, les Etats doivent :

  • Rendre l'accès aux services de vaccination équitable.
  • Recenser les personnes qui n'ont pas été vaccinées dans le passé, et leur administrer les vaccins dont elles ont besoin.
  • S'assurer que les agents de santé soient vaccinés et qu'ils possèdent les connaissances techniques suffisantes sur les vaccins et le système immunitaire pour pouvoir recommander en toute confiance la vaccination à leurs patients.
  • Garantir l'accès à un approvisionnement rapide et abordable en vaccins.
  • Améliorer la détection et l'intervention en cas de flambée épidémique.
  • Renforcer la confiance dans les vaccins et les autorités sanitaires. 

Inquiétude en France

En septembre 2018, Santé Publique France avait exprimé son inquiétude, alors que 2702 cas de rougeole et 3 décès avaient été enregistrés depuis le début de l'année 2018 en France. "L'augmentation rapide du nombre de cas depuis le début de l'année peut faire craindre une nouvelle épidémie importante sur l'ensemble du territoire", précisait l'agence, avant de rappeler que la vaccination est le seul moyen de se protéger contre la rougeole. En effet, 89% des cas de rougeole étaient survenus chez des sujets non ou mal vaccinés, des tout-petits le plus souvent. En France, un plan national d'élimination a été mis en place en 2005, avec pour objectif, une couverture vaccinale de 95 % à l'âge de 2 ans et une incidence annuelle inférieure à 0,1 cas / 100 000 habitants. Le problème, c'est qu'actuellement aucun département ne les atteint pour les 2 doses de vaccin rougeole-oreillons-rubéole (ROR). Concrètement, "il est impératif que toutes les personnes nées à partir de 1980 aient reçu deux doses de vaccin rougeole-oreillons-rubéole", avait encore rappelé Santé publique France. Depuis le 1er janvier 2018, la vaccination contre la rougeole est obligatoire chez le nourrisson, qui doit recevoir une dose du vaccin combiné ROR à l'âge de 12 mois et une seconde dose entre 16 et 18 mois.

Taux d'incidence et nombre de cas de rougeole déclarés, par département, du 6 novembre 2017 au 22 avril 2018 © Santé Publique France

Rougeole : définition

La rougeole est l'une des maladies infantiles les plus contagieuses. Elle peut aussi s'attraper à l'âge adulte, et entraîner des complications graves (pulmonaires, neurologiques). Elle se reconnaît par des petites taches rouges qui apparaissent au début derrière les oreilles et sur le front. Les idées reçues concernant cette maladie infectieuse sont nombreuses, autant que les personnes n'ayant pas ou peu conscience des risques et qui n'ont pas été vaccinées durant leur enfance. La rougeole est provoquée par un virus de la famille des paramyxoviridés, très contagieux, qui touche principalement les jeunes enfants et se transmet dans l'air. Ce n'est pas une maladie bénigne et elle peut entraîner, à tout âge, des complications graves. Pour autant, la vaccination a permis de faire baisser considérablement le nombre de décès dus à la rougeole.

Rougeole et contagion

La rougeole est l'une des maladies infectieuses les plus contagieuses, puisqu'une personne peut contaminer entre 15 et 20 personnes. Elle se transmet essentiellement par voie aérienne, soit directement auprès d'un malade (toux, éternuements, postillons), soit indirectement lorsque le virus reste présent dans l'air ou sur une surface contaminée. Quel est le temps d'incubation ? Une personne est contagieuse environ 3 à 5 jours avant l'apparition des éruptions cutanées, et jusqu'à 5 jours après les premiers boutons. La rougeole étant causée par un virus très contagieux, l'entourage non immunisé est ainsi très souvent contaminé. Aussi, il est possible d'être contaminé par la rougeole à tout âge. 

Rougeole : symptômes

La rougeole n'est pas à prendre à la légère. Au départ, pendant 3 à 4 jours, la maladie se manifeste par l'apparition de symptômes évoquant un rhume : écoulement du nez, conjonctivite, toux, grande fatigue et forte fièvre (entre 39 et 40°). Suit ensuite, pendant une semaine. éruption cutanée. Elle se manifeste par l'apparition de petites taches très rouges légèrement surélevées qui laissent des zones de peau normale. L'éruption cutanée est descendante, c'est-à-dire qu'elle apparaît d'abord sur le visage (derrière les oreilles, sur le front, sur les joues, puis sur le cou, puis le haut du corps, avant d'atteindre les extrémités). Pendant cette période, la personne demeure fébrile et très fatiguée. La rhinite et la conjonctivite disparaissent, mais la toux, qui est souvent intense, peut durer jusqu'à la fin de l'infection. Elle peut également provoquer des vomissements, une diarrhée et des douleurs abdominales. Enfin, dans certains cas, la rougeole peut entraîner une hospitalisation, notamment pour pneumonie ou complications neurologiques graves, pouvant aller jusqu'à des décès. En effet, les complications sont présentes dans environ 30 % des cas de rougeole. Elles touchent le plus souvent les nourrissons de moins d'un an non vaccinés et les jeunes adultes. En outre, les personnes présentant une immunodépression sont particulièrement fragiles. A noter que les complications les plus sévères sont plus fréquentes chez les nourrissons de moins de un an et chez les adultes de plus de vingt ans.

A quoi ressemble la rougeole ?

Comment différencier les boutons de rougeole et ceux de la varicelle ? Alors que l'éruption cutanée, en cas de rougeole, apparaît en premier lieu sur le visage, puis sur le reste du corps, les boutons - dans le cas d'une varicelle - surviennent généralement sur le thorax et le visage, suivis de fortes démangeaisons. Les boutons de varicelle ressemblent à des taches rosées, qui se transforment ensuite en vésicules remplies de substance transparente. Pour reconnaître un cas de rougeole, il faut donc prendre en considération les autres symptômes (écoulement du nez, conjonctivites, toux, fatigue et fièvre). Rappelons que la varicelle se manifeste par une fièvre modérée, mais aussi par des maux de tête, et des douleurs abdominales. En cas de doute, n'hésitez pas à demander conseil à votre médecin.

© natulrich

La rougeole chez l'adulte

Contrairement à ce que l'on pourrait penser, la rougeole n'est pas qu'une maladie infantile. Certes, les bébés de moins de 12 mois sont les plus concernés puisqu'ils sont fragiles et n'ont pas encore reçu leur première dose de vaccin. Pour autant, les complications les plus sévères sont aussi fréquentes chez les adolescents et jeunes adultes. "Chez les plus de 15 ans, dans un cas sur deux de rougeole, une hospitalisation est nécessaire", précise le ministère de la Santé. En outre, les adultes qui n'ont pas été vaccinés pendant leur enfance encourent des risques de séquelles graves lorsqu'ils la contractent à l'âge adulte. Rappelons qu'une jeune femme de 32 ans est décédée à Poitiers en février dernier suite à une rougeole.

Vaccin ROR et rougeole

Le vaccin ROR permet d'éviter la contagion, et est recommandé à toutes les personnes qui ne sont pas encore vaccinées. En effet, aucun traitement curatif n'existe contre la maladie, et le seul moyen de l'éliminer est d'avoir une couverture vaccinale large, à hauteur de 95 % (recommandation de l'OMS). Par ailleurs, la vaccination est indispensable pour se prémunir, mais aussi pour protéger les personnes trop fragiles, notamment les nouveau-nés qui n'ont pas encore reçu leur première dose du vaccin. Ce qui inquiète les spécialistes et les autorités sanitaires, c'est que la couverture vaccinale est insuffisante en France. Rappelons que la ministre de la Santé a rendu obligatoire 11 vaccins au 1er janvier 2018, dont celui contre la rougeole.

A savoir : Deux injections du vaccin ROR protègent à la fois contre la rougeole, mais aussi contre la rubéole et les oreillons. Si votre enfant n'a pas été vacciné ou n'a reçu qu'une seule dose, un rattrapage est possible. Demandez conseil à votre médecin.

Rougeole : traitements

Aucun traitement spécifique n'est recommandé pour une rougeole simple. En cas de fièvre ou de surinfections, votre médecin pourra prescrire un antibiotique. Pour lutter contre la fièvre, il pourra compléter le traitement par des antipyrétiques. En cas de fièvre persistante et supérieure à 38,5 °C, un médicament à base de paracétamol ou d'ibuprofène peut être prescrit, en respectant les contre-indications. Attention, si votre enfant a moins de trois mois, donnez-lui uniquement du paracétamol (60 mg par kilo et par jour, à répartir en quatre ou six prises). Il est également recommandé de faire boire les enfants régulièrement, de ne pas trop les couvrir, de bien aérer leur chambre et de les faire se reposer. En cas de complications, consultez rapidement votre médecin. Rappelons enfin que la rougeole étant une maladie très contagieuse, le médecin est tenu obligatoirement de signaler les cas aux autorités sanitaires.